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Le 25 février 2003, les populations togolaises ont
été informées que le Bureau National
de l'Union des Forces du Changement (UFC) a pris la décision
de quitter la Coallition des Forces Démocratiques (CFD)
après une suspension de sa participation à cet
organe depuis le 22 février par son Comité politique.
Suite à ce qui constitue sans dire son nom une nouvelle
crise au sein de l'opposition togolaise, le Conseil Exécutif
de "BATIR LE TOGO", voudrait faire la déclaration
suivante:
La crise que traverse aujourd'hui la CFD n'est rien d'autre
que la conséquence de l'absence de base claire sur
laquelle l'opposition classique togolaise a bâti ce
COD III bis.
En réalité, ce retrait de l'UFC de la CFD cache
" l'incapacité " de l'opposition togolaise,
incapacité de l'opposition togolaise à répondre
sans ambiguïté aux trois principales interrogations
du moment qui sont les suivantes :
1/ L'opposition doit-elle participer aux élections
de 2003 ;
2/ L'opposition doit-elle accepter l'exclusion d'un de ses
membres de la course présidentielle ;
3/ Comment l'opposition compte-elle venir à bout du
régime Eyadèma si elle ne participe pas aux
prochaines consultations électorales ?
La réponse à ces interrogations doit et pourra
à elle seule déterminer toute stratégie
d'action l'opposition.
Pour "BATIR LE TOGO", la réponse
aux deux premières interrogations est négative
et ce, pour 3 raisons :
Sur le plan des principes, toute participation officielle
ou même officieuse de l'opposition aux élections
présidentielles en préparation ou même
à leur organisation la discrédite totalement
et la rend complice du coup d'état constitutionnel
perpétré par le régime Eyadèma
à travers la violation des Accords Cadres de Lomé
(garantie minimale d'une élection transparente) qui
s'est traduite par la dissolution de la Commission Electorale
Indépendante mise en place de façon consensuelle
et l'arrêt des travaux du comité de suivi. Dès
lors, Participer à la Commission Electorale mise en
place après cet énième hold-up par le
parti au pouvoir, le RPT, c'est accepter la dissolution de
la Commission Electorale issue des Accords Cadres et entériner
de ce fait la violation desdits Accords. Mais plus encore,
c'est cautionner les élections législatives
du 27 octobre 2002 et la modification constitutionnelle du
30 décembre 2002, actes par lesquels le RPT a une fois
encore montré son mépris des populations togolaises.
Sur le plan de l'éthique, La CFD doit répondre
à la question de savoir si la voie consensuelle qu'elle
a entendu adopter pour ses prises de décisions l'autorise
ou pas à accepter d'envoyer des représentants
à la Commission du RPT dans les conditions dans lesquelles
elle a pris cette décision. En clair, ceux qui ont
décidé d'envoyer des représentants dits
"provisoires" ou "à titre conservatoire"
au sein de cette institution, ont-ils violé ou non
le code éthique et les procédures de prise de
décision de la CFD ?
Sur un plan politique, en envoyant des " faire
valoir " à la Commission Electorale Nationale
version RPT, la CFD confirme implicitement sa volonté
de participation à la prochaine élection présidentielle.
Cette idée, à moins qu'elle ne soit implicite
à ses actions, ne semblait cependant pas faire partie
du " cahier des charges " de cette coordination
lors de sa mise en place, ni du mandat dévolu à
ses représentants. En prenant une décision aussi
grave qui, si elle se traduit dans la réalité,
engagera demain le peuple togolais tout entier, la CFD donne
un blanc seing à Eyadèma même si dans
sa logique de pérennisation au pouvoir qui est déjà
bien engagée, celui-ci n'en a nullement besoin. Il
est évident que l'association de la CFD à la
préparation des prochaines élections destinées
à permettre à Eyadème de se succéder
à lui-même en violation de tout bon sens est
un quitus à la candidature d'Eyadèma et une
légitimation de la réélection programmée
de celui-ci.
Sur ce plan, l'opposition ne doit pas se leurrer. Ce n'est
pas la parole d'un diplomate qui demanderait aux membres de
l'opposition d'accepter de jouer le jeu qui changerait quoi
que ce soit. Eyadèma ne "perdra" jamais les
élections au profit de qui que ce soit. S'il peut en
changer les résultats à sa guise même
lorsque la communauté internationale et notamment l'Union
Européenne est sur place pour les contrôler et
en présence d'une Commission Electorale à peu
près acceptable, comment croire que l'opposition va
gagner des élections organisées dans des conditions
d'absence totale de transparence.
Pour "Bâtir le Togo", la responsabilité
de la France vis à vis du peuple togolais devient ici
des plus importantes puisque c'est le Président Chirac
lui-même qui, en juillet 1999, avait repris les propos
du président Eyadèma qui affirmait alors qu'il
ne changerait pas la constitution et ne se représenterait
plus aux élections en 2003. C'est cette garantie, représentée
par le Président français, qui a convaincu les
Togolais de laisser Eyadèma jouir paisiblement du hold-up
électoral de 1998. Ne rien dire pendant que le Dictateur
togolais tourne entièrement le dos à sa promesse
en revenant sur cette parole donnée à un homme
d'Etat d'une nation qui se veut respectable et respectée
dans le concert des nations devient un acte extrêmement
grave à l'encontre du peuple togolais. Il est donc
indispensable que la France mette fin à son silence
et se détermine clairement par rapport à cet
acte de trahison de sa parole donnée par le président
togolais.
Il est évident que les élections ne feront
pas partir Eyadèma si elles ne sont pas libres, démocratiques
et transparentes et surtout si leurs résultats ne pourront
pas être garantis par un organe indépendant.
Or Eyadèma, n'est pas prêt à scier la
branche sur laquelle lui et son régime se sont assis
en organisant des scrutins transparents au Togo.
A ce propos d'ailleurs, il faut préciser que l'exemple
du Kenya où l'opposition s'est entendue sur un candidat
unique pour battre le candidat du dictateur Daniel Arap MOÏ
n'est d'aucune utilité pour les Togolais.
D'abord parce qu'au Kenya les élections ont été
organisées par un organe indépendant qui avait
pris ses distances par rapport au pouvoir et avait joué
franc jeu.
Ensuite parce que Daniel Arap MOÏ a eu à respecter
la constitution de son pays qui limitait le mandat présidentiel
à deux et a dû présenter un autre candidat.
Enfin parce que lors des élections présidentielles
de 1998, bien qu'ayant présenté plusieurs candidats,
l'opposition avait bel et bien battu le Président Dictateur
Général qui n'a dû son salut qu'à
un hold-up électoral qui lui a permis de confisquer
la victoire du peuple.
Toute tentation de comparer l'actuelle situation togolaise
à celle du Kenya pour amener l'opposition togolaise
à accepter de participer aux parodies d'élections
en vue, même en acceptant de présenter un candidat
unique contre Eyadèma, ne saurait donc prospérer.
Ceux qui poussent l'opposition togolaise vers cette solution
n'ont d'autre but que celle de l'amener à légitimer
"la réélection programmée"
du général-président pour leur permettre
de justifier encore plus l'injure continuellement faite à
l'intelligence togolaise et qui voudrait qu'il n'y ait aucun
candidat valable en face de Eyadèma.
Lorsque l'on sait que l'argument brandi aujourd'hui pour convaincre
la communauté internationale de laisser faire Eyadèma
contre la volonté du peuple togolais et pour justifier
sa pérennisation au pouvoir réside dans le fait
"qu'il serait le seul sur lequel on peut compter pour
régler les conflits en Afrique", on comprend
aisément que ceux qui avaient poussé la CEDEAO
à laisser Eyadèma jouer un rôle dans le
conflit ivoirien aux lieu et place du Président en
exercice de cette organisation (qui était Abdoulaye
WADE), ont bien programmé leurs jeux depuis bien longtemps.
Les Togolais ne doivent plus tomber une fois encore dans ce
piège qui leur enlèvera le droit à toute
revendication et à toute action pour libérer
leur pays de la tyrannie.
C'est à ce titre que l'attitude de l'Union des Forces
du Changement dont le Président Gilchrist OLYMPIO vient
de déclarer sa candidature aux dites élections
présidentielles sur Radio France Internationale ce
13 mars 2003 est tout aussi surprenante et condamnable que
le comportement de ceux qui ont envoyé des représentants
de l'opposition à la Commission Electorale du RPT.
En effet, si en dépit d'une commission électorale
plus représentative et la présence des observateurs
de l'Union Européenne, Eyadèma a confisqué
en 1998 la victoire du peuple togolais qui avait donné
massivement ses voix au président de ce parti, nous
ne voyons pas ce que le candidat de l'Union des Forces du
Changement pourrait faire aujourd'hui avec des élections
dont les dés sont totalement pipés par Eyadèma
et les siens. Cette situation ne semble d'ailleurs pas inconnue
de l'UFC.
Dans son courrier du 16 février dernier aux membres
de la CFD favorables à une participation à la
CENI/RPT, le président de l'UFC déclarait ceci
: " La CFD constitue à l'heure actuelle, la
force politique principale de notre pays. Je ne vois pas l'impact
ou l'influence qu'elle aurait sur les élections d'une
institution de 9 membres dont 7 appartiennent à la
mouvance présidentielle, avec un président ayant
voix prépondérante, nommé par le gouvernement
". Il affirmait dans la même lettre "
Au demeurant, nous devons tous noter que la CENI, telle
que créée aujourd'hui, n'a aucune prise réelle,
ni sur la révision des listes électorales, ni
sur l'organisation des élections proprement dite, ni
sur le dépouillement, ferme mais courtoise. "
Répondant au compte rendu des autres organes de la
CFD, le Président de l'UFC s'exprimait le mardi 18
en ces termes : " Je demeure convaincu, comme je l'ai
exprimé dans la lettre que je vous ai adressée,
le dimanche 16 février dernier, que l'envoi au Premier
Ministre, d'une liste de personnes devant siéger à
la CENI pour le compte de la CFD, serait une erreur politique
qui porterait gravement préjudice à l'opposition.
Dans le contexte actuel, nous devons nous garder de tout acte
ou manifestation qui pourrait être interprété,
à l'intérieur comme à l'extérieur,
et surtout par le régime en place, comme une acceptation
des règles du jeu, tel qu'il les énonce. La
CFD doit éviter à tout prix, d'adresser des
signaux malheureux sur son attitude. Celle-ci doit principalement
consister à combattre les actes unilatéraux
du RPT. "
Entre le 18 février et le 12 mars 2003, qu'est ce
qui a bien pu changer dans les actes unilatéraux du
RPT, la composition de la Commission Electorale mise en place
par le pouvoir et les modalités de préparation
des élections pour que l'UFC annonce la candidature
de son président aux prochains scrutins présidentiels
?
"Bâtir le Togo" a des difficultés
à comprendre ce qui a poussé l'UFC à
déclarer la candidature de son chef dont l'analyse,
il y quelques jours, semblait pourtant claires quant au comportement
à adopter et à l'attitude de l'opposition qui
doit, si elle veut participer aux prochaines élections,
exiger des conditions de transparences nécessaires,
au premier rang desquelles le retour aux Accords Cadres de
Lomé. La lutte politique pour la libération
du peuple togolais du joug de la dictature ne doit pas laisser
de place à la logique qui veut qu'un homme politique
affirme une chose et son contraire tout en ayant bonne conscience.
Nul doute que la candidature du président de l'UFC
vient donner une onction immédiate aux violations de
la constitution et du code électoral et ne ferait rien
d'autre que confirmer et légitimer dans quelques semaines
la " victoire " programmée du dictateur,
si elle n'est pas catégoriquement rejetée comme
en 1993. D'ailleurs, tout porte à croire que c'est
vers une réédition de la cacophonie de 1993
que nous allons aujourd'hui, les responsables de l'opposition
se tirant mutuellement dans les pattes au dernier moment pour
laisser au monde l'impression que c'est de leurs divisions
que Eyadèma aura profité pour " l'emporter
" alors même que tel n'aura pas été
le cas.
Vu tout ce qui précède, "Bâtir
le Togo" demande aux responsables de la CFD de retirer
sans délais les quatre "faire valoir" qu'ils
ont introduits dans la Commission Electorale du RPT et invite
l'opposition à laisser Eyadèma et les siens
organiser leurs élections s'ils ne sont pas prêts
à revenir à des voies plus démocratiques
pour l'organisation de ces scrutins.
"Bâtir le Togo" estime qu'à
défaut de ce faire, il deviendra légitime de
se désolidariser de toute initiative présente
et à venir, tant au sein de la Diaspora qu'à
l'intérieur du Togo, qui irait dans le sens de collaboration
avec la CFD ainsi que tous ceux qui se rendraient coupables
de " légitimation " des actes et comportements
anticonstitutionnels du Rassemblement du Peuple Togolais et
de son chef.
Il est temps que chacun de nous prenne ses responsabilités
en se déterminant clairement par rapport à l'intérêt
du peuple togolais.
"Bâtir le Togo" inscrit une fois encore
cette prise de position dans sa logique habituelle d'objectivité
qui s'oppose à tout dénigrement, à toute
appréciation fondée sur des préjugés
ou des à priori et veut que nos actes politiques
seuls nous précèdent et rendent compte de ce
que nous sommes réellement.
Pour "Bâtir le Togo"
Le Conseil Exécutif
FAIT A BRUXELLES le 14 mars 2003
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