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DECLARATION DE " BÂTIR LE TOGO "
SUITE A LA MASCARADE ELECTORALE DU 1er JUIN 2003

 

En décembre 2002, après avoir mis fin aux Accords Cadre de Lomé qui présentaient un minimum de garanties admis par l'opposition et le pouvoir sous l'égide de la communauté internationale représentée à cet effet par l'Union Européenne, le général Eyadèma et son parti modifiaient le code électoral et la Constitution que le peuple togolais avait massivement adoptée en 1992.

Il s'agissait pour le Général-Président, contrairement à ce qu'il avait affirmé en grande pompe en 1999 lors de la signature des Accords Cadre de Lomé et à l'occasion de la visité du Président français Jacques CHIRAC qui s'est lui-même fait l'écho de cette " promesse ", de faire modifier la constitution pour lui permettre de briguer un nouveau mandat.

Cette manœuvre vigoureusement dénoncée par " Bâtir le Togo " ainsi que la plupart des partis d'opposition, devait consacrer la réélection programmée du Général Eyadèma au cours de scrutins dont il contrôlait l'organisation du début à la fin, l'opposition togolaise étant totalement exclue des principaux rouages.
Dans la réalité, le Général Eyadèma pouvait simplement faire constater sa pérennisation au pouvoir sans passer par le suffrage du peuple. Il avait toutefois besoin de cette " légitimité " qui permettrait à ses amis occidentaux de continuer à le soutenir sans trop de scrupule et de négocier pour son compte la reprise de la coopération économique internationale qui fait cruellement défaut à la dictature togolaise depuis 1992.

Malgré le fait qu'ils étaient au courant de cette stratégie, les principaux responsables de l'opposition ont tous accepté de payer des cautions faramineuses, eu égard à la situation dramatique de leurs concitoyens qui croupissent dans la misère absolue, pour aller se prêter à cette mascarade électorale soigneusement préparée par la dictature.

Pour justifier cette décision qui met fin aux derniers espoirs d'un peuple, certains d'entre eux évoqueront même en coulisses avoir été convaincu par des représentants de pays occidentaux. La stratégie serait d'associer, après les élections, les responsables de l'opposition togolaise à un gouvernement d'union nationale composée sous la présidence du Président Dictateur Général comme si la lutte du peuple togolais devait se limiter à des ambitions gouvernementales de ceux à qui il a voulu, à un moment de son histoire, confier la défense de ses intérêts.

Ils avaient d'ailleurs oublié, à l'occasion, que personne ne peut gouverner sous Eyadèma qui ne connaît pas de partage de pouvoir et qu'une telle stratégie de gouvernement n'est en réalité qu'une façon subtile pour le " grand serpent apocalyptique " de les embrasser pour mieux les étouffer et les griller définitivement sur le plan politique.

Les élections du 1er juin 2003 qui constituent l'aboutissement d'un processus longuement mûri pour perpétuer le pouvoir du général-président et de son parti constituent donc, par la légitimation que l'opposition leur a donnée, un coup de poignard dans le dos du peuple togolais. Elles s'identifient, à n'en point douter, à un acte de trahison des intérêts des populations togolaises dans leur volonté de libérer la " Terre de nos Aïeux ".

L'opposition togolaise se plaint aujourd'hui de fraudes massives : censure des médias publics lors de la campagne, exclusion des médias privés comme support de la campagne électorale, verrouillage de certaines régions du pays devenues impossibles d'accès à des candidats, absence d'émission ou de remise de cartes d'électeurs à certains citoyens, bourrages d'urnes, impossibilité pour des scrutateurs de l'opposition d'accéder aux bureaux de vote, fraude dans le décompte des voix, mise en place de stratégie pour écarter ou museler les représentants de l'opposition à la Commission électorale, etc..

L'opposition togolaise qui est partie à un scrutin entièrement contrôlé par le parti au pouvoir avec plusieurs candidats sans poser aucun préalable ne savait-il pas que les choses se passeraient ainsi avant de se mettre en rang derrière le général-président ? Les nombreux avertissements lancés par " Bâtir le Togo " sont là pour empêcher nos candidats de l'opposition d'évoquer un quelconque effet de surprise dans la manière dont se sont déroulées ces élections.

Soucieux d'éviter que les responsables de l'opposition puissent se cacher après derrière la non-participation du peuple, et ce faisant, évoquer le sabotage de leur stratégie, " Bâtir le Togo " s'était contenté d'inviter les " leaders " eux-mêmes à éviter de participer aux mascarades d'élections du Rassemblement du Peuple Togolais en évitant soigneusement d'appeler le peuple au boycott.

Toujours avec l'espoir d'un avenir meilleur mais dans la résignation face à la tournure que prenaient les événements, les populations togolaises sont sorties massivement pour dire une fois encore non à la dictature.

Malgré tous les efforts déployés par les braves Togolaises et Togolais pour bouter le dictateur dehors, c'est encore une fois le général Eyadèma qui, comme il fallait s'y attendre, est désigné vainqueur de ces scrutins qui constituent une leçon de parodie en matière électorale et une honte pour le Togo, l'Afrique et la démocratie.

Le comble, c'est que l'opposition n'a même pas été en mesure de s'entendre en son sein sur un seul gagnant et est parti dans tous les sens avec des déclarations de différents partis revendiquant la victoire et exposant une fois encore à la face du monde cette image d'une opposition divisée et irresponsable particulièrement affectionnée par les partisans du général sur le plan international.

Pendant ce temps, les traditionnels soutiens internationaux du général-président toujours fidèles à leur logique qui voudrait voir nos pauvres populations boire la coupe de la souffrance, de la misère et de la dictature jusqu'à la lie, ont déjà donné leur onction à ce qui constitue pour eux la poursuite et la totale réussite de leur stratégie.

Il est évident qu'avec de telles élections, l'opposition togolaise, essentiellement dans sa frange " participationniste ", vient encore une fois d'échouer.

Avec la proclamation de ces résultats, les Togolais s'attendent sûrement à une levée de bouclier ou à une fronde contre la dictature qui sera organisée et dirigée par les responsables de l'opposition pour permettre au peuple d'exprimer au moins son ras-le-bol. Cet ultime sursaut d'orgueil ne sera pas non plus possible puisque, sur ce plan également, rien n'a été préparé par ceux dont l'appétit politique était largement satisfait par le simple fait d'aller s'inscrire comme candidat aux élections présidentielles.

Dans son " appel n°1 pour une union sacrée " lancé en date du 27 novembre 2002, " Bâtir le Togo " appelait à un bilan préalable sans complaisance qui devra déboucher sur un accord de gouvernement pour une transition consensuelle, seule base d'une union sacrée indispensable à toute réussite de l'opposition. Cet appel sera malheureusement traité avec le plus grand mépris par ceux-là qui pensent détenir la clé du leadership togolais.

Dans sa déclaration du 14 mars 2003 qui a fait suite aux déboires connus par la Coalition des Forces Démocratiques (CFD), notre mouvement affirmait clairement que si l'opposition acceptait de donner son onction une fois encore à la remise en scelle du général Eyadèma, il deviendra pour lui " légitime de se désolidariser de toute initiative présente et à venir, tant au sein de la diaspora qu'à l'intérieur du Togo, qui irait dans le sens de la collaboration avec la CFD ainsi que de tous ceux qui se rendraient coupables de " légitimation " des actes et comportements anticonstitutionnels du Rassemblement du Peuple Togolais et de son chef "

Les partisans de l'opposition " participationniste " viennent pour nous de franchir désormais le Rubicon.

" Bâtir le Togo " tire donc de l'acte grave ainsi posé contre les intérêts du peuple togolais, toutes les conséquences qui s'imposent.

" Bâtir le Togo " estime cependant que les responsables qui ont participé à ce scrutin de la honte n'ont pas le monopole de la lutte et ne peuvent désormais plus parler au nom de tout le peuple togolais.

Il invite en conséquence tous les Togolais de bonne volonté, soucieux de l'avenir de notre pays à se joindre à lui pour constituer une nouvelle alternative pour la démocratie et le développement et rejette catégoriquement toute tentative de berner le peuple par un prétendu gouvernement d'union nationale dont le but n'est autre que de permettre au régime de faire reprendre la coopération économique internationale dont il est sevré.

La nouvelle dynamique qui sera ainsi créée devra poser comme axiome de base l'évidence fondamentale de la politique togolaise que les politiciens participationnistes refusent de reconnaître ; à savoir que Eyadèma et son régime sont incompatibles avec toute idée de liberté, de démocratie et de développement dans notre pays.

Si 36 ans de violations des droits de l'homme, de détournement des deniers publics, de corruption et de concussion, de gabegie, de gaspillage de tout genre, d'incurie, de mauvaise gestion, d'incapacité de planifier le développement n'ont pas suffi pour édifier d'aucuns sur le vrai visage et l'incapacité de ce régime sanguinaire et prédateur, les dix ans de soubresauts d'un processus démocratique chaotique de 1993 à ce jour, ont assez largement témoigné de la mauvaise foi de ce pouvoir et du caractère inconciliable du régime Eyadèma avec toute idée de démocratie et de développement sur la " Terre de nos Aïeux ".

" Bâtir le Togo " ne pourra plus se satisfaire d'aucune négociation et d'aucun accord avec ce genre de régime qui ne respecte rien et pour qui la parole donnée n'engage finalement que la personne qui y croit.

La force qui naîtra de l'initiative que nous lançons aujourd'hui devra donc chercher et mettre en œuvre tous les moyens adéquats pour renverser la dictature sanglante qui nous a tous brimé pendant près de 37 ans bientôt et continue de se foutre de la misère des masses laborieuses et populaires de la Terre de nos Aïeux.

Le peuple est aujourd'hui en état de légitime défense et sa souffrance est telle que toute personne, toute institution et tout Etat qui pourra lui apporter un concours, aussi infime soit-il, et qui refuse de le faire sera coupable de " non-assistance à peuple en danger ".

Mais avant de nous adresser aux autres, nous devons compter sur nos propres forces dans une charité bien ordonnée qui nous permettra de prouver notre sens du patriotisme à la face du monde. Ce faisant, c'est à la responsabilité de chacun d'entre nous que " Bâtir le Togo " en appelle devant l'histoire.

" Bâtir le Togo " rappelle à chacun des Togolaises et Togolais que l'oppression s'est nourrie et continue de se nourrir de notre silence et de notre inaction, de notre lâcheté, de notre cupidité, de notre pacifisme et de nos faiblesses diverses.

Levons-nous donc pour sauver cette Terre à qui nos Aïeux ou parents ont chanté avec force et vigueur " Que viennent les tyrans, ton cœur soupire vers la liberté "

" Prêt pour la Libération, la lutte continue "


Fait à New York, Le 6 juin 2003.

Pour " Bâtir le Togo "

Le Conseil Exécutif

 

 

 

 

 

 

 
 
 

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