| Depuis 1990, le Peuple Togolais s'active
au renversement du régime autocratique qui a asphyxié
ou décimé plusieurs générations
de Togolais. A l'aube de l'an 2003, l'incertitude d'une victoire
finale pour la restauration d'un état de droit règne
et les acteurs politiques, dans leur diversité, s'acharnent
à interpeller les leaders de l'opposition sur la façon
dont la lutte doit être réorientée pour
atteindre l'objectif visé en 2003. Les modes d'expression
diffèrent d'une personne à une autre, mais les
stratégies d'approche proposées concordent sur
trois points essentiels à savoir la lutte armée,
l'insurrection générale et la voie des urnes.
Un survole rapide nous permet d'apprécier à
sa juste valeur le potentiel qu'incarne chacune des méthodes
proposées :
a) la lutte armée : au regard de l'usage de
force dont se servent les tenants de l'ordre ancien pour maintenir
le règne de la dynastie Gnassimgbé, cette option
semble avoir droit à la considération. Mais,
l'éthique de la démocratie que nous recherchons
et la sauvegarde de la paix et l'unité nationale proscrivent
cette voie. Cette option doit donc être écartée.
b) le soulèvement populaire : d'aucuns pensent
que le moyen de se débarrasser du régime Eyadema,
c'est une mobilisation populaire exigeant la pure et simple
démission de ce régime à l'exemple de
ce qui s'était passé en Indonésie ou
aux Philippines. Là encore, il y a lieu de signaler
que, cette option ne conduit pas à une résolution
définitive des problèmes, et même si elle
est adoptée, n'aura pas assez de chance de réussite
parce que le peuple ne saurait s'offrir une fois encore à
l'abattoir du régime sur ordre d'une opposition qui
a déjà excellé par le passé et
qui continue de briller par son manque de stratégie
commune pour prendre la succession en cas de vide politique.
Si un soulèvement populaire renversait Eyadema aujourd'hui,
qui prendra sa place ? Les mêmes causes produisant les
mêmes effets, la lutte intestine de l'opposition nous
conduira encore vers une nouvelle déception, voire
l'aggravation de nos malheurs. Cette option n'est prescriptible
que lorsqu'on a une opposition unie autour d'un leader légitime
ayant un soutien massif, ce qui n'est pas le cas actuel de
notre opposition. A ce niveau aussi, c'est l'impasse.
c) la voie des urnes : c'est l'option qui découle
du bon sens. Ici, les avis divergent sur la manière
dont l'opposition traditionnelle doit se présenter
aux élections : autour d'un candidat unique ou en rang
dispersé ? Mais pour le moment, ce qui préoccupe
ou tourmente les esprits, c'est comment obtenir l'organisation
d'élections présidentielles dans des conditions
de transparences requises pour que l'opposition y prenne part
et que Eyadema accepte son départ. Sur le plan intérieur,
notre opposition n'a que des regroupements de partis qui se
font et se défont sous de multiples appellations sans
aucune efficacité notoire avec certains partis refusant
d'y adhérer. Sur le plan extérieur, nous n'avons
que les voix éparpillées de la diaspora interpellant
en vain une communauté internationale qui, pour qui
veut le croire, a choisi de soutenir silencieusement la longévité
du régime Eyadema. Sauf que si ce dernier nous réserve
une surprise agréable en 2003, ce que l'horizon qui
profile est loin de confirmer, l'impasse est totale et l'échec
frappe à coups sûrs à nos portes.
De cette petite analyse, à la question " est-ce
que la lutte démocratique aura raison de la dictature
en 2003 ? ", la réponse qui n'émane pas
du tout du pessimisme mais de l'acceptation de la réalité
telle qu'elle évolue actuellement est sans équivoque
: " non ". Alors, que faut-il faire pour mettre
fin à la souffrance du peuple et dans les plus brefs
délais ?
Avant d'arriver à toute proposition, il conviendrait
d'abord d'élucider un peu les causes profondes de l'échec
du processus de notre démocratisation.
Comme on le dit souvent, c'est sur le passé qu'on se
base pour bâtir le présent qui, à son
tour, sert de point d'appui pour se projeter dans le futur.
Ainsi, il nos faut faire un pas dans le passé pour
pouvoir illuminer les échecs du présent.
La démocratie a de la peine à aboutir au Togo
tout comme elle a échoué partout en Afrique
à quelque exception près. Cet échec du
continent face à cette nouvelle mutation politique
n'est que le reflet, ou mieux, la réédition
de l'échec que l'Afrique avait enregistré dans
ses efforts pour s'octroyer une indépendance économique
et politique dans les années soixante. A chaque fois
que l'Afrique doit faire face à son destin, cela se
solde toujours par un échec cuisant. La fin justifiant
les moyens, il est temps de nous interroger sur les procédures
adoptées pour promouvoir les mutations politiques en
Afrique.
En établissant un parallélisme entre la lutte
pour les indépendances des pays Africains et les mouvements
pour l'instauration de la démocratie et de l'état
de droit dans nos états, le manque d'objectivité
appuyée par l'excès d'émotion semble
la caractéristique essentielle conduisant aux échecs.
Par exemple, la sagesse aurait recommandé aux leaders
indépendantistes et unionistes Africains de garder
le profil bas, d'utiliser des voies modérées
qui mettraient l'adversaire en confiance pour accepter l'affirmation
de notre identité comme une ultime émancipation
du Continent plutôt qu'un chemin vers une vengeance
des maux imputés à tord à l'Afrique,
et de ce fait, s'atteler à façonner le destin
de nos états, de l'Afrique. Mais l'émotion l'avait
emporté sur la modération et provoqué
chez les colons la zizanie, ce qui avait conduit à
la vague d'élimination physique ou politique de ceux
qui devraient en réalité décider du destin
du Continent.
Après plus de trois décennies de cacophonie
et d'errance avec les régimes militaires et mafieux
au service des colons, l'occasion s'offre une nouvelle fois
pour sauver le Continent, mais l'émotion l'emporte
presque partout et conduit encore le Continent à la
noyade dans des guerres à multiples façades.
Le cas du Togo qui nous concerne ici en est une illustration
parfaite. Après plusieurs années de lutte clandestine
menée par certains expatriés togolais, la France
civilisée accepte de cautionner l'instauration de l'état
de droit au Togo. Par objectivité et réalisme,
le tout enveloppé dans une modération, les Togolais
devraient considérer au moins quatre choses lorsque
la grève des étudiants avait pu obtenir l'organisation
de la conférence nationale :
- Personne au Togo voire au monde, à la place de Eyadema,
n'accepterait au nom de quelque démocratie, céder
son pouvoir au fils de l'homme dont il porte le sang sur la
main soit par destin, soit par réalité.
- Les Puissances Occidentales ne voudraient nullement cautionner
des mutations politiques nulle part au monde au mépris
de leur propre honneur.
- L'ethnocentrisme qui ne date pas de l'ère Eyadema
doit avoir une place de choix dans le mécanisme pour
la restauration de l'état de droit
- Une démocratie brutale ne saurait avoir raison d'une
dictature ériger en trois décennies
Beaucoup me diront que le peuple togolais est souverain et
libre de choisir qui il veut pour le diriger, ce que les élections
de 98 ne confirment pas. Je ne pense pas que Gilchrist lui-même,
de son exil, ait la conviction qu'au nom de la démocratie,
s'il sort vainqueur des élections, Eyadema croisera
les bras pour le voire rentrer au Togo sous les fanfares du
peuple. Il est aussi difficile de croire en une alternance
pacifique où Gilchrist est entrain d'accorder à
Eyadema une immunité après tous les coups d'état
qui lui sont attribués. Tous les démocrates
avisés savent cette vérité mais ayant
toutes les difficultés à convaincre Gilchrist
et ses collaborateurs, ils ont choisi jouer la politique politicienne
dans le silence tout en croyant que le temps jouera en leur
faveur au risque de se faire griller politiquement. Seulement,
Eyadema aussi sait jouer sur le temps pour répondre
à la politique politicienne. Ils ont brillamment échoué
et nous avec eux.
Aussi, l'histoire nous apprend la participation des puissance
coloniales dans la vague d'assassinats des leaders indépendantistes
du continent et notamment celle de la France impérialiste
et mafieuse dans l'élimination physique du Père
de l'indépendance togolaise. Même si l'évolution
du monde aujourd'hui les oblige à accepter l'instauration
de l'état de droits dans nos pays, les puissances occidentales
ne sont pas disposées à introniser des gens
qui ne les laisseront pas dormir tranquilles. La France impérialiste
peut-elle accepter l'intronisation de Gilchrist Olympio dont
l'avènement ne manquerait pas d'évoquer l'assassinat
de son père impliquant directement la France ? Qui
dit la France, ne dit-il pas l'U.E. et les U.S.A. par solidarité
entre les puissances qui se veulent éternelles puissances
? C'est là que réside le silence de la communauté
internationale face au drame que vit notre pays. De l'intérieur
ou de l'extérieur, la participation de Gilchrist Olympio
prédispose notre lutte démocratique à
l'échec. Cette vérité que personne ne
veut dire au grand jour constitue pour autant la base de la
politique mafieuse internationale au regard du Togo. Mon intention
n'est pas de mettre en doute la capacité de Gilchrist
à pouvoir diriger notre pays. Je voudrais simplement
inviter tous les acteurs de la démocratie togolaise
à regarder la vérité de face pour pouvoir
choisir la voie qui permettrait pacifiquement d'assurer dans
les plus brefs délais l'éclaircissement de l'univers
politique togolais avec le départ paisible de Eyadema
dont l'extension du règne au-delà de Juin 2003
dans les conditions conflictuelles actuelles serait une sentence
de mort pour tous les Togolais.
Ailleurs, il faut reconnaître que si Eyadema a pu ériger
son pouvoir sous les yeux approbateurs de tous les togolais,
c'est parce que l'ethnocentrisme minait déjà
notre société avant son arrivée. Au lieu
de l'irradier comme promis, Eyadema l'a empiré pour
s'en servir. Malgré tout, le processus de démocratisation
n'avait laissé aucun togolais indifférent eu
égard à la souffrance collective que le régime
nous a imposée. Malheureusement, les débordements
dans le comportement de certains compatriotes vont contribuer
à agrandir le group tribal de civils et d'hommes armés
sur lequel le régime s'appuie aujourd'hui pour faire
sa politique de " je ne veux pas la guerre ". La
démocratie, oui ! Mais non à la vengeance et
à l'ethnocentrisme.
Enfin, tout politicien avisé doit savoir qu'on ne
peut utiliser les lois démocratiques pour juger une
dictature. En réalité, les règles démocratiques
ne peuvent rentrer en vigueur qu'après l'instauration
de la démocratie mais pas pendant le processus de transformation.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle un processus de démocratisation
passe le plus souvent par une phase transitoire. Malheureusement,
au Togo, la haine des uns et la colère des autres soutenues
par un peuple aux abois pour la liberté et le progrès
social nous ont déviés du droit chemin, de la
logique. La transition, au lieu d'opter pour le pacifisme
et la réconciliation, a choisi l'extrémisme,
la radicalité et l'intransigeance, ce qui aurait amené
le régime sur ses positions de flexibilité ayant
permis l'organisation de la conférence nationale. Je
ne voudrais nullement justifier les actes de Eyadema, mais
simplement faire comprendre que l'opposition est en partie
responsable de l'attitude que Eyadema adopte actuellement.
De ce qui précède, il apparaît que tout
ce que Eyadema fait aujourd'hui n'est que pour atteindre trois
objectifs :
1. Empêcher Gilchrist de se faire élire à
sa succession parce qu'il a surtout son honneur et peut-être
celui de la France impérialiste à sauver ;
2. Assurer la continuité par son homme de confiance
pour éviter que ceux qui l'ont servi ne deviennent
les victimes de la vengeance ;
3. Dire au peuple qu'il ne veut plus traiter avec la vieille
génération d'opposants radicaux mais, voudrait
voir une nouvelle génération d'acteurs plus
jeunes et plus dynamiques au sens vrai du terme sur la scène
politique. Si la modification de l'âge d'éligibilité
Aujourd'hui, Eyadema sait que son temps est venu de quitter
le pouvoir et il ne peut en être autrement. Il respectera
donc sa parole de militaire, mais il le fera au respect de
ses objectifs cités ci-dessus. C'est à cela
que s'attelle la modification de la loi fondamentale à
savoir " le séjour au Togo au moins un an avant
les élections " pour éliminer d'office
Gilchrist et " l'âge d'éligibilité
avec l'élection à un seul tour " pour assurer
l'élection de son homme de confiance d'âge sûrement
moyen. Le reste n'est que pour divertir le monde quant à
sa propre éligibilité. Les Togolais s'en rendront
compte après coup et, devraient donc se patienter encore
pour au moins cinq ans ou alors transformer le Togo en une
seconde Côte d'Ivoire et la France impérialiste
trouvera les raison de se mettre du côté du gouvernement
pour appeler les opposants à dialoguer avec le pouvoir
à Paris pour montrer que la France accorde d'intérêt
au Togo.
S'il faut attendre tout ce processus avant d'aller au dialogue,
pourquoi ne pas le faire maintenant. Le temps n'est plus de
faire de la grande littérature. Je boucle ici ma petite
réflexion avec une proposition concrète à
toute la jeunesse de la diaspora togolaise surtout les branches
d'Europe, du Canada et des USA qui sont en mon sens très
organisées, d'entreprendre des concertations afin de
créer " un Comité pour le Dénouement
de la Crise Togolaise (CDCT), la dénomination importe
peu" dont l'action serait de :
- renouer le dialogue avec le pouvoir ;
- définir des garanties sûres pour la retraite
de Eyadema ;
- Amener Gilchrist de ne plus solliciter la succession immédiate
de Eyadema et lui garantir la réhabilitation du Père
de l'indépendance avec le nouveau pouvoir qui se mettra
en place ;
- uvrer pour le rétablissement de la confiance
entre force de sécurité et le peuple ;
- mener une lutte contre le tribalisme que le pouvoir a aidé
à profondément s'enraciner au Togo et assurer
à tous, l'égalité des droits et devoirs
dans le nouvel ordre politique ;
- garantir de construire une place des martyrs pour tous les
togolais ayant perdu leur vie pour la cause de la démocratie
;
- assurer l'organisation d'élections pluralistes que
l'opinion nationale et la communauté internationale
accepteraient sans réserve ;
- pour enfin s'assurer que le Togo sera sorti de son isolement
mettre fin à la souffrance du peuple.
Chers compatriotes, depuis près de douze ans, nous
aboyons et la caravane de Eyadema continue d'avancer. Le seul
résultat c'est que nous finissons par mourir pour avoir
trop aboyé. Si notre approche de la crise togolaise
consiste seulement à démontrer aujourd'hui à
qui veut l'entendre que Eyadema est dictateur, assassin, pilleur,
blanchisseur d'argent, et je ne sais plus quoi, ou si nous
sommes là a formuler des stratégies qui ne tiennent
pas compte des enjeux réels, nous ne résolvons
pas le problème mais l'entretenons. Prenons le courage
de chercher une résolution négociée du
problème pour mettre fin à nos souffrances.
Il n'y a point de compte à régler à Eyadema
et son entourage qui puisse combler ce que les Togolais on
perdu en quatre décennies. Pour éviter que la
politique politicienne nous prenne en otage, ayons le courage
d'agir maintenant et dans le bons sens. C'est ce faisant que,
loin de sauver nos vies déjà détruites,
nous parviendrons à prévenir nos enfants des
servitudes de l'exil.
Pour sauver la Patrie, Jeunesse debout !
Vive le Togo !
Vive la démocratie !
Eric DJAKOBO
Shanghai, Chine, le 7 Janvier 2003
|