Lorsqu'on observe le comportement
des Togolais dans leur ensemble, on peut être surpris
par leur attitude face aux problèmes de la NATION et
du PEUPLE.
Une rapide comparaison à leurs aînés d'avant
l'Indépendance, évidemment les meilleurs d'entre
ceux-ci, amène à nous demander pourquoi cette
métamorphose.
Le courage et le sacrifice pour l'intérêt commun
a fait place à la délation, la paresse et, la
peur. Nous avons attribué le phénomène
de la peur inculquée aux citoyens par l'introduction
du crime de sang dans le débat politique togolais, depuis
le 13 janvier 1963 qui, en une nuit a réuni, des patriotes
convaincus et des renégats de la pire espèce.
Nous avons aussi pensé que le " virus "
émanait d'une infection profonde, insidieusement et
malicieusement cultivé dans un bouillon d'argent et
de luxe.
En essayant de disséquer la personnalité du
Togolais aujourd'hui, que devons-nous retenir qui justifie
son attitude et, explique son comportement de façon
certaine ?
La PEUR, il est vrai qu'elle existe. Nous l'avons plusieurs
fois admise et répétée. Seulement, il
y a des moment où un homme n'a plus peur. Parce que
tout simplement la peur de perdre la vie finit au moment où
on est sûr de la perdre. Alors on brave le danger. Cela
s'appelle l'instinct de survie. Il est propre aux animaux
et aux hommes.
Que ceux qui ont des promesses de la vie, ou ont donné
à leur vie un objectif matériel : avoir du travail,
pouvoir se soigner, se nourrir, etc
, que ceux-là
aient peur de perdre la vie, se comprend aisément.
Les exemples sont nombreux où de farouches guerriers,
jadis capables de se sacrifier pour la noble cause qu'ils
défendaient, deviennent des chiffes molles, quand s'estompent
les raisons de leur engagement et, quand prend place l'exubérance
du bonheur matériel.
LA PEUR de mourir naît du bonheur matériel de
vivre. Mais lorsqu'on sait qu'on est condamné et, que
l'on refuse de lutter parce qu'on a peur de perdre la vie,
il y a quelque chose qui ne s'explique pas.
Pourquoi ce comportement des Togolais ?
Le goût de l'argent et du luxe expliquerait-il le comportement
de la plupart d'entre nous ? Sans doute mais, uniquement pour
ceux qui ont la possibilité d'en gagner.
Or cela n'est plus donné à tout le monde. Avant
il suffisait de " faire un placement au RPT " (pour
les cadres) pour avoir un poste juteux. Aujourd'hui, le placement
n'est plus à long terme : on se contente de distribution.
Et si la peur et la recherche effrénée de l'argent
facile n'expliquent plus l'ankylose des Togolais ? Et si le
mal est plus profond ?
C'est la première fois que nous vivons dans notre pays,
ce qu'on appellera tout simplement la PERTE de PERSONNALITE.
Cette capacité de se définir et d'exprimer
sa conscience, nous l'avons perdue. Des intellectuels jadis
de renom, aux anonymes travailleurs, nous n'avons plus de
personnalité au TOGO.
Inutile d'indexer un coupable, cela ne nous soignera pas.
Il faut s'attaquer au mal : il part de chacun de nous, il
est en chacun de nous, malicieusement ancré. Qui suis-je
? Qui dois-je être ?
Seule cette quête nouvelle de la personnalité
sauvera le TOGO. Il faut s'y atteler. La personnalité
d'une nation est bien la somme des personnalités de
ses citoyens.
La quête individuelle d'une personnalité est
aussi collective. Elle est à elle seule, UNE RAISON
DE VIVRE OU DE MOURIR.
Jacob T. LAWSON-HELU
Helsinki, 1999.
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