Il est souvent dit que très peu d'acteurs
politiques savent consacrer suffisamment d'énergie
à sortir de la Politique qu'à y entrer. Préoccupés
-et ils le sont souvent à exercer leur pouvoir, leur
autorité et leur talent- ces politiciens se retrouvent
surpris par la fatalité du départ, parfois par
sa brutalité. Au Togo, dans le cas de feu Gnassingbé
Éyadéma, on peut dire que le destin est passé
par-là; tellement l'homme aimait en sacraliser la portée,
au point de valoriser l'inaction et de détruire toute
audace dans le cheminement politique des Togolais.
Aujourd'hui, le destin, seul, ne peut servir de programme
d'action politique au détenteur, unique ou pluriel,
du pouvoir politique intérimaire au Togo, au motif
d'avoir été là au bon moment. Bon alignement
des astres depuis la naissance jusqu'à un fameux
5 février 2005? Ce pourrait être un piège,
tant la tentation d'y croire est grande.
Il y a lieu de se référer à autre
chose que l'alignement des étoiles, d'un destin à
la suite de l'autre. Si une telle symphonie existait, même
dans sa rareté, elle gagnerait en valeur en cherchant,
volontairement, à se fondre dans une constellation
de compromis. Dans le paysage togolais, en Afrique et à
travers le monde, une telle ouverture éviterait de
reproduire les mêmes tableaux, peu concordants, voire
dysfonctionnels et autodestructeurs au regard du souci ambiant
de faire profiter les peuples des bienfaits de la démocratie.
Mais là s'arrête notre interprétation
des faits qui s'égrènent sous nos yeux. Au-delà
de ce point, le risque du procès d'intention rapide
est réel. Avons-nous tous les éléments
pour juger adéquatement de la situation dans la précipitation
des actes et des intentions? Rien n'est moins sûr.
Dès lors, "Prendre des risques, au sens le plus
noble, c'est précisément prendre conscience
de soi", du rôle historique que le talent et
le métier, aux côtés de la destinée,
peuvent faire jouer à certaines personnes, dans les
circonstances, pour réaliser des compromis et des
rapprochements utiles à la sauvegarde d'un pays déjà
exténué.
À l'analyse et comme il ressort des contraintes
limitatives de la Variance politique au Togo (document joint),
ce pays ne peut se permettre de verser dans autre chose
que le culte du compromis dont la pertinence aiderait, mieux
que la démonstration de force, à polir les
stigmates réels d'une latente implosion socio-ethnique.
Sur fond de méfiance généralisée,
exacerbée par la seule quête d'une limpide
et belle démocratie chez les uns, la peur des règlements
de compte chez les autres, les Togolaises et les Togolais
ne peuvent effectivement se permettre autre défi
qu'une véritable conspiration du compromis contre
un destin longtemps confisqué.
Pierre S. Adjété
Montréal (Québec) Canada, le 8 février
2005.
PJ : La Borne de variance politique au Togo - De la
pertinence et de l'urgence d'un compromis politique au Togo.
(Document PDF)