"
Nous les noirs avons longtemps essayé
de prouver le contraire de l'axiome "l'union fait la
force" mais cette logique cartésienne semble s'imposer
à nous aujourd'hui... Je désigne par nous ceux
qu'on appelle, à tort, génération sacrifiée
mais qui ne devraient être que les précurseurs
d'un nouvel ordre telle la génération de mai
68.
Il est clair que beaucoup de choses se font dans nos pays,
et autant se font à l'extérieur de nos pays,
mais il nous manque sans doute une coordination réelle
pour évaluer le parcours fait et celui restant ".
Dr Amégnigan Gérard
Notre réflexion tire sa source du postulat selon
lequel, les Etats africains ont accédé à
l'indépendance en " combattant " le colonisateur,
pour arracher la liberté de leur pays, les pères
de l'indépendance étant ces " patriotes
", qui parfois ont sacrifié leur vie à
cette cause.
Au début des années 60, dans la quasi totalité
des Etats africains francophones, existaient 2 courants
de pensées politiques : les " nationalistes
" et les " progressistes " pro français.
Historiquement, nous retiendrons qu'après les indépendances,
les nationalistes, qui ont conduit leur pays à la
souveraineté suprême, ont été
" remplacés " (Olympio, Lumumba, Nkrumah,
pour le cas anglophone
) par les progressistes, souvent
avec l'aide directe de l'ancien pays colonisateur.
Ces précédents historiques handicapent-ils
l'éclosion d'une réelle classe politique en
Afrique ?
Au Togo, le coup d'Etat de 1963, qui aboutit à l'assassinat
du 1er président élu, Mr Olympio, installe
au pouvoir un progressiste, Mr Grunitzky.
Le raccourci est vite pris, lorsqu'on fait le lien entre
l'antagonisme " nationalistes - pro français
"., et le coup d'Etat contre un nationaliste et l'installation
d'un progressiste au pouvoir. Un président perçu
comme anglophile est assassiné par des militaires,
tous, des anciens de l'armée française qui
installent un homme de paille, qui plus tard sera renversé
par les mêmes " anciens de l'armée française
". L'ombre du colonisateur n'est jamais loin
Cependant, les partisans de la thèse du complot français,
sont des francophiles patentés. Leur point commun
: avoir fait de bonnes études dans les meilleures
universités françaises, certains ayant un
conjoint français pour parfaire leur intégration,
une descendance naturalisée français, une
résidence principale ou secondaire en France.
Sur le plan intellectuel et moral, les mêmes pourfendeurs
ne ratent jamais l'occasion de se référer
à leurs bonnes études, et à la culture
française érigée en modèle.
Le " kopéto [1]" reste
le paria à l'opposé du " ékonkoumè
" (le civilisé ou le cultivé), le citoyen
de référence " francisé ".
Autant, la période d'avant l'indépendance
a vu le colonisateur régulièrement fustigé,
autant la période post-coloniale connaît une
volonté affichée d'identification au colonisateur.
On se plaint du " blanc ", qui est accusé
de tous les maux, mais vers qui on accourt se réfugier
dès les prémisses de problèmes, ou
lorsqu'on a besoin d'aide.
La logique de la contradiction : un complexe du colonisé
?
Depuis la revendication d'un plus grand espace de liberté
au Togo, tant les acteurs de l'opposition naissante, que
de la diaspora se plaignent du rôle ambiguë de
la France dans le processus de démocratisation togolais.
La France est perçue comme un soutien aux dictatures
en Afrique. Et les raisons avancées varient d'un
Etat à un autre, de la corruption, au financement
occulte de partis politiques... Cependant, les mêmes
accusateurs recourent aux services de la France pour les
installer à la place tant convoitée.
Hier en Côte d'Ivoire, Mr Gbagbo s'est assuré
la " prise du pouvoir " avec le soutien d'une
classe politique de la France, qu'il défie aujourd'hui.
Au Togo, il est régulièrement fait recours
à des réseaux plus occultes les uns que les
autres, allant des services secrets aux fraternités,
en passant par des relations personnelles, politiques, et
les mouvements philosophiques ou corporatistes pour influencer
la politique intérieure togolaise, à défaut
de lui faire changer de cours.
Peut-on prétendre libérer un pays tout en
" demandant l'aumône ", au risque d'être
à son tour asservi voire pris en otage?
Si nous convenons que l'ex parti unique, le Rassemblement
du Peuple Togolais, le RPT, joue le jeu de la France, la
conséquence en est que ce parti n'est pas indépendant
de la France à qui il doit tout.
De même, si l'opposition est installée à
la place du RPT par cette France qu'elle fustige à
chaque secousse politique, le risque d'un nouvel asservissement
de la nouvelle classe politique togolaise sera fort grand.
La classe politique togolaise ne peut-elle s'affranchir
de cette tutelle française ?
De la contradiction dialectique à la contradiction
stratégique
Il faut préciser, pour atténuer nos propos
précédents, que l'émergence récente
d'une opposition, dans plusieurs pays africains francophones,
a été en partie suscitée par la France.
En effet, face à certaines déclarations de
Mr Chirac au début des années 1990, à
l'époque, maire de la ville de Paris, à propos
des " odeurs " des africains et de la " maturité
démocratique " des populations africaines, et
face aux bouleversements socio politiques en Europe de l'Est,
l'opportunisme politique de la gauche française,
pousse Mr Mitterrand à se positionner en grand défenseur
des valeurs démocratiques dans les anciennes colonies.
A défaut d'avoir prévu l'effondrement du "
Mûr " et la fin du clivage est-ouest, la France
devrait se rattraper sur le terrain où elle est la
plus efficace, la géopolitique africaine. Etait-ce
une nouvelle " poudre de perlimpinpin " jetée
au yeux des africains et de leurs dirigeants ?
Toujours est-il que tous, nous avions applaudi devant cette
audace de Mitterrand : de l'opposition libérale au
Bénin, précurseur des processus de démocratisation
en Afrique, à celle plus ancrée à gauche
au Togo ou en Côte d'Ivoire.
Nul n'a perçu les causes profondes du fameux "
discours de la Baule " de juin 91.
Aujourd'hui, les conséquences de ce qui apparaît
comme une myopie ou incapacité politique est souvent
traduit par le " sentiment anti-français ",
autre trompe l'il des " analystes et autres politologues
" des questions africaines.
Comment la France, pays des droits de l'homme et de la démocratie,
auteur du discours de la Baule peut-elle se comporter ainsi
? Naît alors un sentiment de frustration parfois violemment
exprimée.
Les raccourcis deviennent alors nombreux
Le soutien
à Nguesso, Bongo et Débi est sous tendu par
leur gisement de pétrole
Celui au clan Gnassingbé
par le phosphate, avant qu'on ne nous apprenne que le Togo
serait la plaque tournante de tous les trafics illicites
de la sous région. Quid du soutien à la Guinée
de l'impotent Conté
le bauxite ?
Au Togo, l'opposition née après la loi d'avril
1991, et les forces démocratique [2]dont
l'émergence était antérieure, n'ont
pas procédé à cet " état
des lieux " préalable à leurs revendications
politiques.
Les togolais ont préféré, tout au long
de leur processus depuis 1990, se référer
à Paris. Des forces démocratiques de 1990
à l'opposition en 1991, aux Comités de soutien
crées au décès du Gal Eyadèma
en février 2005, en passant par le réseau
de la Diastode pourtant créée au Canada.
Tous se croient obligés de passer par Paris, avant
d'aller au Togo. Le leader d'un des principaux partis de
l'opposition, Mr Olympio y a installé son quartier
général, pour " rassurer Paris "
qui le croirait trop anglophile. Naïveté ou
opportunisme politique, ou une déclinaison d'une
stratégie politique qui consiste à affirmer
vouloir libérer son pays de la France, tout en implorant
son aide ?
Aux togolais, à l'opposition et aux forces démocratiques
de convaincre et de rassurer, au lieu de s'enfermer dans
une logique de complot contre l'évolution démocratique
du Togo.
Mr Edem Kodjo brillant intellectuel africain, sociable et
empathique à souhait est considéré
par ses adversaires comme un " piètre politique
". Pourtant son chef d'uvre, le RPT, demeure
une réussite. Ses affaires prospèrent. Mais
pourquoi politiquement serait-il incapable, voire incompétent
selon certains ? Est-ce à cause de ses maîtres
à penser
parisiens ?
Maître Yaovi Agboyibo, brillantissime juriste, rusé
et charismatique à souhait se révèle,
selon ses détracteurs, une " catastrophe politique
".
Le professeur Léopold Gnininvi, érudit mathématicien,
" père " de l'énergie solaire togolaise,
s'il ne s'était aventuré en politique, se
révèle sur ce terrain d'une mièvrerie
déconcertante, dixit les critiques au sein de sa
formation.
Propos malveillants ou avisés ? La réalité
n'en est pas loin.
Et si l'opposition abandonne, pour une fois, la contradiction
pour s'atteler aux conditions minimales de la réussite
de l'avènement de la liberté dans ce petit
pays, le Togo ?
Aux Togolais de choisir leur voie, tant ceux de l'extérieur,
plus préoccupés à survivre et dont
la libération de la nation sonnera le glas de leur
demande de séjour, que ceux de l'intérieur
acculés et obligés de faire allégeance
pour faire oublier leur défiance à la dictature.
Raymondo Noviti Houmey