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PRESERVER UN ACQUIS : LE DIRE LIBRE
par Anani A. Gomez


Bien des togolais apprécient le foisonnement d'idées et les prises de positions des acteurs subsidiaires engagés ces derniers temps à coté des acteurs politiques classiques pour une reconquête des espaces de liberté bloquée et régentée par une oligarchie mesquine et liberticide. L'essentiel du débat a lieu sur les sites Internet qui ouvrent leurs espaces à ces nouveaux acteurs, privés dès le départ, d'une investiture qui leur aurait permis de se mesurer aux " grands " sur les radios et les plateaux de télévision internationaux qui, en dehors de quelques rares exceptions, n'acceptent que les intellectuels comme il faut ; c'est à -dire jacassant à souhait, rectangulaire- en référence à leurs veste et manteau aux épaules tombantes, lyriques, aliénés ou assimilés, qui pérennisent l'impérialisme culturel occidental. Ou alors le micro est poliment tendu aux génocidaires brutes et ignares qui viennent parler canons et disette en commentant avec mille postillons, les yeux rouges d'alcool, des images d'africains squelettiques aux regards ahuris, des femmes asséchées pleurant sur des bébés mourants ; vestige d'une guerre provoquée, soutenue et financée par les vendeurs de canons -dont la France toujours elle, cette parasite des pays africains.
Alors ministre des Armées, Robert Galley déclarait dans le monde du 26 janvier 1974 : " Je n'ai nullement l'intension d'arrêter notre effort d'exportation [d'armes] et je n'ai aucune raison de mettre au chômage des ouvriers français au nom d'un principe qu'aucun Etat n'entend respecter " ? Qu'en disent (qu'en ont-ils dit) nos intellectuels à qui le micro est tendu ? Pour parler du Togo : Nous avons tous remarqué Apati- Bassah, donnant un cours de français avec " Ne malmenons pas la langue française " publié sur togoforum.com le 5 janvier 2003 et signé " Amoureux du Français " alors qu'il est impossible à ce professeur de transcrire correctement la langue Bassar dont il semble porter le nom ! Le professeur Arégba sur le même site et comme Apati-Bassar fait l'éloge de la francophonie et s'insurge contre Apedoh-Amah pour qui la francophonie, au fait une francofaunie, est " du fascisme, de l'anti-démocratie, du racisme ", un mythe au service du Pacte Colonial (Mai 2002). Pour intéressant que soit le débat entre Adelansotou, Ihou , et Kapinono sur une chimérique infériorité du nègre, il s'éloigne par trop des préoccupations immédiates des Togolais. La densité des recherches force néanmoins le respect. Il est souhaitable de créer des espaces appropriés pour les échanges de cette qualité. Malheureusement le débat politique ne prend pas toujours cette hauteur.

Alors que certains ne voient dans les échanges sur les sites que des bavardages de politiciens immatures et, reprochent à certains de ces sites de laisser des " vauriens " dire du n'importe quoi sur n'importe qui, d'autres, au contraire s'en délectent en reconnaissant tout de même certains excès. Ces critiques adressés aux acteurs subsidiaires témoignent de la volonté et du désir des togolais de comprendre honnêtement ce qui se passe afin d'être en mesure de cerner les enjeux réels pour proposer aux acteurs directement engagés des solutions viables. Il est heureux de constater que cette machine de l'information et de la critique s'autorégule et que les critiques et les suggestions sont davantage tournées vers les idées que vers les hommes qui les émettent. Elles auraient pu être exclusivement idéelles. De toute manière cette production constitue un acquis considérable pour les combattants de la liberté. Ceci démontre à tout le moins, que les togolais n'ont pas attendu un décret présidentiel ni un arrêté ministériel post bruxellois avant de conquérir cet espace-ci. En libérant récemment certains sites, nos compatriotes restés au pays découvriront, dans un déferlement, un essaim d'acteurs (subsidiaires) inconnus jusque là. Mais puisque déjà de tels débats font ombrages aux calculs égoïstes des deux camps en présence -pouvoir et opposition- il est facile d'imaginer une entente cordiale, tacite au besoin, pour " discipliner " ces empêcheurs de tourner en rond. Le dialogue version Rpt dont parle Agboglati est tout désigné pour ce matraquage.

Dans ce contexte, il importe que ces acteurs restent vigilants pour avoir permanemment " à l'œil ", comme le disait Lejeune, pouvoir et opposition. La vigilance est d'autant plus nécessaire que des réseaux mafieux se tissent entre des personnes politiquement inconciliables- au regard des discours- mais qui s'entendent parfaitement lorsqu'il est question de saigner le peuple pour se remplir les poches. Le détournement et le partage des deniers publics n'est ni interdit par l'Accord Cadre de Lomé ni par les fameux Vingt-deux Engagements de Bruxelles. On peut donc commencer par se servir. Le peuple attendra patiemment d'être servi démocratiquement lorsqu'il aura plébiscité, démocratiquement ou non, un de ces flibustiers. C'est révoltant et humiliant de ne pouvoir rien faire contre cette association de malfaiteurs qui viennent vous narguer avec des paroles de boutiquier. Voyez cette histoire de fric entre Eyadéma et Kodjo Edem (cf John Smith); les démêlées de Folly Antoine avec la justice à propos d'une escroquerie ; le business de Lawson [agrément de commercialisation du coton] avec les hautes sphères Rpt (cf Spero Houmey) etc. Tous ces comportements de petits bandits n'augurent pas un après- Eyadéma paisible. La bataille doit rester dure, sans merci, pour balayer la mauvaise engeance comme le proposait Yelian. Pour cela il faut seulement trois choses : du culot, de l'impartialité et encore du culot.

Le reproche dirimant qu'on oppose à cette nouvelle classe d'acteurs ; c'est de ne pas proposer une solution alternative. Ils seront donc taxés de " destructeurs " ; Mais au fait, la réparation relève t-elle de leur domaine ?
Dans une pièce intitulée Toi même, tu sais, de " les Guignols d'Abidjan ", Nastou, un des personnages, s'exclamait, émue, en " lisant " un journal : " les Blancs sont sorciers, ils marchent sur la tête, et les pieds sont en l'air. Regarde la voiture là aussi : Les pneus sont en l'air !". Nastou, en ce moment précis où elle lisait, avait la conviction forte d'avoir découvert une vérité. Elle était honnête dans l'exacte mesure où il y a adéquation entre sa pensée intime et sa parole. Sa conscience était donc tranquille jusqu'au moment où Gohou Michel, un autre personnage, le railla en lui faisant remarquer qu'elle lisait le journal à l'envers ! Nastou était donc illettrée et lisait plutôt l'image à sa manière. Comme Kodjo Edem qui, tout en restant dans la logique qui à été toujours la sienne, renverse en toute bonne conscience l'ordre des choses en s'alliant avec la dictature au nom de la démocratie. Nastou en tenant correctement le journal peut revoir les Blancs en hommes ordinaires. Si elle persiste à lire à l'envers en évoquant la prétendue honnêteté kodjoienne, elle se démènera pour longtemps avec les Blancs extraterrestres et leurs soucoupes imaginaires. Du moment qu'on sait, c'est hypocrite de feindre de ne pas savoir. Les bons politiciens ont les ressources intellectuelles suffisantes pour se corriger. Si le critique doit forcément donner la solution au politicien togolais pour qu'il aille l'ânonner, alors un des deux est de trop. Heureusement à coté des mièvres, coexistent d'authentiques politiques. Parce qu'on a des diplômes universitaires, c'est illusoire de penser qu'on est mieux outillé pour parler politique et conduire un Etat. D'ailleurs " je ne suis pas sûr, c'est Agbota Zinsou qui parle, qu'il soit nécessaire d'être ministre ou président de la République avant de servir son pays ".
Ainsi, pourra t-on être tenté de dire que les acteurs politiques subsidiaires échappent au reproche sus évoqué : Celui qui remarque que la terre tourne sur elle même n'est pas tenu de l'arrêter ! Quand à la forme du discours critique, nul n'a le droit de la définir. Parce que Natchaba ment, nous l'appelons bien un menteur. Pourquoi ne pas nommer con l'auteur d'une connerie. Le titre de " démocrate " dont s'affuble certains délinquants ne doit pas constituer un masque qui cache l'ignominie. L'acteur subsidiaire élève le débat au dessus de la trivialité et recherche l'excellence . Il n'esquive pas sa responsabilité en évoquant l'exutoire de la conscience ; ce bâton dont on se sert pour frapper tout le monde mais dont on ne s'en sert jamais pour soi même. Est-il inexact de dire que les critiques de ces acteurs dont beaucoup sont issus de la jeunesse permettent de clarifier le jeu politique ? N'est-ce pas en voulant répondre aux critiques tous azimuts que les politiques se sont déculottés ? J'essaierai dans la deuxième partie de cet exposé d'apporter ma réponse. A suivre.

 

Hambourg, Allemagne
Anani Alex Gomez

 

 

 

 

 
 
 

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