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Diagnostic de la Crise Politique Togolaise
(Par Eric DJAKOBO)
Depuis 1990, le Peuple Togolais s'active au renversement du régime autocratique qui a asphyxié ou décimé plusieurs générations de Togolais. A l'aube de l'an 2003, l'incertitude d'une victoire finale pour la restauration d'un état de droit règne et les acteurs politiques, dans leur diversité, s'acharnent à interpeller les leaders de l'opposition sur la façon dont la lutte doit être réorientée pour atteindre l'objectif visé en 2003. Les modes d'expression diffèrent d'une personne à une autre, mais les stratégies d'approche proposées concordent sur trois points essentiels à savoir la lutte armée, l'insurrection générale et la voie des urnes.

Un survole rapide nous permet d'apprécier à sa juste valeur le potentiel qu'incarne chacune des méthodes proposées :

a) la lutte armée : au regard de l'usage de force dont se servent les tenants de l'ordre ancien pour maintenir le règne de la dynastie Gnassimgbé, cette option semble avoir droit à la considération. Mais, l'éthique de la démocratie que nous recherchons et la sauvegarde de la paix et l'unité nationale proscrivent cette voie. Cette option doit donc être écartée.

b) le soulèvement populaire : d'aucuns pensent que le moyen de se débarrasser du régime Eyadema, c'est une mobilisation populaire exigeant la pure et simple démission de ce régime à l'exemple de ce qui s'était passé en Indonésie ou aux Philippines. Là encore, il y a lieu de signaler que, cette option ne conduit pas à une résolution définitive des problèmes, et même si elle est adoptée, n'aura pas assez de chance de réussite parce que le peuple ne saurait s'offrir une fois encore à l'abattoir du régime sur ordre d'une opposition qui a déjà excellé par le passé et qui continue de briller par son manque de stratégie commune pour prendre la succession en cas de vide politique. Si un soulèvement populaire renversait Eyadema aujourd'hui, qui prendra sa place ? Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la lutte intestine de l'opposition nous conduira encore vers une nouvelle déception, voire l'aggravation de nos malheurs. Cette option n'est prescriptible que lorsqu'on a une opposition unie autour d'un leader légitime ayant un soutien massif, ce qui n'est pas le cas actuel de notre opposition. A ce niveau aussi, c'est l'impasse.

c) la voie des urnes : c'est l'option qui découle du bon sens. Ici, les avis divergent sur la manière dont l'opposition traditionnelle doit se présenter aux élections : autour d'un candidat unique ou en rang dispersé ? Mais pour le moment, ce qui préoccupe ou tourmente les esprits, c'est comment obtenir l'organisation d'élections présidentielles dans des conditions de transparences requises pour que l'opposition y prenne part et que Eyadema accepte son départ. Sur le plan intérieur, notre opposition n'a que des regroupements de partis qui se font et se défont sous de multiples appellations sans aucune efficacité notoire avec certains partis refusant d'y adhérer. Sur le plan extérieur, nous n'avons que les voix éparpillées de la diaspora interpellant en vain une communauté internationale qui, pour qui veut le croire, a choisi de soutenir silencieusement la longévité du régime Eyadema. Sauf que si ce dernier nous réserve une surprise agréable en 2003, ce que l'horizon qui profile est loin de confirmer, l'impasse est totale et l'échec frappe à coups sûrs à nos portes.

De cette petite analyse, à la question " est-ce que la lutte démocratique aura raison de la dictature en 2003 ? ", la réponse qui n'émane pas du tout du pessimisme mais de l'acceptation de la réalité telle qu'elle évolue actuellement est sans équivoque : " non ". Alors, que faut-il faire pour mettre fin à la souffrance du peuple et dans les plus brefs délais ?
Avant d'arriver à toute proposition, il conviendrait d'abord d'élucider un peu les causes profondes de l'échec du processus de notre démocratisation.
Comme on le dit souvent, c'est sur le passé qu'on se base pour bâtir le présent qui, à son tour, sert de point d'appui pour se projeter dans le futur. Ainsi, il nos faut faire un pas dans le passé pour pouvoir illuminer les échecs du présent.

La démocratie a de la peine à aboutir au Togo tout comme elle a échoué partout en Afrique à quelque exception près. Cet échec du continent face à cette nouvelle mutation politique n'est que le reflet, ou mieux, la réédition de l'échec que l'Afrique avait enregistré dans ses efforts pour s'octroyer une indépendance économique et politique dans les années soixante. A chaque fois que l'Afrique doit faire face à son destin, cela se solde toujours par un échec cuisant. La fin justifiant les moyens, il est temps de nous interroger sur les procédures adoptées pour promouvoir les mutations politiques en Afrique.

En établissant un parallélisme entre la lutte pour les indépendances des pays Africains et les mouvements pour l'instauration de la démocratie et de l'état de droit dans nos états, le manque d'objectivité appuyée par l'excès d'émotion semble la caractéristique essentielle conduisant aux échecs. Par exemple, la sagesse aurait recommandé aux leaders indépendantistes et unionistes Africains de garder le profil bas, d'utiliser des voies modérées qui mettraient l'adversaire en confiance pour accepter l'affirmation de notre identité comme une ultime émancipation du Continent plutôt qu'un chemin vers une vengeance des maux imputés à tord à l'Afrique, et de ce fait, s'atteler à façonner le destin de nos états, de l'Afrique. Mais l'émotion l'avait emporté sur la modération et provoqué chez les colons la zizanie, ce qui avait conduit à la vague d'élimination physique ou politique de ceux qui devraient en réalité décider du destin du Continent.

Après plus de trois décennies de cacophonie et d'errance avec les régimes militaires et mafieux au service des colons, l'occasion s'offre une nouvelle fois pour sauver le Continent, mais l'émotion l'emporte presque partout et conduit encore le Continent à la noyade dans des guerres à multiples façades. Le cas du Togo qui nous concerne ici en est une illustration parfaite. Après plusieurs années de lutte clandestine menée par certains expatriés togolais, la France civilisée accepte de cautionner l'instauration de l'état de droit au Togo. Par objectivité et réalisme, le tout enveloppé dans une modération, les Togolais devraient considérer au moins quatre choses lorsque la grève des étudiants avait pu obtenir l'organisation de la conférence nationale :

- Personne au Togo voire au monde, à la place de Eyadema, n'accepterait au nom de quelque démocratie, céder son pouvoir au fils de l'homme dont il porte le sang sur la main soit par destin, soit par réalité.

- Les Puissances Occidentales ne voudraient nullement cautionner des mutations politiques nulle part au monde au mépris de leur propre honneur.

- L'ethnocentrisme qui ne date pas de l'ère Eyadema doit avoir une place de choix dans le mécanisme pour la restauration de l'état de droit

- Une démocratie brutale ne saurait avoir raison d'une dictature ériger en trois décennies

Beaucoup me diront que le peuple togolais est souverain et libre de choisir qui il veut pour le diriger, ce que les élections de 98 ne confirment pas. Je ne pense pas que Gilchrist lui-même, de son exil, ait la conviction qu'au nom de la démocratie, s'il sort vainqueur des élections, Eyadema croisera les bras pour le voire rentrer au Togo sous les fanfares du peuple. Il est aussi difficile de croire en une alternance pacifique où Gilchrist est entrain d'accorder à Eyadema une immunité après tous les coups d'état qui lui sont attribués. Tous les démocrates avisés savent cette vérité mais ayant toutes les difficultés à convaincre Gilchrist et ses collaborateurs, ils ont choisi jouer la politique politicienne dans le silence tout en croyant que le temps jouera en leur faveur au risque de se faire griller politiquement. Seulement, Eyadema aussi sait jouer sur le temps pour répondre à la politique politicienne. Ils ont brillamment échoué et nous avec eux.

Aussi, l'histoire nous apprend la participation des puissance coloniales dans la vague d'assassinats des leaders indépendantistes du continent et notamment celle de la France impérialiste et mafieuse dans l'élimination physique du Père de l'indépendance togolaise. Même si l'évolution du monde aujourd'hui les oblige à accepter l'instauration de l'état de droits dans nos pays, les puissances occidentales ne sont pas disposées à introniser des gens qui ne les laisseront pas dormir tranquilles. La France impérialiste peut-elle accepter l'intronisation de Gilchrist Olympio dont l'avènement ne manquerait pas d'évoquer l'assassinat de son père impliquant directement la France ? Qui dit la France, ne dit-il pas l'U.E. et les U.S.A. par solidarité entre les puissances qui se veulent éternelles puissances ? C'est là que réside le silence de la communauté internationale face au drame que vit notre pays. De l'intérieur ou de l'extérieur, la participation de Gilchrist Olympio prédispose notre lutte démocratique à l'échec. Cette vérité que personne ne veut dire au grand jour constitue pour autant la base de la politique mafieuse internationale au regard du Togo. Mon intention n'est pas de mettre en doute la capacité de Gilchrist à pouvoir diriger notre pays. Je voudrais simplement inviter tous les acteurs de la démocratie togolaise à regarder la vérité de face pour pouvoir choisir la voie qui permettrait pacifiquement d'assurer dans les plus brefs délais l'éclaircissement de l'univers politique togolais avec le départ paisible de Eyadema dont l'extension du règne au-delà de Juin 2003 dans les conditions conflictuelles actuelles serait une sentence de mort pour tous les Togolais.

Ailleurs, il faut reconnaître que si Eyadema a pu ériger son pouvoir sous les yeux approbateurs de tous les togolais, c'est parce que l'ethnocentrisme minait déjà notre société avant son arrivée. Au lieu de l'irradier comme promis, Eyadema l'a empiré pour s'en servir. Malgré tout, le processus de démocratisation n'avait laissé aucun togolais indifférent eu égard à la souffrance collective que le régime nous a imposée. Malheureusement, les débordements dans le comportement de certains compatriotes vont contribuer à agrandir le group tribal de civils et d'hommes armés sur lequel le régime s'appuie aujourd'hui pour faire sa politique de " je ne veux pas la guerre ". La démocratie, oui ! Mais non à la vengeance et à l'ethnocentrisme.

Enfin, tout politicien avisé doit savoir qu'on ne peut utiliser les lois démocratiques pour juger une dictature. En réalité, les règles démocratiques ne peuvent rentrer en vigueur qu'après l'instauration de la démocratie mais pas pendant le processus de transformation. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle un processus de démocratisation passe le plus souvent par une phase transitoire. Malheureusement, au Togo, la haine des uns et la colère des autres soutenues par un peuple aux abois pour la liberté et le progrès social nous ont déviés du droit chemin, de la logique. La transition, au lieu d'opter pour le pacifisme et la réconciliation, a choisi l'extrémisme, la radicalité et l'intransigeance, ce qui aurait amené le régime sur ses positions de flexibilité ayant permis l'organisation de la conférence nationale. Je ne voudrais nullement justifier les actes de Eyadema, mais simplement faire comprendre que l'opposition est en partie responsable de l'attitude que Eyadema adopte actuellement.

De ce qui précède, il apparaît que tout ce que Eyadema fait aujourd'hui n'est que pour atteindre trois objectifs :
1. Empêcher Gilchrist de se faire élire à sa succession parce qu'il a surtout son honneur et peut-être celui de la France impérialiste à sauver ;
2. Assurer la continuité par son homme de confiance pour éviter que ceux qui l'ont servi ne deviennent les victimes de la vengeance ;
3. Dire au peuple qu'il ne veut plus traiter avec la vieille génération d'opposants radicaux mais, voudrait voir une nouvelle génération d'acteurs plus jeunes et plus dynamiques au sens vrai du terme sur la scène politique. Si la modification de l'âge d'éligibilité…
Aujourd'hui, Eyadema sait que son temps est venu de quitter le pouvoir et il ne peut en être autrement. Il respectera donc sa parole de militaire, mais il le fera au respect de ses objectifs cités ci-dessus. C'est à cela que s'attelle la modification de la loi fondamentale à savoir " le séjour au Togo au moins un an avant les élections " pour éliminer d'office Gilchrist et " l'âge d'éligibilité avec l'élection à un seul tour " pour assurer l'élection de son homme de confiance d'âge sûrement moyen. Le reste n'est que pour divertir le monde quant à sa propre éligibilité. Les Togolais s'en rendront compte après coup et, devraient donc se patienter encore pour au moins cinq ans ou alors transformer le Togo en une seconde Côte d'Ivoire et la France impérialiste trouvera les raison de se mettre du côté du gouvernement pour appeler les opposants à dialoguer avec le pouvoir à Paris pour montrer que la France accorde d'intérêt au Togo.

S'il faut attendre tout ce processus avant d'aller au dialogue, pourquoi ne pas le faire maintenant. Le temps n'est plus de faire de la grande littérature. Je boucle ici ma petite réflexion avec une proposition concrète à toute la jeunesse de la diaspora togolaise surtout les branches d'Europe, du Canada et des USA qui sont en mon sens très organisées, d'entreprendre des concertations afin de créer " un Comité pour le Dénouement de la Crise Togolaise (CDCT), la dénomination importe peu" dont l'action serait de :

- renouer le dialogue avec le pouvoir ;
- définir des garanties sûres pour la retraite de Eyadema ;
- Amener Gilchrist de ne plus solliciter la succession immédiate de Eyadema et lui garantir la réhabilitation du Père de l'indépendance avec le nouveau pouvoir qui se mettra en place ;
- œuvrer pour le rétablissement de la confiance entre force de sécurité et le peuple ;
- mener une lutte contre le tribalisme que le pouvoir a aidé à profondément s'enraciner au Togo et assurer à tous, l'égalité des droits et devoirs dans le nouvel ordre politique ;
- garantir de construire une place des martyrs pour tous les togolais ayant perdu leur vie pour la cause de la démocratie ;
- assurer l'organisation d'élections pluralistes que l'opinion nationale et la communauté internationale accepteraient sans réserve ;
- pour enfin s'assurer que le Togo sera sorti de son isolement mettre fin à la souffrance du peuple.

Chers compatriotes, depuis près de douze ans, nous aboyons et la caravane de Eyadema continue d'avancer. Le seul résultat c'est que nous finissons par mourir pour avoir trop aboyé. Si notre approche de la crise togolaise consiste seulement à démontrer aujourd'hui à qui veut l'entendre que Eyadema est dictateur, assassin, pilleur, blanchisseur d'argent, et je ne sais plus quoi, ou si nous sommes là a formuler des stratégies qui ne tiennent pas compte des enjeux réels, nous ne résolvons pas le problème mais l'entretenons. Prenons le courage de chercher une résolution négociée du problème pour mettre fin à nos souffrances. Il n'y a point de compte à régler à Eyadema et son entourage qui puisse combler ce que les Togolais on perdu en quatre décennies. Pour éviter que la politique politicienne nous prenne en otage, ayons le courage d'agir maintenant et dans le bons sens. C'est ce faisant que, loin de sauver nos vies déjà détruites, nous parviendrons à prévenir nos enfants des servitudes de l'exil.

Pour sauver la Patrie, Jeunesse debout !
Vive le Togo !
Vive la démocratie !

Eric DJAKOBO
Shanghai, Chine, le 7 Janvier 2003

 
 

 

 

 

 
 
 

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