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EYADEMA ET LE MYTHE DE L'IMMORTALITE
(par, Raymondo et Hermès Houmey )

Le général Gnassingbé Etienne Eyadèma, ancien président de la République togolaise, décédé le 05/02/2005, cultivait les mythes, comme celui du chiffre 13 ou celui de sa propre mort.
Dans les croyances togolaises, un décès aura toujours une part d'inexplicable, voire de para normale. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître pour un esprit rationnel, il n'en demeure pas moins vrai que, parfois il y a des coïncidences troublantes qui entourent certains décès.
Cependant, la présente démarche a plus pour objectif de relever les conséquences tragiques pour le Togo, de l'incohérence dans la gestion du décès du président, que tous les acteurs de la vie politique togolaise savaient mourant.

La mort du Gal Eyadèma le 05 février 2005 a surpris le Togo, de l'opposition au RPT, en passant par la famille Gnassingbé elle même, mis à part "Badagnaké, son épouse, et ses fils Faure et Kpatcha".
Comme si dans l'inconscient collectif togolais Eyadema était immortel, les togolais conscients que leur président était mourant, ne s'attendaient pourtant pas à son décès.
Aujourd'hui, telle dans une fable de l'auteur français La Fontaine, pour avoir cru à cette immortalité, les togolais traînent leur désarroi depuis le décès de leur président.
La crise ouverte que vit le Togo depuis le 05 février 2005 tire, pour une grande partie, sa source de cette surprise.

Jusqu'à sa mort, Eyadèma a cultivé le mythe de sa propre immortalité, à travers les réels ou pseudo multiples coups d'Etat auxquels il aurait échappé, et les manipulations politiques orchestrées par le tandem Laclé/Eklo[1] , à l'époque des glorieuses années de son régime autocratique et dictatorial.
A telle enseigne que même les esprits rationnels convenaient de nommer sa " baraka ", la chance voire les protections dont Eyadèma a pu bénéficier, durant ses 38 ans de règne[2] , tant des services de renseignements français que des idéologues de tout poil.

De la présumée tentative d'assassinat du militaire Boko Bosso (en 1967 aux lendemains de son accession au pouvoir) à l'accident d'avion de Sarakawa (en 1972), ou encore de la tentative de putsch du 23 septembre 1986 à la tentative d'enlèvement du 25 mars 1993, sans compter " l'affaire des faux puisards ", et la tentative de putsch du mercenaire anglais, Tom Fina, en 1979/1980, l'insurrection populaire des années 1990/1991, ou encore ses faits d'armes dans les rangs de la coloniale, Eyadèma a su tirer profit des faits caractéristiques et des grandes étapes ayant marqué sa vie au pouvoir.

Le 05 février à l'annonce de son décès, l'opposition togolaise est restée abasourdie. Elle est sortie de sa torpeur face à la réaction du président du Nigéria, Mr Obasanjo, et du Commissaire de l'Union Africaine Mr Konaré qui ont été les premiers à qualifier de coup d'Etat, le " mandat " des militaires à Faure Gnassingbé, le fils, dans la nuit du 05 février 2005.

Quant aux héritiers, une fois le corps du défunt président ramené au Togo, le 05 février 2005 en fin de journée, ils se sont précipités dans un scénario absurde, tant leur surprise fut grande.
Ni la famille, l'ex parti unique, le RPT, ou l'Armée surpris par le décès de leur protecteur, et devant la crainte d'un soulèvement populaire, n'ont pu contenir leur désarroi dont l'illustration a été le ridicule scénario de la nuit du 05 février.
Plutôt que d'appeler les populations togolaises au respect de la mémoire du défunt comme veulent les tradition et coutume, en appelant les populations togolaises à une communion : " le Président de la République est mort, nous demandons au Peuple d'observer un deuil en sa mémoire. Certes, nous savons que notre père n'était pas aimé, à cause des dérives de son régime mais, nulle œuvre humaine n'est parfaite, surtout lorsqu'on détient le pouvoir… En sa mémoire, nous prenons l'engagement de garantir la réussite du processus d'apaisement national, et implorons le Peuple de lui rendre un hommage dans le respect du culte des morts ", ce discours étant celui de l'intelligence. Malheureusement, le clan a improvisé une autre mélodie.
L'opposition toute tendance confondue s'est retrouvée prise de court par un événement qu'elle prévoyait depuis 2002.
Celle représentée par Mrs Kodjo Edem et Zarifou Ayéva croyant saisir l'opportunité de se positionner en s'alliant avec l'ex parti unique, y a perdu le peu de crédit qui lui reste.
Quant à l'autre opposition, elle a réalisé trop tard qu'elle n'a pu capitaliser le décès du dictateur et la pénible " connerie " de l'Armée togolaise. Elle constate avec regret, aujourd'hui que l'oraison de Eyadèma est aussi la sienne.
Désormais, plus rien ne sera comme avant, honnie par le Peuple, méprisée par la communauté internationale, elle est devenue l'ombre d'elle même.
Pourquoi alors une si grande surprise, au décès pourtant prévisible de Eyadèma ?
A force de maintenir son pouvoir par la force, la terreur, les assassinats aux fins de sacrifices humains, l'un a cru à son immortalité.
A force de croire en l'immortalité de son adversaire, l'autre n'a pas su anticiper l'événement.

Quoiqu'il en soit, Etienne Eyadèma, devenu Gnassingbé Eyadèma, cet enfant de Pya, sans parents connus aura surpris le monde, par le 1er coup d'Etat en Afrique, le 13 janvier 1963…et plus tard, par sa mort le 05 février 2005, en plein ciel, après 38 ans d'un pouvoir sans partage, enraciné dans le mythe et le culte Eyadèma.

Raymondo et Hermès Houmey, Paris - Mai 2005(Mis a jour le 24/01/2006)

 

 

 

Notes:

[1] Mr Théodore Kpotivi Laclé ancien ministre de l'intérieur, et Mr Michel Kunalè Eklo, ex secrétaire administratif du RPT orchestraient des manifestations de soutien populaire caractérisées par des pleurs collectives des femmes de l'UNFT, et des animateurs de la révolution togolaise retransmises en direct par la Radio Télévision de la Nouvelle Marche, RTNM. [Retour au texte]
[2] Le chiffre 13 dans la vie et dans la politique d'Eyadèma - TOGO - 13 mars 2005 - XINHUA
Les obsèques du président togolais, le général Gnassingbé Eyadèma décédé le 5 février, se tiennent le 13 du mois de Mars, un chiffre qui est souvent revenu dans la vie et dans la politique de ce militaire arrivé au pouvoir en 1967.
Pourquoi a-t-on choisi le 13 et non une autre date? C'est la question qui est souvent posée par certains Togolais quand d'autres répondent tout simplement que c'est par respect à ce chiffre qu'Eyadèma a toujours aimé.
Eyadèma qui a dirigé le Togo pendant 38 années est arrivé au pouvoir le 14 avril 1967. Cependant, durant tout son temps à la tête du pays, il s'est attaché à célébrer une fête de Libération nationale chaque 13 janvier. En fait, c'est le 13 janvier 1963 qu'il a participé, avec un groupe de militaires togolais redéployés de l'armée française, au premier coup d'Etat au Togo et qui a coûté la vie au premier président du pays Sylvanus Olympio.
Le 13 janvier 1967, il a participé de nouveau à un second coup qui a renversé Nicolas Grunitzky, le président qui a succédé à Olympio. De ces événements, Eyadèma a pris la référence de " l'Homme du 13 janvier", et le plus important boulevard de la capitale togolaise, précédemment "Boulevard circulaire" en raison de sa forme, est baptisé "Boulevard du 13 janvier".
Le chiffre 13 est souvent revenu dans sa vie de chaque jour. Même dans sa médiation de la crise ivoirienne, il a marqué sa coordination de ce chiffre. C'est le 13 janvier 2003, qu'il a rapproché par un accord à Lomé la délégation du gouvernement ivoirien conduite par Laurent Dona Fologo et celle des groupes de rebelles Mouvement populaire ivoirien du grand ouest (MPIGO) et le Mouvement pour la justice et la paix (MJP), une phase qui avait ouvert la voie à ces mouvements de devenir membres du fameux accord de Linas-Marcoussis.
Mais, outre ces faits politiques de grandes significations, des proches d'Eyadèma confient qu'il a un penchant poussé pour le chiffre 13. Il aime, dans ses amusements, à donner rendez-vous sur 13h13 sachant que difficilement les gens auront du mal à le rencontrer à cette heure. Parfois, il ajoute 13 minutes à toutes les heures de ces rendez-vous personnels. "On se voit à 15h13", vous dira-t-il, s'il ne veut pas vous dire de venir le rencontrer à 13h13. Peut-être par pure coïncidence, le lundi 24 octobre 1983 lors de son voyage aux Etats-Unis, il s'est entretenu à 13h30 avec le président d'alors Ronald Reagan à la Maison Blanche.
Le dernier événement qui a davantage surpris les Togolais était le bilan d'une marche de soutien au domicile d'Eyadèma et qui a tourné au drame. Des milliers de Togolais s'étaient rendus à cette marche et on attendait de la bousculade à cette occasion un bilan très lourd. Contre toute attente, le gouvernement a fait état de 13 morts et de quelque 200 blessés. Encore un chiffre 13.
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