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Les annonces à répétition de l'organisation
des élections législatives anticipées,
dont le débat et les échéances sont toujours
recommencés et jamais achevés, sont un signe
politique fort inquiétant d'un nouvel enlisement annoncé
du processus démocratique au Togo.
Je m'interroge sur l'opportunité et la portée
de ces élections législatives anticipées,
la volonté réelle ou supposée des dirigeants,
l'empressement et l'unanimité désormais affichés
de la classe politique togolaise.
Au travers des conditions absurdes posées en préalable
à l'organisation, apparait en filigrane une stratégie
évidente de report voire de rejet de ces consultations
électorales somme toute inéluctables à
terme.
I/ LE CONSENSUS DU NON CHOIX ET DE L'IMMOBILISME
Les togolais manifestent à l'évidence une réelle
volonté de participer aux élections pour répondre
à une exigence de démocratie. Cette volonté
d'être consulté, écouté et de pouvoir
élire ses dirigeants, contraste avec les manuvre
l'opposition togolaise ne dispose d'aucun moyen crédible
pour gouverner sans heurts, mais nécessairement avec
le bon vouloir du régime Eyadema. Ses leaders ne se
bousculent pas pour les urnes, évitant soigneusement
la connivence que peuvent leur reprocher les militants s'ils
acceptent l'usure d'une nouvelle cohabitation.
Le jeu des appareils politiques
Faute d'un accord global sur le fond, chacun des acteurs politiques
multiplie les appels aux élections et en même
temps les obstacles pour retarder le plus possible le saut
fatal.
Pour le RPT, les raisons sont évidentes et compréhensibles.
La composition actuelle de l'assemblée monocolore qui
lui est acquise est une véritable aubaine politique
et financière pour les cadres du parti. Il s'agit pour
l'essentiel de se refaire une santé mise à mal
par la déroute du RPT dans les années 90 par
la virulente contestation à laquelle elle n'était
pas préparée. Aujourd'hui, dans tous les rouages
de l'Etat (média, finances, sécurité,
justice, société), la débandade a sonné.
La bataille de succession est engagée entre les réformateurs
et les caciques du régime (tous manquent de charisme
et d'envergure). Elle finira par ruiner les chances du RPT
aux élections dont le parti sortira dans tous les cas
affaibli.
Le RPT, comme d'ailleurs la plupart des partis Etats, ne survivra
pas à son fondateur à force de se refuser la
désignation d' un successeur.
En ce qui concerne l'opposition togolaise, elle souffre à
l'évidence d'un trop plein de dirigeants qui sont capables
d'afficher à la fois leur unanimité béate
sur le départ du chef de l'Etat puis, avec insolence,
leur désaccord profond sur tout le reste.
A défaut de présenter un projet d'alternance
cohérent et crédible, elle surfe sur la vague
de contestation permanente du pouvoir par la population qui
lui semble acquise. Ce rejet du système par des protestations
régulières est assimilé à tort
par l'opposition à une adhésion collective à
ses idées .
Ses dirigeants sont divisés et calculateurs. Croire
à un sursaut patriotique de toute la classe politique
dans le contexte actuel, c'est faire preuve aujourd'hui d'une
grande naïveté politique: les véritables
enjeux sont ailleurs et le moment choisi n'est pas neutre
!
II/ LES STRATEGIES A L'EPREUVE DU CALENDRIER ELECTORAL
L'élection présidentielle (faut-il le rappeler)
a lieu bientôt en avril 2003. En dehors du risque de
falsification des résultats, organiser les élections
législatives anticipées à quelques mois
de l'élection présidentielle est un non-sens
politique de taille. Cette évidence, je l'espère,
n'a pas échappé aux acteurs politiques majeurs
de la crise togolaise.
Les élections anticipées: un sens!
L'histoire politique du Togo, faite de coups de force permanents
incite à plus de retenue et de singularité.
L'expérience a montré que les élections
législatives n'entraînent pas à elles
seules un bouleversement institutionnel susceptible de remettre
en cause l'équilibre institutionnel La menace d'une
nouvelle dissolution et donc d'une nouvelle élection
plane sur le gouvernement issu de ces consultations étant
entendu que le nouveau Président élu aura besoin
d'une majorité cohérente, forte et soudée
pour mener à bien son programme politique qui n'engage
absolument pas le gouvernement le précédent
dans ses fonctions.
Il faut rajouter au tableau la lassitude de la population
à participer à une succession d'élections
sans fin après une période relativement longue
de non vote.
Cette situation inédite et contraire au bon sens engage
nos hommes politiques à initier un dialogue urgent
pour remettre le calendrier électoral à l'endroit
Un financement introuvable
Outre les raisons politiques et stratégiques sus- évoquées,
une des clés de l'organisation des consultations réside
dans la mobilisation de la communauté internationale
en matière de financement.
La nouvelle donne politique togolaise avec un calendrier inédit
aussi chargé qu'aberrant, nous fait penser que la question
de la continuité ou du changement devra être
tranchée en même temps.
Les raisons de la fusion des calendriers pour des élections
simultanées: Cohérence institutionnelle et Clarté
politique
Les raisons qui militent pour la simultanéité
entre la date de l'élection présidentielle et
des élections législatives sont nombreuses.
La première, la plus évidente sans doute, est
qu'il n'y a aucun obstacle institutionnel à telle une
démarche.
Sur le principe, cette proposition vise à préserver
la cohérence du système institutionnel.
Le principal bénéfice sera la coïncidence
des majorités, donc d'éviter à tout prix
la cohabitation (un paradoxe institutionnel sur fond de nouvelle
crise), dont personne ne saurait expliquer les bénéfices
à nos populations, à part une copie saugrenue
des institutions françaises. Il est souhaitable en
effet que les résultats des élections confirment
la cohésion du vote entre la majorité présidentielle
et la majorité parlementaire qui reste la seule garantie
aujourd'hui sous surveillance et au banc de touche par la
communauté internationale. Cette crise politique n'a
que trop duré et la lassitude hibernale dans laquelle
le peuple togolais est plongé devra connaître
son terme.
Si l'on exclu le risque de cohabitation évoqué
plus haut, le seul enjeu véritable pour les électeurs
togolais est de décider de leur avenir politique autour
d'un enjeu crucial : alternance ou continuité ?.
Vu sous cet angle, ces consultations auront un arrière
goût de véritable plébiscite qui devra
mobiliser les électeurs. Nous y trouvons un avantage
considérable d'unification de la pléthore de
partis politiques dont la représentativité est
plus que douteuse.
La plupart se limitent à la force de conviction de
leurs leaders sans véritable assise nationale pérenne.
Ils ne survivront pas non plus à leurs fondateurs.
Les conditions de sortie de crise
Ma volonté n'est pas d'exposer ici (qui pourrait d'ailleurs
le faire ?) un schéma évident de sortie de crise.
Avec la sempiternelle question du maintien ou non du chef
de l'Etat dans ses fonctions, que peut-on espérer de
nouveau ?
Les débats électoraux sont d'une pauvreté
affligeante. De l'audace et de la créativité
pour déterminer les électeurs à choisir.
Des pistes ? Il en existe ! Ethique, moralisation de la vie
publique, éducation, lutte contre la corruption, la
pauvreté, l'inégalité, la protection
sociale, un programme économique de développement,
les réformes de l'université, la santé,
les libertés publiques dont la sécurité
est la pierre angulaire pour répondre aux simples aspirations
de nos populations.
La force de conviction, espoir, fondement et ciment de notre
République tient en ces trois valeurs : TRAVAIL,
LIBERTE, PATRIE.
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