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Cette réflexion est née du constat, suite
à une émission sur Radio France Internationale
animé par Mr Gomez que, le débat politique togolais
se réduit, comme toujours, à une opposition
systématique de monsieur Eyadéma (accusé
d'être à la base de tous les malheurs des Togolais)
et monsieur Gilchrist Olympio (considéré comme
étant le leader charismatique de l'opposition togolaise)
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Le discours, qui consiste à
toujours opposer Gilchrist à Eyadéma, est un discours
creux, répétitif, qui ne fait pas évoluer
le débat politique au Togo.
En effet, c'est aujourd'hui une erreur d'appréciation
très grave de considérer Eyadéma comme
seul responsable du mal togolais. Car comme l'a si bien soulevé
le correspondant de RFI à Lomé, les soi-disant
leaders de l'opposition Monsieur Olympio compris, en étant
incapables de se réunir autour d'un seul chef face à
Eyadéma, sont tous aussi voire plus responsables des
souffrances du Peuple Togolais que Eyadéma. Dans ces
conditions, il est triste de constater qu'il existe encore au
Togo, des gens, jeunes qui plus est, qui considèrent
Monsieur Olympio comme le leader charismatique de l'opposition
- si tant elle existe- togolaise. Le fait pour les media d'en
faire un leimotiv est une insulte à la population togolaise.
Il est vrai que Gilchrist Olympio est de loin le plus populaire
(au pays des aveugles
) de tous ceux qui sont à
la tête de l'opposition togolaise, si elle existe.
Mais permettez-moi de dire qu'il n'a pas obtenu sa popularité
par ses actes politiques, il n'en a pas posé jusqu'ici.
Il a hérité du capital politique de feu son père
Sylvanius dont la plupart des vieillards au Togo sont nostalgiques.
Cependant, si l'on prend en compte les résultats politiques
qu'il a obtenus jusqu'ici, il est impensable que je sois le
seul au Togo à croire qu'il ne mérite pas ce capital
politique.
En Août 1993 lors des premières élections
qu'on pouvait qualifier de démocratiques, nombreux
sont ceux qui avaient cru que monsieur Olympio, déjà
" persona non grata " à Lomé, appellerait
à voter pour Edem KODJO alors candidat unique quoique
controversé de l'opposition. Je souligne en passant
que la conjoncture politique était beaucoup plus favorable
à l'opposition en ce moment-là. Au lieu de cela,
il avait utilisé sa popularité pour contraindre
Edem KODJO à se retirer de la course, offrant par ricochet
les portes du pouvoir à Eyadema " seul candidat
" à sa propre succession.
Cette attitude qui relève à mon avis soit d'une
incompétence politique (j'ignore qui sont ses conseillers),
ou soit, d'un égoïsme sans mesure, constitue l'une
des plus graves bévues orchestrées par l'opposition
ces dernières années.
En 1998, Olympio a prétendu avoir remporté les
élections, mais il ne s'est jamais présenté
pour réclamer sa victoire. Ou il veut diriger le Togo
depuis l'étranger ce qui est un non sens, ou il veut
que Eyadema s'enferme avec tous ses tueurs pour lui laisser
le fauteuil présidentiel, ce qui est encore plus débile.
En clair, l'argument selon lequel Monsieur Olympio ne serait
pas en sécurité à Lomé ne tient
plus étant donné que tous ses confrères,
soi-disant de l'opposition, y vivent et arrivent même
à organiser des manifestations populaires. Et même
si cet argument tient debout, il fait encore moins de lui
un leader charismatique. Le leader charismatique n'est pas
selon moi celui qui détale au moindre pépin.
Tous les Togolais savent que celui ou celle de l'opposition
qui succédera à Eyadema devra s'armer de courage
pour contenir les éventuels mouvements d'humeur des
" éléments incontrôlés "
de l'Armée. Que ferait Monsieur Olympio si c'était
lui. Faire ses valises chaque fois qu'un militaire tire en
l'air ? Monsieur MANDELA durant ses 26 ans de détention
avait refusé des propositions de départ. Monsieur
Yasser ARAFAT en vivant parmi les palestiniens sous blocus
sait que sa vie ne tient qu'à un fil. Les autorités
israéliennes ne cessent d'ailleurs de faire des offres
de départ ce qu'il refuse.
Ces hommes-là sont des leaders charismatiques. Au Togo
il y en a pas encore !!!
En retouchant la Constitution Togolaise, les sbires d'Eyadéma
ne favorisent pas que leur chef. Ils permettent aussi aux
plus jeunes (l'âge minimum étant ramené
à 35 au lieu de 45) de briguer la présidence
ce qui en soit n'est pas mauvais. Le seul inconvénient
est que Eyadéma a maintenant les moyens de se faire
remplacer par l'un de ses fils ce qui ne changerait pas grand-chose
aux souffrances des togolais qui ne pourront plus l'accuser
de se maintenir au pouvoir.
Enfin, et ce sera ma contribution au débat, la jeunesse
togolaise, au lieu de servir de valets aux " leaders
de l'opposition ", doit se rendre à l'évidence
: Les aînés à qui elle a confié
la direction de la lutte démocratique en 1990 ont échoué.
Il est donc temps qu'elle se prenne en charge, crée
une nouvelle dynamique, se dote d'une nouvelle structures
politiques et d'autres moyens pour faire face au système
Eyadema. Le remplacement de cet homme ne résoudra pas
le problème togolais.
Le Togo a besoin d'une révolution de la même
dimension que celle opérée au Ghana par l'ancien
Président Rawlings. Et ce n'est ni avec les T-shirt
rouges, ni avec les casseroles qu'on y parviendra. Car "
l'âge de la pierre " est révolue.
Luc Afanou
Paris, Janvier 2003
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