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Elections législatives anticipées au Togo :
un consensus politique troublant ...


(Paris, le 12 août 02 - Wisdom GBEASSOR - Diplômé en Relations Internationales)

Les annonces à répétition de l'organisation des élections législatives anticipées, dont le débat et les échéances sont toujours recommencés et jamais achevés, sont un signe politique fort inquiétant d'un nouvel enlisement annoncé du processus démocratique au Togo.
Je m'interroge sur l'opportunité et la portée de ces élections législatives anticipées, la volonté réelle ou supposée des dirigeants, l'empressement et l'unanimité désormais affichés de la classe politique togolaise.
Au travers des conditions absurdes posées en préalable à l'organisation, apparait en filigrane une stratégie évidente de report voire de rejet de ces consultations électorales somme toute inéluctables à terme.

I/ LE CONSENSUS DU NON CHOIX ET DE L'IMMOBILISME
Les togolais manifestent à l'évidence une réelle volonté de participer aux élections pour répondre à une exigence de démocratie. Cette volonté d'être consulté, écouté et de pouvoir élire ses dirigeants, contraste avec les manœuvre l'opposition togolaise ne dispose d'aucun moyen crédible pour gouverner sans heurts, mais nécessairement avec le bon vouloir du régime Eyadema. Ses leaders ne se bousculent pas pour les urnes, évitant soigneusement la connivence que peuvent leur reprocher les militants s'ils acceptent l'usure d'une nouvelle cohabitation.

Le jeu des appareils politiques
Faute d'un accord global sur le fond, chacun des acteurs politiques multiplie les appels aux élections et en même temps les obstacles pour retarder le plus possible le saut fatal.
Pour le RPT, les raisons sont évidentes et compréhensibles.
La composition actuelle de l'assemblée monocolore qui lui est acquise est une véritable aubaine politique et financière pour les cadres du parti. Il s'agit pour l'essentiel de se refaire une santé mise à mal par la déroute du RPT dans les années 90 par la virulente contestation à laquelle elle n'était pas préparée. Aujourd'hui, dans tous les rouages de l'Etat (média, finances, sécurité, justice, société), la débandade a sonné.
La bataille de succession est engagée entre les réformateurs et les caciques du régime (tous manquent de charisme et d'envergure). Elle finira par ruiner les chances du RPT aux élections dont le parti sortira dans tous les cas affaibli.
Le RPT, comme d'ailleurs la plupart des partis Etats, ne survivra pas à son fondateur à force de se refuser la désignation d' un successeur.

En ce qui concerne l'opposition togolaise, elle souffre à l'évidence d'un trop plein de dirigeants qui sont capables d'afficher à la fois leur unanimité béate sur le départ du chef de l'Etat puis, avec insolence, leur désaccord profond sur tout le reste.
A défaut de présenter un projet d'alternance cohérent et crédible, elle surfe sur la vague de contestation permanente du pouvoir par la population qui lui semble acquise. Ce rejet du système par des protestations régulières est assimilé à tort par l'opposition à une adhésion collective à ses idées .
Ses dirigeants sont divisés et calculateurs. Croire à un sursaut patriotique de toute la classe politique dans le contexte actuel, c'est faire preuve aujourd'hui d'une grande naïveté politique: les véritables enjeux sont ailleurs et le moment choisi n'est pas neutre !

II/ LES STRATEGIES A L'EPREUVE DU CALENDRIER ELECTORAL
L'élection présidentielle (faut-il le rappeler) a lieu bientôt en avril 2003. En dehors du risque de falsification des résultats, organiser les élections législatives anticipées à quelques mois de l'élection présidentielle est un non-sens politique de taille. Cette évidence, je l'espère, n'a pas échappé aux acteurs politiques majeurs de la crise togolaise.

Les élections anticipées: un sens!
L'histoire politique du Togo, faite de coups de force permanents incite à plus de retenue et de singularité. L'expérience a montré que les élections législatives n'entraînent pas à elles seules un bouleversement institutionnel susceptible de remettre en cause l'équilibre institutionnel La menace d'une nouvelle dissolution et donc d'une nouvelle élection plane sur le gouvernement issu de ces consultations étant entendu que le nouveau Président élu aura besoin d'une majorité cohérente, forte et soudée pour mener à bien son programme politique qui n'engage absolument pas le gouvernement le précédent dans ses fonctions.
Il faut rajouter au tableau la lassitude de la population à participer à une succession d'élections sans fin après une période relativement longue de non vote.
Cette situation inédite et contraire au bon sens engage nos hommes politiques à initier un dialogue urgent pour remettre le calendrier électoral à l'endroit

Un financement introuvable
Outre les raisons politiques et stratégiques sus- évoquées, une des clés de l'organisation des consultations réside dans la mobilisation de la communauté internationale en matière de financement.
La nouvelle donne politique togolaise avec un calendrier inédit aussi chargé qu'aberrant, nous fait penser que la question de la continuité ou du changement devra être tranchée en même temps.

Les raisons de la fusion des calendriers pour des élections simultanées: Cohérence institutionnelle et Clarté politique
Les raisons qui militent pour la simultanéité entre la date de l'élection présidentielle et des élections législatives sont nombreuses.
La première, la plus évidente sans doute, est qu'il n'y a aucun obstacle institutionnel à telle une démarche.
Sur le principe, cette proposition vise à préserver la cohérence du système institutionnel.
Le principal bénéfice sera la coïncidence des majorités, donc d'éviter à tout prix la cohabitation (un paradoxe institutionnel sur fond de nouvelle crise), dont personne ne saurait expliquer les bénéfices à nos populations, à part une copie saugrenue des institutions françaises. Il est souhaitable en effet que les résultats des élections confirment la cohésion du vote entre la majorité présidentielle et la majorité parlementaire qui reste la seule garantie aujourd'hui sous surveillance et au banc de touche par la communauté internationale. Cette crise politique n'a que trop duré et la lassitude hibernale dans laquelle le peuple togolais est plongé devra connaître son terme.
Si l'on exclu le risque de cohabitation évoqué plus haut, le seul enjeu véritable pour les électeurs togolais est de décider de leur avenir politique autour d'un enjeu crucial : alternance ou continuité ?.
Vu sous cet angle, ces consultations auront un arrière goût de véritable plébiscite qui devra mobiliser les électeurs. Nous y trouvons un avantage considérable d'unification de la pléthore de partis politiques dont la représentativité est plus que douteuse.
La plupart se limitent à la force de conviction de leurs leaders sans véritable assise nationale pérenne. Ils ne survivront pas non plus à leurs fondateurs.

Les conditions de sortie de crise
Ma volonté n'est pas d'exposer ici (qui pourrait d'ailleurs le faire ?) un schéma évident de sortie de crise. Avec la sempiternelle question du maintien ou non du chef de l'Etat dans ses fonctions, que peut-on espérer de nouveau ?
Les débats électoraux sont d'une pauvreté affligeante. De l'audace et de la créativité pour déterminer les électeurs à choisir. Des pistes ? Il en existe ! Ethique, moralisation de la vie publique, éducation, lutte contre la corruption, la pauvreté, l'inégalité, la protection sociale, un programme économique de développement, les réformes de l'université, la santé, les libertés publiques dont la sécurité est la pierre angulaire pour répondre aux simples aspirations de nos populations.

La force de conviction, espoir, fondement et ciment de notre République tient en ces trois valeurs : TRAVAIL, LIBERTE, PATRIE.

 

 

 

 

 

 

 
 
 

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