INTRODUCTION
Election à enjeux multiples pour les acteurs nationaux,
sous régionaux et internationaux, la Présidentielle
togolaise du 24 Avril 2005 porte manifestement toutes les
marques d'un tournant historique dans la trajectoire démocratique
du Togo.
Pour la CEDEAO dont l'action sur le terrain a été
tellement négative qu'elle porte les risques réels
d'une grave crise institutionnelle. On a assisté
à un précédent dangereux en matière
d'observation d'élections par une institution sous
régionale dont l'impartialité est apparue
très problématique. L'impact de cette observation
pour les futures missions du même genre de la CEDEAO
sera sans doute incalculable.
La Commission de l'Union Africaine, gardienne des valeurs
inscrites dans l'Acte Constitutif et dans le Mécanisme
Africain d'Evaluation par les Pairs, doit sortir de sa réserve
pour s'investir concrètement dans la grave crise
Togolaise.
Mais aussi pour la France dont le long et fidèle
compagnonnage avec le Général Eyadema et son
régime n'a pas pris une ride, en dépit de
la réprobation par l'opinion africaine et internationale
des pratiques répressives et des graves violations
des droits humains du régime togolais.
Mais, également pour l'ensemble de la Communauté
Internationale qui observe avec beaucoup d'intérêt
si les africains sont réellement capables de trouver
des solutions aux maux qui les assaillent. Le Togo après
la Côte d'Ivoire est un véritable banc d'essai
pour tester une nouvelle fois la capacité des africains
à gérer leurs crises. D'où la nécessité
d'examiner le jeu des intérêts qui mettent
en mouvement des acteurs locaux et internationaux pour mieux
cerner les contours de la crise togolaise et des réactions
qu'elles suscitent.
LE CONTEXTE GLOBAL DU DEROULEMENT DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE
Depuis la mort brusque du Général Eyadema
et le coup d'Etat militaire qui a porté Faure Gnassingbé
au pouvoir le 05 février 2005, la situation politique
du Togo a connu une dégradation rapide et continue.
La démission de ce dernier à la suite d'une
forte pression africaine et internationale n'a aucunement
fait baissé les tensions et les affrontements entre
l'opposition et le pouvoir. C'est le lieu de saluer les
réactions de la CEDEAO et de l'Union Africaine qui
ont fait la fierté de tous les africains à
ce moment là.
Les tensions suscitées par cette crise ont fait
27 morts et des dizaines de blessés entre le 05 février
et le 17 avril 2005 parmi les populations civiles togolaises
car parfois l'armée togolaise tire sur les manifestants
avec des balles réelles.
Dans ce contexte, la problématique du changement
de régime au Togo était devenue une question
d'intérêt majeur pour tous : d'abord parce
que c'est l'objet d'une quête par l'opposition togolaise
depuis presque 38 ans, en second lieu, pour l'Afrique de
l'Ouest où les conflits et les crises n'ont cessé
de menacer la sécurité humaine. Enfin pour
la Communauté Internationale soucieuse de la promotion
de l'Etat de droit, de la bonne gouvernance et des Droits
de l'Homme.
Les élections togolaises dans tous les cas s'annonçaient
comme un risque et une menace pour la sécurité
du Togo et de la sous région du fait de la précipitation
de son organisation, de l'impréparation et de l'
improvisation qui ont prévalu tout au long du processus.
La seule priorité pour le gouvernement togolais comme
pour la CEDEAO c'est d'abord de palier au vide du pouvoir.
LES ENJEUX DE L'IMPLICATION DE LA CEDEAO AU TOGO
Commençons d'abord par reconnaître les mérites
de la CEDAO qui a pris des positions courageuses dénonçant
le Coup d'Etat et contraignant Gnassimgbé Faure à
la démission. L'Organisation sous régionale
a également pris des risques énormes en s'impliquant
sur un terrain glissant au Togo où il existe une
crise à la fois institutionnelle, politique, morale
mais surtout économique et sociale, un des aspects
de l'impact de la mal gouvernance, mais aussi de 15 ans
d'embargo.
C'est dans ce contexte, qu'une mission dirigée par
le Président en exercice de la CEDEAO, M. Mamadou
TANDIAN en compagnie du Président Malien, M. Amadou
Toumani TOURE, a permis la signature le 28 février
2005 d'un accord politique entre le Gouvernement et l'opposition
sur les principaux points de divergence concernant l'organisation
de l'élection présidentielle. Un Représentant
Spécial a été nommé par la suite
en la personne de M. Mai Manga BOUKAR qui sera assisté
de trois experts en matière électorale.
Ce mécanisme de médiation et de surveillance
de l'accord politique n'a nullement empêché
les tensions de monter, la fracture entre opposition et
pouvoir de s'approfondir laissant de moins en moins de place
au dialogue, pire la violence s'est s'installée progressivement.
Petit à petit tous les ingrédients d'une guerre
civile larvée se constituent : surenchère
verbale, polémique, manifestations quotidiennes rumeurs,
affrontements et surtout circulation des armes.
Les relations entre la Coalition des partis d'opposition
et la CEDEAO, de polémique s'étaient muées
en une irréductible hostilité (refus du candidat
Bob Akitani de se rendre à Niamey à la veille
du scrutin pour se concerter avec les autres candidats suite
à l'invitation du Président TANDIAN).
Il faut reconnaître que les différents communiqués
de presse produits par les services de communication de
la CEDEAO tout au long du processus électoral ont
donné la nette impression qu'elle prenait de plus
en plus partie pour le candidat du RPT, Faure Gnassingbé.
Ainsi :
- du communiqué relatif à l'opposition de
la CEDEAO à tout report de l'élection présidentielle
exigée par la coalition des partis de l'opposition
où le communiqué a invoqué l'existence
de 3500 000 électeurs inscrits, alors que ce chiffre
fourni par l'administration togolaise sur la base d'irrégularités
massive de la révision des listes n'a pas été
l'objet d'une vérification rigoureuse ;
- du communiqué fustigeant la démission du
Ministre de l'Intérieur, François Esso BOKO
le traitant d'irresponsable ;
- et enfin du communiqué reconnaissant que le scrutin
correspondait aux normes universelles d'une élection
transparente, démocratique et régulière
après avoir énuméré beaucoup
d'irrégularités qui auraient dû appeler
a plus de réserve.
Au Togo, le premier enjeu concerne la réforme du
secteur de sécurité et principalement de l'Armée
et de la Police qui constituent le noyau dur du régime.
Institutions formatées pour assurer la reproduction
et la survie du système. Ces structures qui sont
les mieux organisées du pays se sont merveilleusement
acquitté de cette tâche au regard des résultats
obtenus.
Les graves atteintes aux droits humains de l'Armée
comme de la police ne font pas l'objet de poursuites judiciaires,
ce constitue l'impunité comme un des cancers du Togo.
Face à ces équations on a dû se poser
la question de savoir si une alternance politique, pacifique
et démocratique était possible sans une sérieuse
réforme du secteur de sécurité au Togo.
Au terme d'une analyse de l'action de la CEDEAO, la réponse
s'énonce d'elle-même.
Pour certains pays frontaliers au Togo apparaissent des
problèmes d'ordre géostratégique et
sécuritaire : des pays comme le Burkina Faso, le
Niger et le Mali qui dépendaient des ports ivoiriens
d'Abidjan et de San Pedro pour leur approvisionnement, le
port de Lomé devient une véritable et vitale
voie de salut. Il faut ajouter à tout cela, la crainte
réelle d'un effet domino qu'aurait un conflit togolais
sur la stabilité et la sécurité de
ces pays et des pays comme le Ghana et le Bénin où
près de 21.000 togolais ont trouvé refuge
suite aux violences post électorales.
Enfin il faut ajouter à cela des considérations
plus égoïstes qui tiennent aux relations fraternelles
existant entre le Général Eyadema reconnu
pour sa générosité envers ses amis
et certains de ses pairs africains. Mais aussi certains
chefs d'Etats africains qui caressent le rêve secret
de voir leurs fils leur succéder au pouvoir ne manque
évidemment pas de profiter de cette situation et
de suivre avec intérêt l'évolution du
test togolais.
Toutes ces raisons permettent d'expliquer en partie l'existence
d'un " consensus tacite " entre les chefs d'Etat
de la CEDEAO pour considérer Faure Gnassimgbé
comme le candidat le plus ''rassurant'', celui qui constitue
''le moindre risque'' pour la stabilité de la sous
région. Ces raisons expliquent la " compréhension
" et la relative prudence diplomatique de la Communauté
Internationale. Avait - on besoin de se précipiter
pour organiser des élections qui manifestement constituaient
de vrais risques et de vrais menaces pour la sécurité
du Togo et de la sous région ?
L'UNION AFRICAINE
Elle n'a pas levé les sanctions et n'a pas envoyé
d'observateurs sur le terrain. Cela traduit l'existence
d'une différence d'appréciation très
nette par rapport à la vision de la CEDEAO sur le
Togo. Il est évident que l'attitude de la CEDEAO
au Togo est totalement contraire aux textes de l'organisation
sous régionale, mais surtout à l'Acte constitutif
de l'Union Africaine. L'Union Africaine doit rester sur
ses positions mais le temps est venu pour elle de s'impliquer
de façon plus effective car elle jouit de l'autorité,
de la crédibilité et du soutien de l'opinion
africaine. Pour elle le chemin est balisé pour une
mission de facilitation d'un dialogue national au Togo.
LA FRANCE
Les relations entre le Général Eyadema et
les Présidents Français, à commencer
par le Général De Gaulle traduisent jusqu'à
la caricature ce que la Françafrique comporte de
plus négatif, de plus malsain et de plus incompréhensible
pour l'opinion africaine. Ce qui fonde la France comme République
et qui en fait une référence à la fois
historique et universelle, c'est parce que c'est le pays
fondateur de l'universalité des droits de l'Homme,
l'opinion africaine ne peut comprendre le soutien fidèle
et aveugle à une dictature reconnue par ses capacités
extraordinaires de corruption et de répression.
Inutile de s'interroger sur le camp de la France au Togo
: en tout cas, ce n'était pas le camp de la neutralité
et de l'impartialité conférant l'autorité
et l'efficacité nécessaires pour se lancer
dans une médiation pour aider un pays ami engagé
dans la négociation d'un tournant historique et décisif
de son destin national. Le camp de la France a été
connu dès la mort du Général Eyadema,
l'ami personnel de Jacques Chirac, c'est bien entendu celui
du RPT et de son candidat. Beaucoup d'observateurs pensent
que la France a sérieusement influencé la
position de la CEDEAO sur le Togo.
Après la crise aiguë des relations entre la
France et la Côte d'Ivoire, la position de la France
au Togo risque de constituer la goutte d'eau qui va déclencher
une véritable vague anti française en Afrique.
La France doit totalement reconsidérer la vision
de son intérêt national en Afrique. Il faut
absolument que cette vision et sa mise en uvre soient
en adéquation avec ce qui constitue le socle et le
ciment des valeurs qui fondent la République Française.
Pense t-on un seul instant le peuple français sans
réaction si Jacques Chirac s'avisait par des manuvres
douteuses à se faire succéder par sa fille
?
L'ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE (OIF)
Pour la première fois, l'OIF après une mission
de prospection au Togo, s'est abstenue d'envoyer des observateurs
pour l'élection présidentielle du 24 avril
2005, après avoir levé, du bout des lèvres,
les sanctions prises contre le Togo à la suite du
Coup d'Etat militaire du 05 février 2005.
L'UNION EUROPEENNE
Contrairement à son habitude, l'Union Européenne
a sorti le grand jeu diplomatique avec la CEDEAO, pour ne
pas dire le jeu du grand écart : l'Union Européenne
qui avait commencé des consultations salutaires sur
22 points entre l'opposition et le pouvoir pour changer
les textes et les organes dans un sens plus démocratique
et plus respectueux des droits humains a choisi finalement
de soutenir la CEDEAO en finançant l'observation
de l'élection présidentielle du 24 avril 2005,
alors qu'on savait pertinemment qu'il était impossible
d'organiser des élections transparentes et démocratiques
en 60 jours dans l'état actuel des textes et des
organes de régulation des élections au Togo.
La note du Représentant de l'UE sur le caractère
massif des irrégularités et sur le nombre
élevé des électeurs fictifs et tout
particulièrement la réaction embarrassée
de la Commission Européenne en disent long sur le
dilemme de l'UE au Togo.
L'Union Européenne doit continuer la mission salutaire
qu'elle a commencée au Togo, elle est devenue plus
difficile certes, mais elle doit absolument être poursuivie.
L'ALLEMAGNE
Ancienne puissance coloniale au Togo, il est intéressant
de noter que sa position est aux antipodes de celle de la
France, à tel point que le gouvernement togolais
et les partisans de Faure Gnassingbé l'ont accusée
de soutenir la Coalition de l'opposition. Ce qui explique
d'ailleurs les raisons pour lesquelles le Goethe Institut
a été incendié. Toujours est - il que
concernant le Togo, on est en droit de se demander comment
se fait il que ces deux géants de l'Union Européenne
que sont la France et l'Allemagne n'aient pas pu accorder
leurs violons concernant la crise togolaise.
Ces contradictions des deux géants européens,
pour ne pas parler de leur compétition ne sont pas
sans impact sur l'exacerbation des tensions au Togo, car
consciemment ou non, ils reproduisent la polarisation Nord/Sud,
Pouvoir/Opposition qui empoisonne la situation politique
togolaise depuis l'indépendance.
LES ETATS-UNIS
Les Etats Unis sont pratiquement sur la même position
que l'Union Européenne, estimant que le processus
est faussé depuis le départ : la révision
des listes et la distribution des cartes d'électeurs
comportent des irrégularités massives mais
également qu'on ne pouvait organiser des élections
en un temps aussi court avec les limites de certaines dispositions
de la Constitution et du Code électoral. S'ils n'ont
pas envoyé d'observateurs c'est qu'ils estimaient
que le processus électoral était loin d'être
fiable.
Enfin, il faut noter la présence du NDI qui a contribué
à la formation d'un Collectif d'ONG, d'OSC et d'organisations
syndicales pour l'observation de l'élection présidentielle.
Faute d'accréditation ces ONG n'ont pu participer
à l'observation du scrutin mais ils ont produit quand
même un excellent document sur la phase préélectorale.
Enfin les Etats-Unis qui reconnaissent que l'élection
est irrégulière, recommandent tout de même
un gouvernement d'Union pour faciliter la sortie de crise
au Togo.
LES NATIONS UNIES
Comme la plupart des autres membres de la Communauté
Internationale, les Nations Unies ont préféré
ne pas envoyer d'observateurs parce que les délais
de préparation d'une élection transparente
et crédible n'existaient pas. En 60 jours, il était
très difficile d'organiser l'élection présidentielle
avec un fichier qui date de 2003, de faire la révision
des listes et des cartes d'électeurs à partir
de cette base de données douteuse, du reste. Par
prudence l'ONU aussi a préféré se mettre
derrière la CEDEAO. Par la suite l'ONU a sorti un
communiqué très diplomatique pour saluer la
mobilisation du peuple togolais le jour du scrutin.
Tout ce qui précède donne la mesure des enjeux
de l'élection présidentielle togolaise et
de la lourde responsabilité de la CEDEAO qui s'y
est engagée avec une légèreté
déconcertante.
C'est dans ce contexte qu'il faut placer les deux missions
de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits
de l'Homme (RADDHO) pour l'observation de l'élection
présidentielle du Togo.
- La première est une mission d'évaluation
du processus électoral qui s'est déroulée
du 12 au 16 avril 2005 en compagnie d'une délégation
du Forum des Organisations de la Société Civile
Ouest Africain (FOSCAO) ;
- la deuxième mission s'est déroulée
du 16 au 28 avril 2005 dans le cadre d'une mission d'observation
sous l'égide de la CEDEAO.
I. MISSION PRE - ELECTORALE AVEC LA FOSCAO
RENCONTRE AVEC LES ACTEURS DU PROCESSUS ELECTORAL ET
LES INSTITUTIONS DIPLOMATIQUES
La délégation a rencontré les Organisations
de la Société Civile, l'Union Européenne,
l'Ambassadeur des Etats Unis, la CENI, le Représentant
Spécial de la CEDEAO, Mai Manga Boukar, le Représentant
résident du PNUD et la Coalition des Partis d'opposition
(ADDI, CAR, CDPA, PSR, UDS-Togo, UFC) qui soutient la candidature
de Emmanuel Bob Akitani, le RPT.
Ces rencontres ont permis de discuter très largement
des questions majeures, des menaces et des risques qui pèsent
sur l'organisation de l'élection présidentielle
du 24 avril 2005. Enfin elles ont permis de faire les constats
suivants :
- des irrégularités massives dans la révision
des listes et la distribution des cartes d'électeurs.
Ces éléments du contentieux pré - électoral
se manifestaient aux yeux de tous les observateurs comme
constituant de sérieuses sources de tensions post
électorales. En effet on a recensé 3500 000
électeurs sur 5000 000 habitants ce qui pose un sérieux
doute sur la crédibilité du recensement. L'autre
problème est que ce, contentieux ne pouvait être
vidé devant la justice qu'après l'affichage
des listes électorales, or, même le jour du
scrutin, les listes n'étaient pas affichées.
D'où l'impossibilité matérielle pour
la coalition de saisir la justice pour vider ce contentieux
pré électoral ;
- Les partis politiques Togolais étaient organisés
pour soutenir quatre (4) candidats à l'élection
présidentielle :
§ Faure Gnassingbé soutenu par le RPT, le parti
au pouvoir ;
§ Emmanuel Bob Akitani soutenu par la Coalition des
partis d'opposition ;
§ Harry Olympio soutenu par le RSDD ;
§ Nicolas Lawson soutenu par le PRR.
- un sérieux problème d'équité
sur les moyens financiers et logistiques s'est posé
entre les différentes formations politiques. Autant
le candidat du RPT Faure Gnassingbé disposait de
gros moyens logistiques avec ses caravanes de voitures,
ses cars et ses gigantesques affiches qui inondent la Capitale.
Autant l'opposition brillait par la faiblesse de ses moyens
logistiques, financiers et organisationnels qu'elle dissimulait
mal par des manifestations revendicatives pour le report
et les campagnes dans la rue ;
- les organisations de la Société civile
(OSC) et les organisations religieuses sont nombreuses,
actives et dynamiques mais n'échappent pas à
la forte polarisation entre Nord et Sud, Pouvoir et Opposition
pour avoir la distance critique nécessaire permettant
de jouer les arbitres politiques. Trente huit (38) ans de
dictature expliquent sans doute en partie cette fracture
de la société togolaise entre ceux qui sont
pour Eyadema et ceux qui sont contre. Qu'on soit partisan
ou non, trait caractéristique des sociétés
fortement polarisées où l'on n'admet pas de
situation intermédiaire entre le noir et le blanc,
le Diable ou le bon Dieu le gu n'existe plus ;
- La société civile est faible au plan structurel,
financier et organique. Au lendemain du coup d'état
un collectif des organisations de la société
civile et des syndicats a été crée
et a bénéficié d'une formation du NDI
pour l'observation de l'élection présidentielle.
Malheureusement elle n'a pas pu le faire car d'après
le Code électoral OSC nationales n'ont pas le droit
d'observer l'élection présidentielle ;
- des manifestations quotidiennes de la Coalition de l'opposition
demandant le report de la date de l'élection sont
souvent réprimées sans ménagement par
les forces de sécurité qui n'hésitent
pas à faire usage de balles réelles. C'est
ainsi qu'on a pu dénombré plus de 20 morts
et des dizaines de blessés depuis le début
de ces manifestations. En effet dans les deux camps (Pouvoir
et Opposition) il était banal de voir des manifestants
armés de gourdins cloutés ou de machettes
;
À l'approche de l'élection, des rumeurs persistantes
sur les divisions au sein de l'Armée et un soulèvement
post électoral de militants de l'opposition et même
d'une partie de l'armée, les coupures de téléphones
et d'Internet ont vivement fait monter la tension et la
panique qui ont donné l'impression d'une guerre civile
imminente.
Pire certaines disposition de la Constitution notamment
celles qui excluent le leader de l'Union des Forces du Changement
(UFC), Gilchrist Olympio, pour raison de non résidence
au Togo et certaines insuffisantes manifestes du Code électoral
constituaient déjà de sérieux handicaps
pour l'organisation d'élections transparentes, démocratiques
et ouvertes à tous.
Quant aux médias ils étaient soumis à
une sévère censure politique : c'est ainsi
qu'il était interdit à la presse indépendante
et privée, de couvrir la campagne électorale
d'après un arrêté de la Haute Autorité
de l'Audio visuel (HAAC).
La délégation de la FOACAO a également
constaté les faits suivants :
- révision des listes comportant des irrégularités
massives ;
- distribution fantaisiste des cartes d'électeurs
;
- délais de recours impossible à respecter
pour les irrégularités constatées avant
le scrutin du 24 avril 2005 par l'opposition. ;
- tensions politiques très élevées
avec des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre
qui ont fait plus de 27 morts et des dizaines de blessés
entre le 05 février et le 17 avril 2005. Pendant
cette période de tension toutes les machettes avaient
disparu des marchés de Lomé ;
q la campagne électorale très déséquilibrée
autant par les moyens logistiques et financiers que par
la couverture médiatique (l'octroi de temps d'antenne)
;
- censure des média privés et fermeture de
la Radio privée Kanal FM pour un mois.
II. MISSION D'OBSERVATION DU SCRUTIN AVEC LA CEDEAO
La CEDEAO a mobilisé cent cinquante observateurs
qui viennent de délégations issues des différents
pays de la sous région. Certains étaient présents
à l'Hôtel du 02 Févriers le 15 Avril
2005.
REUNION AVEC LE REPRESENTANT SPECIAL DE LA CEDEAO, LES
MEMBRES DU GOUVERNEMENT, LES CANDIDATS ET LEURS REPRESENTANTS,
LA CENI ET LE HAAC
Ces réunions ont permis aux observateurs de poser
aux acteurs du processus électoral toutes les questions
relatives à :
- la révision des listes électorales ;
- la distribution des cartes d'électeurs;
- le rôle de la CENI, sa composition, son mandat,
ses compétences et son action durant tout le processus
électoral. Les observateurs ont particulièrement
insisté sur les questions de sécurité
en relation avec la tension persistante qui régnait
au Togo, sur la censure de la presse indépendante,
etc. ;
- au Ministre de l'Intérieur et au Ministre des Affaires
Etrangères qui participaient à ces rencontres,
les observateurs ont fait part de leurs préoccupations
par rapport aux actions prévues le jour du scrutin
par les partisans de l'opposition. Le Ministre de l'Intérieur,
Monsieur François Esso BOKO n'a nullement nié
les menaces de violence qui pèsent sur le scrutin.
Mieux la nuit du 21 au 22 avril 2005, M. BOKO organise une
conférence de presse non seulement pour confirmer
les menaces de qui pèsent sur l'organisation de cette
élection qu'il qualifie de suicidaire mais surtout
pour demander le report du scrutin. Après sa déclaration,
le Ministre de l'Intérieur s'est réfugié
dans une Ambassade Européenne. Le Président
intérimaire, M. Abass BANFOH a condamné cette
déclaration, l'a démis de ses fonctions et
a clairement déclaré la poursuite du processus
électoral. Tout cela était assorti de propositions
de sortie de crise par la création d'un gouvernent
de transition. Les représentants des partis politiques
notamment ceux de la Coalition de l'opposition, du RPT et
le candidat Harry Olympio sont tous venus se soumettre gracieusement
à l'exercice des questions réponses des observateurs
de la CEDEAO ;
- la veille du scrutin, la CEDEAO a déployé
ses 150 observateurs répartis dans les régions
de Savanes, de Kara, de Plateau et Centrale, ceux de la
région Maritime se sont déployés le
jour du scrutin ;
- dès la veille du scrutin tous les observateurs
étaient sur place à Lomé et dans les
régions ;
- l'observation du scrutin a permis d'établir les
constats suivants :
§ démarrage tardif du vote ;
§ non affichage des listes ;
§ insuffisance de bulletins de vote ;
§ Impossibilité de retrouver des noms d'électeurs
inscrits sur les listes manuscrites ;
§ sécurité insuffisante ou non visible
;
§ perturbation des opérations de dépouillement.
A cette liste de la CEDEAO on peut ajouter :
§ bourrage d'urnes ;
§ votes multiples ;
§ attaque du PC de l'Opposition et destruction de leurs
ordinateurs par des hommes armés et encagoulés.
La proclamation des résultats provisoires par la
CENI déclarant Faure Gnassimgbé élu
a crée une situation particulièrement tendue
et violente :
- incendie de maisons et de véhicules ;
- barricades dressées dans les différentes
rues de Lomé, à Atakpamé, Bê
;
- dérives xénophobes dont les principales
dont les principales victimes sont les ressortissants de
l'Afrique de l'Ouest, des Français et certains Libanais.
C'est ainsi que 08 ressortissants de l'Afrique de l'Ouest
dont 3 nigériens ont été brûlés
vifs .
Le bilan tourne autour de 50 morts et plus de 100 blessés
et plus de 21 000 réfugiés au Bénin
et au Ghana, Burkina Faso, Sénégal. Et par-dessus
tout, une situation politique caractérisée
par une véritable impasse et la rupture du dialogue
entre Pouvoir et Opposition malgré le frémissement
de la rencontre d'Abuja entre Gilchrist Olympio et Gnassimgbé
Faure suite à l'invitation du Président Nigerian
Olunsegum Obasanjo, le 25 Avril 2005.
Le 27 avril on avait une inflation de Présidents
au Togo car avec l'Adresse à la nation du candidat
Emmanuel Bob Akitani on venait de compter 3 Présidents
au Togo, un Président intérimaire, un Président
déclaré élu par la CENI et un Président
autoproclamé.
PERSONNALITES RENCONTREES PAR LE SECRETAIRE GENERAL
DE LA RADDHO
1. Rencontre avec Bob Akitani : cette rencontre
a eu lieu le jour du scrutin le 24 avril 2005. le Candidat
Bob Akitani nous a fait part de ses vives préoccupations
par rapport aux fraudes massives qui vont déclencher
colère et manifestations violentes des populations
et qui vont remettre en question la difficile la participation
de l'opposition à un dialogue politique et à
un éventuel gouvernement d'union nationale. Néanmoins,
il a réaffirmé la disponibilité de
son parti pour le dialogue politique et nous a informé
que le leader de l'UFC, Gilchrist Olympio devait se rendre
à Abuja le 25 avril 2005 au matin à la suite
d'une invitation envoyée par le Président
Obasanjo pour une concertation avec Faure Gnassingbé.
La RADDHO a vivement recommandé le dialogue politique
pour sortir de la crise actuelle.
2. Rencontre avec le Candidat Faure Gnassingbé
: la rencontre a eu lieu le 26 avril 2005 à Lomé.
La RADDHO a exprimé sa vive préoccupation
par rapport à la violence, aux difficultés
relatives au dialogue politique et à la sortie de
crise au Togo. Le candidat Faure nous a affirmé sa
disponibilité à dialoguer et à faire
un gouvernement d'union nationale, à appliquer les
22 propositions de l'Union Européenne et à
réhabiliter l'ancien Président Olympio, etc.
la RADDHO lui a fortement recommandé le respect du
droit à la vie, le droit à l'intégrité
physique, de même que la réforme des secteurs
de sécurité mais surtout la disponibilité
totale à engager un dialogue politique franc et loyal
avec l'opposition.
III. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
Quel que soit le bout par lequel on prend l'élection
présidentielle au Togo, si l'on tient compte des
irrégularités massives constatées en
amont comme en aval du scrutin, force est de reconnaître
qu'on a assisté une fois encore à une véritable
mascarade électorale.
Les coupures de téléphone, l'interdiction
pour la presse privée de couvrir la campagne de même
que la répression brutale des manifestants, montrent
a souhait que les structures de la dictature mises en place
par le Général Eyadema continuent à
bien fonctionner avec des hommes qui restent encore fidèles
à la famille.
Dans un contexte tendu où il s'agit pour le Togo
de négocier un tournant historique de son parcours
démocratique, un moment d'inflexion stratégique,
la CEDAO n'a pas joué le rôle attendu par l'opinion
africaine et internationale. De ce fait la CEDEAO se trouve
aujourd'hui au bord d'une véritable crise institutionnelle.
Car on ne voit pas comment après son échec
en Côte d'Ivoire et au Togo, elle va gérer
des crises aiguës qui s'annoncent en Guinée
Bissau avec l'organisation de l'élection présidentielle
de juin prochain, en Côte d'Ivoire en octobre 2005
mais surtout la gestion de la bombe à retardement
qu'est la République de Guinée.
Donc il s'agit d'un dangereux précédent révélateur
de sérieuses faiblesses au sein de l'Institution
Ouest Africain.
L'urgence d'un sommet extraordinaire de la CEDEAO pour
se pencher rapidement sur ces questions n'est plus à
démontrer. Il faut absolument que la CEDEAO puisse
conserver voire renforcer sa position d'organisation respectable
et respectée dans l'Union Africaine.
Il faut surtout éviter l'effet domino, mais principalement
éviter de compromettre dangereusement tout le travail
de réformes qui se mène à l'heure actuelle
à la Commission de l'Union Africaine.
La RADDHO recommande :
1. que l'élection présidentielle du 24 avril
2005 soit purement et simplement annulée ;
2. A défaut : qu'un gouvernement d'Union, de transition
et de partage du pouvoir soit installé pour créer
une véritable synergie nationale à même
d'engager une véritable dynamique de transformations
et de réformes en profondeur :
a. des textes (constitution, code électoral, code
de bonne conduite des partis politiques),
b. des institutions (administration, parlement et justice)
c. des secteurs de sécurité (police et armée)
dans uns sens plus démocratique plus républicain,
plus respectueux de l'Etat de droit et des droits humains.
3. accorder toutes les garanties nécessaires aux
partis d'opposition pour remplir pleinement leur rôle
sans entrave aucune au sein de ce gouvernement ;
4. organiser dans les meilleurs délais des élections
législatives au terme de la réforme des textes
et des organes de régulations des élections
;
5. création d'une commission d'enquête internationale
sur tous les crimes commis depuis le début de la
crise le 05 Février 2005 pour lancer avec détermination
la lutte contre l'impunité au Togo ;
6. mise en place d'une commission Paix, Vérité
et Réconciliation pour traiter les questions relatives
au devoir de mémoire, de vérité, de
justice et de réconciliation ;
7. le renforcement institutionnel de la Société
Civile togolaise pour lui permettre d'exercer son rôle
de façon efficace et en toute impartialité
;
8. le renforcement des média au plan de la formation,
mais aussi au plan des textes pour permettre aux journalistes
indépendants du pays d'exercer leur métier
en toute liberté ;
9. la convocation d'urgence d'un sommet de la CEDAO pour
examiner les dysfonctionnements et leur trouver des solutions
urgentes pour anticiper sur une crise institutionnelle de
l'organisation sous régionale ;
10. l'implication immédiate de l'UA qui doit sortir
de sa réserve pour examiner toutes les voies de sortie
de crise avec les acteurs politiques togolais ;
11. la poursuite par la Communauté internationale
de leur soutien pour un dialogue politique national au Togo
en vue de renforcer l'Etat de droit, les droits humains,
le démocratie et la paix.
Fait à Dakar, le 10 Mai 2005
Le Secrétariat Général