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Edito – Mai/Juin 2007
Partager ce qui uni tous les togolais de l' étranger pour une contribution efficace au changement…
D'origine récente, la Diaspora telle qu'elle existe aujourd'hui, s'est constituée à partir de 1992. Le soulèvement populaire de mars 1991, après presque 30 ans de régime militaire et autocratique, a entraîné une répression militaire sans précédent qui a jeté des centaines de milliers de togolais sur les chemins de l'exil forcé ou volontaire [1].
Malgré plusieurs négociations et médiations, une césure s'est créée entre le pouvoir et une opposition bicéphale, celle intérieure asphyxiée, et celle extérieure constituée par les togolais de l'étranger.
En septembre 2006 un accord baptisé Accord Politique Global [2]jette un pont entre l'opposition intérieure et le régime de Faure Gnassingbé qui a succédé à celui de son père Gnassingbé Eyadèma. Cet accord, que les acteurs politiques togolais saluent, a pour objectif de réunir le régime et l'opposition autour d'un but : l'organisation des élections démocratiques afin de jeter les bases de la reprise du processus démocratique.
De la place de l'opposition à l'étranger dans l'APG
L'exil de la jeunesse togolaise de 1991 a donné une nouvelle forme d'opposition, celle de l'étranger. Des organisations d'opposition, jusque là circonscrites en France, vont essaimer dans le monde.
De plus cette opposition devient multiforme, regroupant tant les sections des partis que des associations politiques ou de défense des droits de l'homme.
Le seul handicap de cette opposition est qu'elle peine à devenir un groupe de pression efficace comme le MTD [3] dans les années 1980 en France.
Ce qui précède ne fait pas moins d'elle, un acteur qui bénéficie d'une écoute attentive dans l'opinion togolaise.
Par ailleurs, il n'en demeure pas moins évident qu'avec l'outil Internet, cette diaspora dispose d'une arme redoutable.
Ainsi, même si cette opposition est mise régulièrement à l'écart par l'opposition classique dans ses tractations, celle-ci n'hésite pas à se tourner vers la diaspora lorsqu'elle n'a plus d'alternative de contestation dans le pays. Il est donc certain que la diaspora compte dans le débat politique togolais, d'où la place qui lui est faite dans l'APG, et d'où aussi, les stratégies en cours tant à la Présidence avec ministre de la coopération, Mr Bawara, qu'à la Primature avec le conseiller du premier ministre, Mr Kissi, pour l'organisation d'un « Conseil des togolais de l'étranger » de préférence sans concertation avec les principaux intéressés.
Mais au-delà des stratégies d'arrière court qui n'ont pas une grande influence sur la mise en œuvre de l'APG, on note un point de convergence entre ces deux oppositions.
Un point de convergence, l'instauration d'un Etat démocratique
La signature de l'Accord Politique Global permet de clarifier le paysage politique togolais. Nous avons désormais sur l'échiquier une stratégie de conquête du pouvoir basée sur un partage progressif du pouvoir avec l'ancien parti unique.
Alors quid de l'opposition à l'étranger ? Il nous semble que celle-ci se retrouve face à un dilemme : adopter la position des partisans de l'APG, comme certains de ses responsables qui ont intégré le gouvernement ou rejeter l'Accord auquel elle n'a pas été associée.
Les togolais de l'extérieur ne sont pas des acteurs directs de la politique togolaise, en ce sens qu'ils n'ont pas de représentants au Togo, ni ne sont reconnus par les autorités togolaises.
De même, ils n'ont pas vocation à conquérir le pouvoir, tout au moins directement.
Pourtant, l'implication et l'engagement dans le processus démocratique étant le point de convergence entre eux et les acteurs politiques classiques, il ne fait aucun doute qu'ils doivent s'impliquer et être associés à la mise en œuvre de l'APG.
Et les pistes de réflexions à ce propos ne manquent entre la situation des réfugiés, l'organisation des élections, et le déroulement de la transition.
Associer la diaspora à l'organisation des élections, n'est-ce pas un moyen de circonscrire les risques de contestation ?
Nous ne le soulignerons jamais assez, le gouvernement actuel au Togo n'est pas un gouvernement issu d'une majorité électorale. Dès lors, ni le chef du gouvernement, et encore moins les principaux ministres ne peuvent prétendre appliquer un programme politique quelconque. Il y a 6 mois, on pouvait prétendre que leur feuille de route serait d'être à l'écoute des populations, et si possible d'associer toutes les composantes politiques togolaises à un état des lieux des réformes nécessaires au bon fonctionnement de l'Etat.
Aujourd'hui, nous observons un gouvernement dont le rôle essentiel se réduit à gérer le quotidien, pour ne pas dire les affaires courantes, et pour le Premier ministre lancé dans une course de fond, à durer capitaliser la « sympathie populaire » indispensable en vue d'engranger un maximum de sièges aux législatives.
L'avantage de l'opposition de l'extérieur est qu'elle a le recul nécessaire pour proposer des approches de solutions appropriées.
Ce qui précède vaut aussi bien pour l'opposition à l'étranger dans son ensemble, que pour les partis politiques non membres du gouvernement.
Nul ne doit aujourd'hui perdre de vue que l'objectif n'est pas de mener une transition politique sur un « programme de gouvernement », mais de mener une transition stratégique en créant les conditions d'une mobilisation des masses en vue du scrutin , tant est-il difficile de mobiliser les masses, si celles-ci ne se reconnaissent pas dans un but minimum à atteindre.
Le Comité de rédaction,
www.batirletogo.org
NOTES:
[1] Pour aller plus loin, lire, Jean Yaovi DEGLI , « Le Problème de l'expatriation massive des Jeunes togolais » , Contribution au Congrès de la North American Convention for Togo, NACT, http://www.batirletogo.org/FR/activites/Aout2006/degli-nact2006.html
[2] Depuis la crise socio politique togolaise plusieurs accords sont signés entre l'opposition et le régime du Gal Eyadèma. Le premier est une tentative avortée, baptisé Accord de Colmar en 1992. Ensuite a été signé au Burkina Faso l'Accord de Ouaga en 1993. Plus tard en 1998 est signé l'Accord Cadre de Lomé…Le dernier en date est l'Accord Politique Global de 2006 à Ouaga.
Il faut ajouter que parallèlement à ses accords, des engagements ont aussi été pris par le gouvernement togolais et des partenaires comme l'Union Européenne, ou la Communauté de San Egidio en Italie…
[3] Le MTD, Mouvement Togolais pour la Démocratie a été le fer de lance de l'opposition extérieure au régime Eyadèma à l'étranger. La plupart des responsables de partis ou de la diaspora en France ont milité au sein de ce mouvement. Nous considérons le MTD comme l'opposition historique de l'étranger à la dictature togolaise.
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