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Clermont - Ferrand, le 26/03/03
J'ai beaucoup hésité avant de me résoudre
à mener une réflexion sur l'annonce faite le
12 mars 2003 par le bureau exécutif de l'Union des
Forces de Changement (UFC) relativement à la candidature
de son leader dans la perspective des prochains scrutins présidentiels
togolais. Cette hésitation n'a été motivée
que par le seul désir de m'assurer qu'il s'agissait
effectivement d'une candidature ferme de M. Gilchrist Olympio
et non pas d'une communication mal pilotée par les
instances officielles de son parti. Finalement, le show médiatique
de l'intéressé a fini par avoir raison de mon
scepticisme. D'aucuns pourront, par contre, se montrer perplexes
au regard du sujet de notre réflexion en m'opposant
notamment le droit absolu de Gilchrist Olympio, à l'instar
des autres citoyens togolais d'ailleurs, de briguer la magistrature
suprême. Certes c'est tout à son honneur, mais
mon propos est tout autre.
Lorsque en 1993, au plus fort de la crise que traverse notre
pays, les partis et associations regroupés au sein
du Collectif de l'Opposition Démocratique (COD2) se
sont retrouvés à Ouagadougou (Burkina Faso)
pour poursuivre les négociations directes avec les
représentants du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT,
au pouvoir), l'UFC avait soigneusement entretenu une sorte
de flou artistique en ne s'impliquant pas directement dans
les pourparlers mais en prenant soin de faire connaître
ses desiderata quant au règlement escompté principalement
au travers des media. Une telle attitude du " ni,ni "
lui réussit si bien qu'à peine les fameux accords
de Ouaga 3 furent - ils paraphés que M. Olympio s'était
empressé de dénoncer urbi et orbi ce qu'il assimilait
presque à un crime de haute trahison à l'encontre
du peuple, et commis par " quelques individus1 "
qui, selon lui, prétendaient représenter l'opposition
démocratique.
Faut - il rappeler que les Accords de Ouaga aménageaient
entre autres les règles devant présider à
l'organisation des élections présidentielles
d'août 1993. Et comme hasard, M. Olympio annonce son
intention de participer à ces scrutins. Paradoxe ou
incohérence dans l'action politique, est - on en droit
de s'interroger ? Soit. La suite, on la connaît. Vient
ensuite 1998 . remake relifté du scénario de
93. Cette fois, le premier dirigeant de l'UFC se retrouve,
enfin, au nombre des postulants retenus, face à M.
Eyadema. La suite, on ne peut que le déplorer.
Seulement, à s'intéresser de plus près
à ces deux épisodes, on est stupéfait
par un important détail : Le déphasage patent
qui existe entre la verve pugnace et engagée du leader
de l'UFC et son implication physique réelle sur le
terrain. Inconséquence ou prudence légitime
? Certes les responsables du parti du changement tirent argument
de l'insécurité qui sévit au Togo pour
justifier l'absence chronique de leur champion dans l'arène.
Peut - être n'ont - ils pas torts. Mais qu'est - ce
qu'un leader sinon celui - là même qui se jette
corps et âme dans la bataille aux côtés
des siens dans l'optique d'une victoire conçue comme
certaine ? Cela dit, personne n'oublie Soudou, mais hélas
Soudou, c'est depuis plus de dix (10) ans le quotidien des
Togolais !
Et voilà qu'aujourd'hui, après toutes ces péripéties,
M. Olympio dit encore se présenter vraisemblablement
contre M. Eyadema. Arnaque ? Bluff politique d'un goût
douteux ? Je ne saurais m'avancer. Et pourtant, tous les signaux
attestent que l'UFC va nous entraîner dans une corrida
quasi puérile qui n'aura ceci de divertissant que le
fait qu'elle permettra au " principal opposant "
au régime de M. Eyadema de réitérer son
ancrage dans l'opposition (sic) ! C'est dire la haute idée
que nombre d'entre nous ont du statut d'opposant. Déjà
comme pour conforter nos craintes, l'Union des Forces de Changement
fourbit ses armes : elle en appelle dans un communiqué
à la communauté internationale comme si celle
- ci constituait un véritable deus ex machina. Rien
que ça !
Toutefois, si par extraordinaire, il ne s'agissait pas d'une
arnaque politique, alors nous serions en présence d'un
acte, en l'état actuel des choses, dépourvu
de toute visibilité : au mieux un acte désespéré.
Alors, concernant cette deuxième branche de l'alternative,
je me refuse à en analyser la portée, car elle
me horripile. Cependant une autre donnée est constante,
c'est l'ampleur des incidences fâcheuses qu'on pourrait
attacher à cette énième candidature de
M. Olympio dans la mesure où l'intéressé
n'aurait pas à la rendre concrète en l'occurrence
en ne la menant pas jusqu'à son terme effectif, j'entends
l'éviction du général - président
Ainsi, à court terme, une telle éventualité
conduirait à frustrer un peu plus les habitants de
la Terre que nous ont léguée nos valeureux ancêtres,
et prolongerait de surcroît leur indicible chemin de
croix. A plus ou moins long terme, pourrait survenir une sérieuse
érosion du crédit et de l'estime dont jouit
actuellement le fils de Sylvanus Olympio. Et malheureusement,
il serait à craindre pour lui une altération
de son charisme, son pourvoyeur de popularité. Cela
serait bien dommage car un tel scénario, s'il se réalisait,
aboutirait à terme à disqualifier intégralement
le seul parti, ou plutôt l'unique personnalité
appartenant à la vieille garde de l'opposition togolaise
jouissant, à ce jour d'un certain respect de la part
des populations.
C'est pourquoi, d'aucuns ressentent la nécessité
d'impulser et de consolider l'émergence d'une autre
élite politique douée d'un leadership nettement
plus jeune et particulièrement plus novateur. Et fort
heureusement, nous avons foi et connaissance de ces jeunes
" nouveaux " dirigeants pétris de compétence,
d'humilité et d'abnégation. Oh oui, le Togo
a grandement besoin de ces filles et fils de la Mère
Patrie qui savent oser en prenant leur destin en mains. Il
est temps donc qu'ils se fassent (re)connaître, car
veuillez me passer l'expression, " Y en a vraiment marre
! ! ! "
Note :
1 Propos tenus par Gilchrist Olympio sur Africa n°1 à
l'annonce du succès certes mitigé des discussions
de Ouagadougou de 1993
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