I-Me Jean Yaovi Dégli, pour commencer, une question banale
:que vous inspire la mort du gal Eyadèma et comment l'avez-vous
accueilli ?
La mort du Général EYADEMA, m'inspire différents
sentiments.
D'abord, je suis conforté dans l'idée que nul
n'est plus fort que Dieu et que quelle que soit votre puissance,
quand Dieu décide, personne ne peut rien. EYADEMA a dominé
sur les Togolais mais quand le verdict de Dieu est tombé,
il a dû s'y plier comme doit le faire tout être
humain.
Ensuite, en tant qu'être humain, cela m'inspire de
la tristesse car la mort même de votre pire ennemi inspire
nécessairement de la pitié ou de la tristesse,
surtout si cette personne n'a pas eu l'occasion de s'amender
de ses péchés avant de mourir.
Enfin, je trouve dommage que malgré toutes les occasions
qui se sont présentées, le Président
EYADEMA n'ait jamais pu saisir l'occasion de se rattraper
politiquement afin de laisser aux Togolais ou dans l'histoire
du Togo, autre chose que le mal qu'il a incarné.
2-Comme on a pu le constater, un tour de passe-passe constitutionnel
qui est joué et qui a vu Faure Gnassingbé accéder
au pouvoir à la place de son père, a été
unanimement condamné par toute la communauté
nationale qu'internationale. Comment appréhendez-vous
cet état de fait, d'abord en tant qu'un politique puis
en tant qu'un juriste et praticien de droit ?
La communauté internationale a laissé faire
EYADEMA père sans pouvoir vraiment taper sur la table.
D'abord parce que celui-ci connaît du monde et a essayé
de faire taire la plupart par divers moyens, dont la corruption.
Ensuite parce qu'il avait des puissants appuis auprès
d'un certain nombre de chefs d'Etat, occidentaux et des autres
membres du " syndicat des dictateurs " et enfin
parce que beaucoup le considérait comme trop enraciné
pour le déboulonner. On en a fait à tort un
élément de stabilité oubliant qu'en fait
de stabilité, c'était simplement un élément
de brimade de son peuple qui a réussi à obtenir
de ce peuple le silence par le biais de la pire des oppressions.
Aujourd'hui, Eyadèma mort, personne ne s'imagine qu'on
va continuer de faire régner son ombre à travers
son fils.
3-Comment expliquez-vous cette réaction spontanée
des instances continentales africaines puis internationale,
qui ont semblé pendant longtemps abandonner le peuple
togolais à l'actif de la dictature d'Eyadèma
?
Une partie de la réponse se trouve dans la réponse
précédente.
L'autre chose dont il faut tenir compte est la nouvelle donne
internationale. D'abord, nous ne sommes plus à une
époque où les coups d'Etat sont facilement acceptés.
Ensuite, les acteurs sont complètement différents
aujourd'hui. Vous avez au pouvoir, beaucoup de chef d'Etat,
dans la sous région ouest africaine notamment, qui
sont élus démocratiquement. A leur tête,
vous avez le président en exercice de l'Union Africaine
qui est lui-même un militaire, qui a été
président dans un régime militaire et qui est
revenu au pouvoir démocratiquement. Ces différents
présidents sont très opposés à
toute sorte de coup d'Etat.
Vous avez également à la tête de la Commission
africaine un ancien président démocratiquement
élu qui est sorti de charge et qui sait ce que sont
la démocratie et la bonne gouvernance.
A la tête de la francophonie, vous avez le président
Abdou DIOUF qui a été le seul à protester
et à demander l'intervention militaire de la France
lorsqu'en Décembre 1991 le Général EYADEMA
s'attaquait à la démocratie naissante au Togo
par les armes. Dans ces conditions, tout est nécessairement
différent.
Il faut ensuite noter que ce sont des chefs d'Etat qui se
sentent décomplexés et qui n'attendent pas de
recevoir des ordres de qui que ce soit. Ils ont donc agi dans
l'intérêt supérieur de l'Afrique dans
le cadre des organisations régionales et sous régionales.
Cette situation a obligé les puissances occidentales
car il est inimaginable que face à de telles prises
de positions, celles-ci fassent autre chose que de suivre.
Il est évident que si ces chefs d'Etat avaient été
issus eux-mêmes de coups d'Etat ou n'étaient
pas attachés à la démocratie, ils n'auraient
jamais pris position dans le sens du respect des normes constitutionnelles.
4-Qu'attendez-vous concrètement de cette communauté
internationale ? Une simple condamnation ou des actes concrètes?
Quels types de sanctions préconisez-vous ?
La communauté internationale a déjà assez
fait. Il faut que les Togolais eux-mêmes aussi agissent
et sachent prendre leur destin en main à l'occasion
de situation aussi graves. C'est en ce sens que " Bâtir
le Togo " se félicite des initiatives des six
partis d'opposition qui ont réussi à mobiliser
la population. Notre mouvement se félicite également
de l'action de l'Ordre des avocats qui s'est mobilisé
le 10 Février dernier pour rappeler au peuple togolais
et au monde entier que c'est lui qui a été d'abord
et avant tout à la pointe de ce combat dès la
fin des années 80. j'ai encore en mémoire notre
Déclaration du 10 Octobre 1990.
Pour les actes concrets, je pense que les sanctions prises
par la CEDEAO montre clairement que la communauté internationale
n'entend pas rester sur de simples paroles. Nous pensons que
les menaces de l'Union Européenne par la voix de Monsieur
Louis MICHEL aboutiront également à des sanctions
claires.
Mais il faut faire en sorte que ce soit des sanctions ciblées
et qu'aucune de celles-ci ne porte préjudice aux populations
togolaises qui ont déjà assez largement souffert
des sanctions qui n'ont guère touché les autorités
qui continuaient pendant cette période de piller les
caisses de l'Etat.
5-Etes-vous pour l'utilisation de la force pour rétablir
la légalité constitutionnelle ?
La force doit être au service du droit et non le contraire.
La solution la plus efficace pour la situation du Togo serait
la bienvenue.
6-De l'intérieur, les populations ne désarment
pas. Mais les manifestations sont cruellement réprimées
occasionnant des pertes en vies humaines, causées par
des tirs à balles réelles sur la paisible population.
Que dites-vous de cette cruauté ?
Il est dommage que les pages de la dictature continuent de
s'écrire au Togo avec le sang de nos compatriotes qui
demandent juste que leurs droits les plus élémentaires
soient respectés. J'espère que monsieur Faure
GNASSINGBE saura faire en sorte que sa jeunesse ne continue
pas d'être entachée par des actes aussi graves.
Car la vie est devant lui et il y a des choses qu'il vaut
mieux éviter.
7-Quelle porte de sortie préconisez-vous ? Etes-vous
pour une amnistie pour les putschistes ?
Le peuple togolais s'est beaucoup sacrifié en vain
pour obtenir la démocratie et l'Etat de droit. Si c'est
par une amnistie que doit passer cet événement
et si le peuple est d'accord pour consentir ce sacrifice supplémentaire
pourquoi pas ? C'est lui seul qui est souverain et seule sa
volonté compte pour nous au niveau de " Bâtir
le Togo ".
8-Quelle est alors la position officielle de votre parti
Bâtir Le Togo ?
La position de notre mouvement qui n'est pas un parti politique
mais un simple mouvement politique est exprimée depuis
le 5 février et se trouve sur notre site Internet BatirleTogo.org
depuis cette date. Nous refusons ce hold-up constitutionnel
et ce genre de pouvoir. Il faut absolument revenir à
la légalité constitutionnelle et faire diriger
la transition par le président de l'assemblée
nationale Monsieur NATCHABA même si ce n'est pas la
personne la mieux indiquée et que nous aurons aimé
avoir dans ce rôle. Il faut être légaliste
et nous le sommes entièrement à " Bâtir
le Togo ". Même si c'était un mouton qui
avait été prévu pour diriger la Transition,
dès lors que cela est inscrit dans la Constitution,
il faudra s'y conformer.
9-Pour terminer, vos espoirs et vos craintes !
Nous espérons que Monsieur Faure GNASSINGBE et ses
collaborateurs ou acolytes saurons faire le choix de l'intérêt
supérieur de la nation et revenir à la légalité
constitutionnelle. Notre crainte, est que ces messieurs ne
veuillent faire exactement ce que EYADEMA a fait en espérant
que les gens finiront par se lasser et les laisser poursuivre
dans cette mauvaise voie.
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