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En décembre 2002, après avoir mis fin aux Accords
Cadre de Lomé qui présentaient un minimum de
garanties admis par l'opposition et le pouvoir sous l'égide
de la communauté internationale représentée
à cet effet par l'Union Européenne, le général
Eyadèma et son parti modifiaient le code électoral
et la Constitution que le peuple togolais avait massivement
adoptée en 1992.
Il s'agissait pour le Général-Président,
contrairement à ce qu'il avait affirmé en grande
pompe en 1999 lors de la signature des Accords Cadre de Lomé
et à l'occasion de la visité du Président
français Jacques CHIRAC qui s'est lui-même fait
l'écho de cette " promesse ", de faire modifier
la constitution pour lui permettre de briguer un nouveau mandat.
Cette manuvre vigoureusement dénoncée
par " Bâtir le Togo " ainsi que la
plupart des partis d'opposition, devait consacrer la réélection
programmée du Général Eyadèma
au cours de scrutins dont il contrôlait l'organisation
du début à la fin, l'opposition togolaise étant
totalement exclue des principaux rouages.
Dans la réalité, le Général Eyadèma
pouvait simplement faire constater sa pérennisation
au pouvoir sans passer par le suffrage du peuple. Il avait
toutefois besoin de cette " légitimité
" qui permettrait à ses amis occidentaux de continuer
à le soutenir sans trop de scrupule et de négocier
pour son compte la reprise de la coopération économique
internationale qui fait cruellement défaut à
la dictature togolaise depuis 1992.
Malgré le fait qu'ils étaient au courant de
cette stratégie, les principaux responsables de l'opposition
ont tous accepté de payer des cautions faramineuses,
eu égard à la situation dramatique de leurs
concitoyens qui croupissent dans la misère absolue,
pour aller se prêter à cette mascarade électorale
soigneusement préparée par la dictature.
Pour justifier cette décision qui met fin aux derniers
espoirs d'un peuple, certains d'entre eux évoqueront
même en coulisses avoir été convaincu
par des représentants de pays occidentaux. La stratégie
serait d'associer, après les élections, les
responsables de l'opposition togolaise à un gouvernement
d'union nationale composée sous la présidence
du Président Dictateur Général comme
si la lutte du peuple togolais devait se limiter à
des ambitions gouvernementales de ceux à qui il a voulu,
à un moment de son histoire, confier la défense
de ses intérêts.
Ils avaient d'ailleurs oublié, à l'occasion,
que personne ne peut gouverner sous Eyadèma qui ne
connaît pas de partage de pouvoir et qu'une telle stratégie
de gouvernement n'est en réalité qu'une façon
subtile pour le " grand serpent apocalyptique
" de les embrasser pour mieux les étouffer et
les griller définitivement sur le plan politique.
Les élections du 1er juin 2003 qui constituent l'aboutissement
d'un processus longuement mûri pour perpétuer
le pouvoir du général-président et de
son parti constituent donc, par la légitimation que
l'opposition leur a donnée, un coup de poignard dans
le dos du peuple togolais. Elles s'identifient, à n'en
point douter, à un acte de trahison des intérêts
des populations togolaises dans leur volonté de libérer
la " Terre de nos Aïeux ".
L'opposition togolaise se plaint aujourd'hui de fraudes massives
: censure des médias publics lors de la campagne, exclusion
des médias privés comme support de la campagne
électorale, verrouillage de certaines régions
du pays devenues impossibles d'accès à des candidats,
absence d'émission ou de remise de cartes d'électeurs
à certains citoyens, bourrages d'urnes, impossibilité
pour des scrutateurs de l'opposition d'accéder aux
bureaux de vote, fraude dans le décompte des voix,
mise en place de stratégie pour écarter ou museler
les représentants de l'opposition à la Commission
électorale, etc..
L'opposition togolaise qui est partie à un scrutin
entièrement contrôlé par le parti au pouvoir
avec plusieurs candidats sans poser aucun préalable
ne savait-il pas que les choses se passeraient ainsi avant
de se mettre en rang derrière le général-président
? Les nombreux avertissements lancés par " Bâtir
le Togo " sont là pour empêcher nos
candidats de l'opposition d'évoquer un quelconque effet
de surprise dans la manière dont se sont déroulées
ces élections.
Soucieux d'éviter que les responsables de l'opposition
puissent se cacher après derrière la non-participation
du peuple, et ce faisant, évoquer le sabotage de leur
stratégie, " Bâtir le Togo "
s'était contenté d'inviter les " leaders
" eux-mêmes à éviter de participer
aux mascarades d'élections du Rassemblement du Peuple
Togolais en évitant soigneusement d'appeler le peuple
au boycott.
Toujours avec l'espoir d'un avenir meilleur mais dans la
résignation face à la tournure que prenaient
les événements, les populations togolaises sont
sorties massivement pour dire une fois encore non à
la dictature.
Malgré tous les efforts déployés par
les braves Togolaises et Togolais pour bouter le dictateur
dehors, c'est encore une fois le général Eyadèma
qui, comme il fallait s'y attendre, est désigné
vainqueur de ces scrutins qui constituent une leçon
de parodie en matière électorale et une honte
pour le Togo, l'Afrique et la démocratie.
Le comble, c'est que l'opposition n'a même pas été
en mesure de s'entendre en son sein sur un seul gagnant et
est parti dans tous les sens avec des déclarations
de différents partis revendiquant la victoire et exposant
une fois encore à la face du monde cette image d'une
opposition divisée et irresponsable particulièrement
affectionnée par les partisans du général
sur le plan international.
Pendant ce temps, les traditionnels soutiens internationaux
du général-président toujours fidèles
à leur logique qui voudrait voir nos pauvres populations
boire la coupe de la souffrance, de la misère et de
la dictature jusqu'à la lie, ont déjà
donné leur onction à ce qui constitue pour eux
la poursuite et la totale réussite de leur stratégie.
Il est évident qu'avec de telles élections,
l'opposition togolaise, essentiellement dans sa frange "
participationniste ", vient encore une fois d'échouer.
Avec la proclamation de ces résultats, les Togolais
s'attendent sûrement à une levée de bouclier
ou à une fronde contre la dictature qui sera organisée
et dirigée par les responsables de l'opposition pour
permettre au peuple d'exprimer au moins son ras-le-bol. Cet
ultime sursaut d'orgueil ne sera pas non plus possible puisque,
sur ce plan également, rien n'a été préparé
par ceux dont l'appétit politique était largement
satisfait par le simple fait d'aller s'inscrire comme candidat
aux élections présidentielles.
Dans son " appel n°1 pour une union sacrée
" lancé en date du 27 novembre 2002, " Bâtir
le Togo " appelait à un bilan préalable
sans complaisance qui devra déboucher sur un accord
de gouvernement pour une transition consensuelle, seule base
d'une union sacrée indispensable à toute réussite
de l'opposition. Cet appel sera malheureusement traité
avec le plus grand mépris par ceux-là qui pensent
détenir la clé du leadership togolais.
Dans sa déclaration du 14 mars 2003 qui a fait
suite aux déboires connus par la Coalition des Forces
Démocratiques (CFD), notre mouvement affirmait clairement
que si l'opposition acceptait de donner son onction une fois
encore à la remise en scelle du général
Eyadèma, il deviendra pour lui " légitime
de se désolidariser de toute initiative présente
et à venir, tant au sein de la diaspora qu'à
l'intérieur du Togo, qui irait dans le sens de la collaboration
avec la CFD ainsi que de tous ceux qui se rendraient coupables
de " légitimation " des actes et comportements
anticonstitutionnels du Rassemblement du Peuple Togolais et
de son chef "
Les partisans de l'opposition " participationniste "
viennent pour nous de franchir désormais le Rubicon.
" Bâtir le Togo " tire donc de l'acte
grave ainsi posé contre les intérêts du
peuple togolais, toutes les conséquences qui s'imposent.
" Bâtir le Togo " estime cependant
que les responsables qui ont participé à ce
scrutin de la honte n'ont pas le monopole de la lutte et ne
peuvent désormais plus parler au nom de tout le peuple
togolais.
Il invite en conséquence tous les Togolais de bonne
volonté, soucieux de l'avenir de notre pays à
se joindre à lui pour constituer une nouvelle alternative
pour la démocratie et le développement et rejette
catégoriquement toute tentative de berner le peuple
par un prétendu gouvernement d'union nationale dont
le but n'est autre que de permettre au régime de faire
reprendre la coopération économique internationale
dont il est sevré.
La nouvelle dynamique qui sera ainsi créée
devra poser comme axiome de base l'évidence fondamentale
de la politique togolaise que les politiciens participationnistes
refusent de reconnaître ; à savoir que Eyadèma
et son régime sont incompatibles avec toute idée
de liberté, de démocratie et de développement
dans notre pays.
Si 36 ans de violations des droits de l'homme, de détournement
des deniers publics, de corruption et de concussion, de gabegie,
de gaspillage de tout genre, d'incurie, de mauvaise gestion,
d'incapacité de planifier le développement n'ont
pas suffi pour édifier d'aucuns sur le vrai visage
et l'incapacité de ce régime sanguinaire et
prédateur, les dix ans de soubresauts d'un processus
démocratique chaotique de 1993 à ce jour, ont
assez largement témoigné de la mauvaise foi
de ce pouvoir et du caractère inconciliable du régime
Eyadèma avec toute idée de démocratie
et de développement sur la " Terre de nos Aïeux
".
" Bâtir le Togo " ne pourra plus se
satisfaire d'aucune négociation et d'aucun accord avec
ce genre de régime qui ne respecte rien et pour qui
la parole donnée n'engage finalement que la personne
qui y croit.
La force qui naîtra de l'initiative que nous lançons
aujourd'hui devra donc chercher et mettre en uvre tous
les moyens adéquats pour renverser la dictature sanglante
qui nous a tous brimé pendant près de 37 ans
bientôt et continue de se foutre de la misère
des masses laborieuses et populaires de la Terre de nos Aïeux.
Le peuple est aujourd'hui en état de légitime
défense et sa souffrance est telle que toute personne,
toute institution et tout Etat qui pourra lui apporter un
concours, aussi infime soit-il, et qui refuse de le faire
sera coupable de " non-assistance à peuple en
danger ".
Mais avant de nous adresser aux autres, nous devons compter
sur nos propres forces dans une charité bien ordonnée
qui nous permettra de prouver notre sens du patriotisme à
la face du monde. Ce faisant, c'est à la responsabilité
de chacun d'entre nous que " Bâtir le Togo "
en appelle devant l'histoire.
" Bâtir le Togo " rappelle à chacun
des Togolaises et Togolais que l'oppression s'est nourrie
et continue de se nourrir de notre silence et de notre inaction,
de notre lâcheté, de notre cupidité, de
notre pacifisme et de nos faiblesses diverses.
Levons-nous donc pour sauver cette Terre à qui nos
Aïeux ou parents ont chanté avec force et vigueur
" Que viennent les tyrans, ton cur soupire vers
la liberté "
" Prêt pour la Libération, la lutte continue
"
Fait à New York, Le 6 juin 2003.
Pour " Bâtir le Togo "
Le Conseil Exécutif
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