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LE TOGO EN QUETE DE LEADER !!!
(Luc Komlan Afanou, 07 Janvier 2003)

Cette réflexion est née du constat, suite à une émission sur Radio France Internationale animé par Mr Gomez que, le débat politique togolais se réduit, comme toujours, à une opposition systématique de monsieur Eyadéma (accusé d'être à la base de tous les malheurs des Togolais) et monsieur Gilchrist Olympio (considéré comme étant le leader charismatique de l'opposition togolaise)

 

Le discours, qui consiste à toujours opposer Gilchrist à Eyadéma, est un discours creux, répétitif, qui ne fait pas évoluer le débat politique au Togo.
En effet, c'est aujourd'hui une erreur d'appréciation très grave de considérer Eyadéma comme seul responsable du mal togolais. Car comme l'a si bien soulevé le correspondant de RFI à Lomé, les soi-disant leaders de l'opposition Monsieur Olympio compris, en étant incapables de se réunir autour d'un seul chef face à Eyadéma, sont tous aussi voire plus responsables des souffrances du Peuple Togolais que Eyadéma. Dans ces conditions, il est triste de constater qu'il existe encore au Togo, des gens, jeunes qui plus est, qui considèrent Monsieur Olympio comme le leader charismatique de l'opposition - si tant elle existe- togolaise. Le fait pour les media d'en faire un leimotiv est une insulte à la population togolaise. Il est vrai que Gilchrist Olympio est de loin le plus populaire (au pays des aveugles…) de tous ceux qui sont à la tête de l'opposition togolaise, si elle existe.
Mais permettez-moi de dire qu'il n'a pas obtenu sa popularité par ses actes politiques, il n'en a pas posé jusqu'ici. Il a hérité du capital politique de feu son père Sylvanius dont la plupart des vieillards au Togo sont nostalgiques.
Cependant, si l'on prend en compte les résultats politiques qu'il a obtenus jusqu'ici, il est impensable que je sois le seul au Togo à croire qu'il ne mérite pas ce capital politique.

En Août 1993 lors des premières élections qu'on pouvait qualifier de démocratiques, nombreux sont ceux qui avaient cru que monsieur Olympio, déjà " persona non grata " à Lomé, appellerait à voter pour Edem KODJO alors candidat unique quoique controversé de l'opposition. Je souligne en passant que la conjoncture politique était beaucoup plus favorable à l'opposition en ce moment-là. Au lieu de cela, il avait utilisé sa popularité pour contraindre Edem KODJO à se retirer de la course, offrant par ricochet les portes du pouvoir à Eyadema " seul candidat " à sa propre succession.
Cette attitude qui relève à mon avis soit d'une incompétence politique (j'ignore qui sont ses conseillers), ou soit, d'un égoïsme sans mesure, constitue l'une des plus graves bévues orchestrées par l'opposition ces dernières années.
En 1998, Olympio a prétendu avoir remporté les élections, mais il ne s'est jamais présenté pour réclamer sa victoire. Ou il veut diriger le Togo depuis l'étranger ce qui est un non sens, ou il veut que Eyadema s'enferme avec tous ses tueurs pour lui laisser le fauteuil présidentiel, ce qui est encore plus débile.
En clair, l'argument selon lequel Monsieur Olympio ne serait pas en sécurité à Lomé ne tient plus étant donné que tous ses confrères, soi-disant de l'opposition, y vivent et arrivent même à organiser des manifestations populaires. Et même si cet argument tient debout, il fait encore moins de lui un leader charismatique. Le leader charismatique n'est pas selon moi celui qui détale au moindre pépin.

Tous les Togolais savent que celui ou celle de l'opposition qui succédera à Eyadema devra s'armer de courage pour contenir les éventuels mouvements d'humeur des " éléments incontrôlés " de l'Armée. Que ferait Monsieur Olympio si c'était lui. Faire ses valises chaque fois qu'un militaire tire en l'air ? Monsieur MANDELA durant ses 26 ans de détention avait refusé des propositions de départ. Monsieur Yasser ARAFAT en vivant parmi les palestiniens sous blocus sait que sa vie ne tient qu'à un fil. Les autorités israéliennes ne cessent d'ailleurs de faire des offres de départ ce qu'il refuse.
Ces hommes-là sont des leaders charismatiques. Au Togo il y en a pas encore !!!

En retouchant la Constitution Togolaise, les sbires d'Eyadéma ne favorisent pas que leur chef. Ils permettent aussi aux plus jeunes (l'âge minimum étant ramené à 35 au lieu de 45) de briguer la présidence ce qui en soit n'est pas mauvais. Le seul inconvénient est que Eyadéma a maintenant les moyens de se faire remplacer par l'un de ses fils ce qui ne changerait pas grand-chose aux souffrances des togolais qui ne pourront plus l'accuser de se maintenir au pouvoir.
Enfin, et ce sera ma contribution au débat, la jeunesse togolaise, au lieu de servir de valets aux " leaders de l'opposition ", doit se rendre à l'évidence : Les aînés à qui elle a confié la direction de la lutte démocratique en 1990 ont échoué. Il est donc temps qu'elle se prenne en charge, crée une nouvelle dynamique, se dote d'une nouvelle structures politiques et d'autres moyens pour faire face au système Eyadema. Le remplacement de cet homme ne résoudra pas le problème togolais.
Le Togo a besoin d'une révolution de la même dimension que celle opérée au Ghana par l'ancien Président Rawlings. Et ce n'est ni avec les T-shirt rouges, ni avec les casseroles qu'on y parviendra. Car " l'âge de la pierre " est révolue.

Luc Afanou
Paris, Janvier 2003

 

 

 

 

 

 

 
 
 

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