Le 13 mars 1991, Gnassingbé Eyadèma
se rend compte que son régime vacille. Des étudiants
de l'Université du Bénin (actuelle Université
de Lomé) constestent ouvertement son régime.
En réalité, cette fronde qui gronde depuis le
05 octobre 1990, il ne l'a pas vue arriver.
Le 15 mars, il décide de rencontrer ses nouveaux interlocuteurs
politiques, des étudiants " chapeautés
" par des avocats, lesquels avocats avaient peur des
conséquences de la contestation déclenchée
par des étudiants, et reprise par la jeunesse et les
femmes.
L'espoir né de cette quête de la démocratie
s'incarne en apothéose par une conférence nationale
en juillet 1991 [
1]. L'objectif de ses assises
nationales est la préparation des populations, des
organisations politiques et des institutions au jeu de l'alternance
politique.
Il faut préciser que depuis 1963, le Togo régenté
par des militaires puis, à partir de 1969 par le
parti unique, le RPT, n'avait plus connu d'élections
libres.
La Conférence nationale du Togo jette les bases des
consultations populaires dont la première, un scrutin
présidentiel, se tient en 1993. Suivent ensuite ceux
de 1998 et 2003
Tous ces scrutins feront l'objet de contestations par l'opposition,
cristallisant un déficit de confiance de nature à
installer, à demeure, un contentieux électoral
entre les forces d'opposition et le régime d'Eyadéma.
Les partenaires bilatéraux et multiratéraux
en l'occurrence l'Union Européenne, auront vite fait
de suspendre leur coopération avec le Togo au titre
de l'aide publique au développement dès 1993
pour cause de "déficit démocratique"
[2].
Pour comprendre l'enjeu véritable, il faut connaître
les acteurs impliqués de loin ou de près dans
la crise (I), le matériau sur lequel ils ont ambition
d'agir (II), les perspectives de sortie de crise offerte
par le coup de force du 05 février 2005 qui dessert
plus qu'il ne sert une dictature qui se veut héréditaire
(III), enfin les obstacles qui jalonnent la route vers un
srutin démocratique, et que l'opposition togolaise
doit lever en se donnant, pour une fois les moyens idoines
(IV).
I° LES PROTAGONISTES
Le paysage politique est occupé par des partis politiques
qu'on peut regrouper en quatre ou cinq grandes tendances.
Plus de 50 partis sont déclarés au Ministère
de l'intérieur togolais.
1) Le régime en place
Il s'agit de l'ex parti unique, le Rassemblement du Peuple
Togolais [3], crée par, et pour
Eyadèma. Ce parti Etat est dirigé de 1969
à 2005 par son fondateur. Il est présidé
depuis le 25 février 2005 par son fils Faure Gnassingbé.
Avec l'amorce du processus démocratique, le RPT a
suscité [4]la création de
certains partis et financé d'autres comme le Mouvement
des Croyants de Mr d'Almeida Mawutoe [5],
le Parti Ecologiste Panafricain de Mr Lawani, le Parti pour
le Renouveau et la Rédemption de Mr Nicolas Lawson,
ou encore, le Rassemblement pour le Soutien à la
Démocratie et au Développement de Mr Olympio
Harry [6] .
2) L'opposition intégrée [7]
est constitué d'un groupe de partis catalogués
dans l'opposition, mais qui ont une position déclarée
d'ouverture vers Eyadèma et le RPT dans un souci
avoué de règlement de la crise.
Ces partis participèrent à la rédaction
du nouveau code électoral, et ils se sont associés
aux engagements pris par le régime devant l'Union
Européenne le 14 avril 2004.
3) L'opposition classique [8].
Il s'agit du groupe dominant de l'opposition qui forme actuellement
la coalition des 6 partis qui appellent à des élections
démocratiques, et qui ont opté pour une candidature
unique à cet effet.
4) L'opposition contestataire [9],
quant à elle se réduit presque à un
parti qui, par ses critiques et analyses, ne se situe pas
dans les schémas précédents. Ce parti
ne participe pas aux divers scrutins estimant que les conditions
minimales ne sont pas remplies, étant entendu que
seules les masses populaires organisées pourraient
contribuer à un changement qualitatif de régime.
5) Les forces démocratiques [10]
sont un conglomérat d'organisations politiques, autres
que les partis, qui oeuvrent pour l'avènement de
la démocratie au Togo, par la voie pacifique incluant
la voie des urnes, et pour certains par la lutte armée.
Cette catégorisation des oppositions tend en particulier
à permettre une meilleure lecture de la structuration
de l'échiquier politique togolais. Mais encore, faut-il
souligner que le fait de compartimenter les différents
groupes d'acteurs de la vie publique nationale n'établit
pas - et cela n'a jamais été le cas - des
cloisons étanches entre les divers protagonistes
notamment en ce qui concerne ce que l'on pourrait désigner
de "bloc des oppositions."
II°. LES SOURCES LOINTAINES DE LA CONTESTATION DES
SCRUTINS ET LE BLOCAGE DU PROCESSUS DEMOCRATIQUE DEPUIS
1991
1) La domination historique du paysage politique par
le RPT
Depuis sa création en 1969 jusqu'en 1991, le RPT
a été le seul acteur de la vie politique togolaise.
A partir de 1991, la mainmise opérée par le
RPT sur toutes les structures et superstructures du pays
rend son opposition inexistante institutionnellement. L'utilisation
systématique des grands moyens de l'Etat à
des fins partisanes n'entraîne, chez l'opposition,
que déclarations et communiqués de contestation.
Ce parti, constitué de cadres, de politiciens retors,
de jeunes très turbulents, régente dans toutes
ses composantes la vie de la " Nation ". Maintes
figures ou cadres de l'opposition actuelle ont longtemps
fait partie du sérail [11]. L'exemple
type en est Kodjo Edem [12], leader de
la CPP et ancien Secrétaire général
du RPT. C'est lui, le technicien qui a contribué
à l'implantation du RPT dans toutes les régions,
communes et circonscriptions administratives du Togo. Ce
parti structuré en 3 niveaux hiérarchiques
à savoir le Bureau politique, le Comité central
et les Cellules était dirigé par Eyadèma
en personne.
La tentative de dissolution de ce parti en 1991 s'est soldée
par un échec dont l'épilogue a été
émaillé par des exactions sanglantes. L'assaut
donné au siège du Parlement de transition,
en fut la plus triste illustration.
Les autres partis n'ont vu le jour qu'en 1991 dans une période
de troubles socio politiques. Aucun parti n'a pu, à
ce jour, réussir sa complète implantation,
ni se doter d'une structure d'opposition face à l'appareil
oppresseur du RPT. Et d'ailleurs, ce monopole exercé
sur la scène politique, le RPT n'entend pas le partager,
encore moins, le céder.
2) Le poids de l'armée dans la vie politique
togolaise
L'armée, est une composante de la vie publique togolaise.
Cette fonction atypique est voulue et assumée par
l'Armée et Eyadèma. Tous les officiers sont
d'office membre du parti, même après 1991.
De plus, l'Armée est dotée d'une structure
bicéphale [13]: l'état-major
classique, officiel, et l'état-major officieux qui
n'est repris dans aucune structure de l'Armée.
Cette entité regroupe des officiers issus du "
clan ", et placés sous le commandement direct
de Eyadèma. Le Lieutenant Ernest Gnassingbé
étant l'exécutant des décisions de
l'entité : disparitions, assassinats, tortures [14].
Avant la disgrâce des officiers en 1979 [15],
l'Armée était dans toutes les sphères
de la vie togolaise. Les postes-clés de certains
ministères leur étaient réservés.
Mais surtout, ils contrôlaient les activités
économiques : la direction du port, l'adjudication
des marchés publics, les sociétés privées
dirigées par des prête-noms. Les domaines dans
lesquels ils ont longtemps sévis sont les sociétés
d'opérations maritimes (les fameux transitaires),
milieux où ils détenaient des capitaux quand
la société ne leur appartenait pas en nom
propre ou à des proches comme des beaux-frères,
des frères ou des cousins.
A partir de 2002, on a assisté progressivement à
une nouvelle reprise en main ostentatoire de la vie socio
économique et politique par les militaires [16].
Ce système de privilèges était contrôlé
depuis le palais présidentiel, par Eyadèma.
3) La régence du président défunt
et le " Clan "
L'historien Congolais Elikia Mbokolo disait un jour d'Eyadèma,
qu'il dirigeait le Togo comme un Chef de village. "
Il connaissait tout le monde, la vie privée de tout
le monde et était informé quotidiennemenet
de la vie familiale de chacun
". Les renseignements
généraux, et une section spéciale du
2ème bureau, le renseignement militaire, rendait
compte directement à Lomé II, et ce, au jour
le jour.
Les adjudications de marchés publics, les créations
de sociétés privées, les décisions
de justice, les dossiers judiciaires dans certains procès
civils ou commerciaux [17]
tout
lui était soumis.
Eyadèma a formé autour de lui un " clan
", un cercle de personnes dévouées à
ses lubies.
Le noyau de ce cercle est constitué de la famille,
et de personnes toutes dévouées comme Yaya
Malou, un parent, Gbégnon Amégbo, alias Barthélémi
Elo (qui pourtant interdit en privé aux siens d'adhérer
au RPT), feu Panou, le lieutenant Ernest Gnassingbé,
capitaine Titikpina
Le 2ème cercle est composé, sur une base régionale,
des dignitaires ou " barons " : de Mrs Barry Barqué
à Alex Mivédor en passant par Eklo, Pitang
Tchalla, Fambaré Natchaba, Bagnah Ogamo, des officiers
comme Gnofame, feu Améyi
Le 3ème cercle est constitué des " opérationnels
", ceux qui ont des tâches spécifiques,
dans la magistrature, les ambassades à l'étranger,
l'animation et le contrôle des réseaux d'influence
tant nationaux qu'internationaux.
L'appareil s'auto gère mais fonctionne sous le contrôle
de Eyadèma.
En 12 ans, il a su initier son fils au fonctionnement complexe
des rouages de son système. Cet appareil qui, lorsqu'il
est acculé, use de violence, et de mesures dilatoires.
Dans le domaine lié aux élections on assiste
périodiquement à un savant mélange
des 2 méthodes : discrimination en matière
d'accès aux médias, listes électorales
truquées, persécutions, menaces et atteintes
à l'intégrité physique des candidats
et de leurs militants.
Au vu de ce vrac, on s'interroge sur le choix des voies
qui amènent aux mutations des régimes autocratiques
vers un système libre et pluraliste. Entre la peur
de la perte des privilèges, la volonté de
se maintenir au pouvoir par intérêts personnels
ou claniques, et, une opposition volatile, déconnecté
du peuple, arc-boutée sur une base pas forcément
pluriethnique ; un électorat à 72% analphabète
[18] et peu perceptible, le chemin vers
des consultations électorales reste, en la circonstance,
peu fiable.
III° LE COUP DE FORCE DU 05 FEVRIER ET SES CONSEQUENCES
POSITIVES SUR LA RELANCE DU PROCESSUS DE 1991
Nous n'affirmerons jamais assez que le coup de force du
05 février 2005 est une chance unique pour recentrer
et poser à nouveau le problème togolais.
Cette braise entretenue depuis 1990, et que finalement le
14 avril 2004, Eyadèma s'engage solennellement à
éteindre, en commençant à dissoudre
l'Assemblée nationale afin d'organiser des élections
législatives anticipées avant le 31/03/2005.
L'opposition avait, alors, dénoncé ce calendrier
ainsi que les préparatifs électoraux peu rassurants.
Une élection libre et transparente ne semblait pas
possible [19].
Le 05 février 2005 Eyadèma décède.
Quid alors de son engagement contracté auprès
de son peuple et de l'Union Européenne?
Est-il suspendu ou au pire des cas, est-il frappé
de caducité ?
Dans tous les cas, le décès de Eyadèma
empêche le scénario de la dissolution de l'Assemblée
nationale, et donc l'application des 22 engagements pour
plusieurs raisons.
Un Etat sans président ne peut se permettre de dissoudre
sa représentation nationale. Pas plus qu'il ne peut
élire un Président quand celui " élu
" est contesté. Il va falloir auparavant établir
et résoudre les problèmes posés par
les élections contestées : Le b.a.-ba du sérieux
des institutions. Dans le cas togolais, le président
par intérim, président de l'Assemblée
nationale, ne peut dissoudre celle-ci.
Voilà que, après le décès du
président, des militaires organisent un coup d'Etat
avant de se retirer et de proposer des élections
à condition qu'ils en soient les organisateurs !
Cet acte posé en violation de la Constitution, qui
de facto est suspendue, rend définitivement impossible
toute consultation populaire avant un seul préalable
politique acceptable, lorsqu'on dépasse les considérations
juridiques et constitutionnelles.
Or, ce préalable n'est pas proposé ou réclamé
: une assise entre les putschistes, l'opposition et des
médiateurs internationaux afin de canaliser la bonne
foi de chaque partie.
Ensuite, les protagonistes pourront discuter des mesures
d'accompagnement ; de la période allant du décès
du président jusqu'aux élections.
1) Les questions du découpage électoral
et du code électoral
Le découpage électoral et le code électoral
font parties du contentieux électoral soumis à
l'appréciation de l'Union européenne.
Actuellement, il existe 2 codes au Togo. L'un élaboré
par le CPS [20], et qui a été
modifié par le RPT en mars 2002, puis en février
2003.
Un second code est en préparation dans le cadre des
22 engagements pris devant l'Union Européenne en
2004.
Parallèllement, la modification de la constitution
du 27/09/1992, le 31/12/2002, par l'Assemblée nationale
déténue majoritairement par le RPT, avait
pour objectif de supprimer la disposition qui limitait le
mandat suprême à deux consécutifs, reste
aussi un autre sujet de discorde.
Politiquement, on ne peut discuter du code électoral
sans aborder la question de la modification de la Contitution
en 2002. Les 2 questions sont liées.
Il est autant hasardeux de confier la question du découpage
au ministère de l'intérieur, et l'adoption
d'un code électoral à une assemblée
composée presque exclusivement par des députés
du RPT en sachant que, si le projet ne correspond pas a
leur desiderata il ne sera pas adopté.
Comment critiquer le fondement même des institutions
en leur réclamant des consultations populaires transparentes?
Comment contester la nature même d'un régime,
et lui confier l'organisation d'un scrutin devant entraîner
sa fin ?
Des personnes habituées à servir et à
ne rendre compte qu'à un maître, seraient toujours
réticentes au contrôle et à la critique
d'une tierce personne en qui, elles ne reconnaisent pas
un maître.
Comment dans un pays où les institutions sont aux
mains d'un parti et d'un homme, ces institutions peuvent-elles
rendre des comptes à d'autres personnes en l'occurrence
l'opposition ?
La condition de bonne fin du contentieux électoral
togolais peut être déclinée de la façon
suivante: un audit des fichiers, ou à défaut,
un nouvel enrégistrement électoral et des
garanties minimales de sécurité. Le Togo étant
dans une période exceptionnelle qui rend caduque
les 22 engagements de Eyadèma, et, qui suspend la
Constitution.
2) La mise en uvre d'élections démocratiques
" Vouloir se présenter aux élections
dans un système pris en otage par l'ex-parti unique,
qui contrôle toutes les instances des décisions,
pour légaliser une prise de pouvoir non conforme
à la volonté populaire, est un suicide : si
l'histoire ne se répète pas, il est des histoires
connues d'avance
" [21]. Cette
évidence rappelée, l'opposition quant à
elle, semble s'en rendre compte avec un grand retard et
va donc au scrutin à reculons.
Pour se rassurer, elle en appelle à la communauté
internationale pour l'envoi d'observateurs et pour la correction
des listes.
Faure Gnassingbé sait qu'en 60 jours, l'organisation
matérielle des élections, même internationale,
ne pourrait venir à bout du système de fraude
mis en place des années durant par le RPT.
Nul ne comprendra sans doute jamais, la raison de cette
précipitation aux élections, au motif de respecter
une constitution au demeurant suspendue de facto.
Au risque de surprendre, au décès de Eyadèma,
l'opposition avait toutes les cartes en main mais, elle
n'a pas su les jouer.
Une revendication claire concernant les putschistes avant
toute discussion, aurait permis de faire pression, à
défaut des armes, avec les masses populaires organisées.
La Constitution suspendue par un coup d'Etat, nul n'est
tenu de la respecter, et il convient de la restaurer d'abord
avant de la respecter [22].
Nous sommes confortés dans notre analyse, puisqu'à
ce jour, nul ne l'a encore jamais respectée. Ainsi,
aux exemples passés s'ajoutent de nouveaux.
Ainsi, la date proposée pour les élections
n'est pas celle de la Constitution à laquelle on
prétend être revenue. Les élections
devraient se tenir dans les 60 jours consécutifs
au constat de la vacance du poste de président. Cette
vacance ayant été constatée le 06 février
2005, les 60 jours expiraient le 06 avril et non le 24 avril.
Détail insignifiant mais d'importance pour identifier
la tactique des stratèges du RPT.
On prétend revenir à la Constitution mais,
Natchaba le président de l'Assemblée a été
éjecté, et pour narguer l'opposition, on l'amène
présenter des excuses au Clan. Que tirer alors comme
conclusion ?
Les seules élections transparentes possibles doivent
avoir lieu :
- Avec la soumission des putschistes aux règles
minimales de la paix sociale ;
- La garantie de sécurité par les Forces Aemées
Togolaises aux candidats et aux électeurs ;
- La garantie d'un scrutin libre aux électeurs.
IV°. LES ECUEILS A UNE VICTOIRE DE L'OPPOSITION
" Il ne faut pas confondre tactique et stratégie
.
Il s'agit d'un moment historique pour en découdre
et mettre fin à la dictature " [23]
nous a confié un des fervents soutiens au choix des
élections.
Profiter de la situation d'une victoire usurpée pour
déclencher une contestation populaire jusqu'à
la démission des usurpateurs, tel au Madagascar hier
et en Ukraine il y a peu, au Kirghizsan
A défaut,
le pays peut aussi basculer.
La question importante est donc de savoir quelles sont les
conditions minimales exigées pour aller aux élections
? Est-ce les 22 conditions de la coalition des 6 partis
?
A défaut de cerner les contours encore flous de la
stratégie de l'opposition, il est intéressant
de passer en revue les handicaps d'ordre technique et psychologique
qui pénalisent l'opposition.
1) Les écueils techniques
- La confusion entre trésor de guerre du RPT,
les bourses de l'Etat et celles de Gnassingbé père.
Les moyens financiers déployés régulièrement
par les Gnassingbé, sont-ils ceux de l'Etat, du RPT
ou de la famille ? Le site officiel togolais, dans un article
intitulé " pas de confusion de genres "
publié le 18/03/2005 [24], précise
que le fils Gnassingbé ne vit pas aux frais du contribuable,
qu'il utilise un avion de location pour ses déplacements
à une société privée, et que
la résidence de Lomé II appartient aux Gnassingbé.
On constatera que, cette mise au point n'est pas apportée
par la famille mais le site officiel, encore qu'on ait omis
préciser que Mr Faure dispose de la garde rapprochée
du père, composée de militaires de l'armée
togolaise, donc rémunérés par l'Etat.
Privilège que les autres " candidats "
n'ont pas. A voir les dépenses effectuées
par l'Etat pour les obsèques nationales de Gnassingbé,
à Lomé et aussi à Pya ( ?), on ne pourra
que légitimement s'interroger. Qui a payé
la facture des obsèques ?
- Les électeurs volatils. Ce sont les électeurs
qui sont acheminés des pays étrangers pour
voter. Ils proviennent du Bénin (25%) et du Burkina
Faso (50%). Une carte d'électeur leur est remise
pour voter dans des bureaux qui leurs sont désignés
à l'avance [25]
- Les électeurs multiples ou flottants. Ce
sont les électeurs qui votent plusieurs fois. Ils
sont en possession de cartes d'électeurs qu'ils utilisent
dans le même ou plusieurs bureaux de vote.
Ce sont des cartes de vrais électeurs (les destinataires
supposés de l'opposition en sont privés) et
/ou de faux électeurs.
- Les électeurs absents. Des cartes sont émises
au nom des togolais de la diaspora qui pourtant ne résident
plus au Togo. Ces cartes sont laissées à l'utilisation
de tous.
- Les électeurs morts. Des cartes d'électeurs
sont émises au nom de personnes décédées.
Il faut aussi souligner que cette catégorie d'électeurs
tend à diminuer.
- Les bulletins de vote. L'impression de bulletins
parallèles aux bulletins officiels. Ces bulletins
servent à bourrer les urnes. L'insulte consiste à
jeter sur les décharges publiques des bulletins n'ayant
pas servi.
- Les urnes parallèles [26].
Il s'agit d'une des spécialités des fraudeurs
patentés. Des urnes sont fabriquées parallèlement
à celles du ministère. Ces urnes sont bourrées
pour remplacer les vraies urnes durant le processus de vote
ou à la clôture du vote.
- Les limites d'une mission d'observation électorale.
La bonne mission d'observation doit couvrir tous les bureaux
de vote. Au Kosovo, une telle prouesse a été
possible.
Les observateurs ne sont pas des spécialistes de
l'organisation des opérations de vote. Une mission
a toujours tendance à se servir des paramètres
dont elle a la maîtrise, c'est-à-dire ceux
de son pays. Certes, il existe une norme minimale reconnue
par l'ONU.
La bonne mission consiste à placer les observateurs
dans la circonscription l'électorale avant le vote.
La mission est présente avant, pendant et après
les opérations de vote.
Comment bien organiser des élections fiables dans
des pays où les gens votent sans pièces d'identité,
puisque tous les citoyens n'en ont pas ?
Comment organiser des scrutins fiables lorsque les régistres
d'état civil ne sont pas fiables ? Les fonctionnaires
n'étant pas régulièrement rémunérés,
des actes de naissance authentiques sont délivrés
contre rémunération. Il est courant de voir
un togolais avec plusieurs identités à des
noms ou dates de naissance différents. On retrouve
toutes ces personnes sur les listes.
- La sécurité des électeurs qui
sont terrorisés avant et durant le vote. Les
isoloirs sont " visités " pour vérifier
si on a voté pour le " bon candidat ".
A défaut, l'électeur est battu de préférence
en public pour dissuader les autres candidats au "
zèle électoral ".
- La sécurité du personnel des bureaux
de vote. Les membres indésirables de l'opposition
sont laissés à eux-mêmes ou renvoyés
chez eux- pour des raisons de sécurité !.
- La sécurité des candidats : Le macquis
devient le lieu le plus sûr.
- Le dépouillement des buletins, et la proclamation
des résultats ont lieu à l'écart
des yeux profanes.
2) Les écueils stratégiques
- La mésentente entre les partis de l'opposition
eux-mêmes " Edem Kodjo, ancien Premier ministre,
avait le premier appelé à une candidature
unique, avait affirmé à l'AFP avant même
la désignation de M. Akitani Bob que le choix d'un
candidat " n'a pas été fait au nom de
la famille politique de l'opposition, mais au nom d'une
fraction de l'opposition et même en définitive
d'un seul parti. " De tels propos prêtent forcément
à conséquence.
- La frustration des militants. Une fraction non
négligeable des togolais s'attendait à voir,
" Olympio out ", le professeur Gnininvi avec le
soutien de Péré affronter le " Clan ".
Une élection au finish était prévue
[27].
- La personne du candidat, ou le leadership du candidat
choisi. Dans les démocraties naissantes, les votes
portent plus " une personne " qu'un programme
politique au pouvoir. C'est pourquoi ces peuples sont plus
regardant quand il s'agit de la " poigne " du
candidat. Le négliger peut constituer une grave erreur.
- Le charisme du candidat sur la psychologie de la masse
Une élection ne se gagne pas seulement parce qu'il
y a une volonté d'en découdre ou d'en finir
avec un ordre ancien, rétrograde et dictatorial.
Une élection se remporte aussi grace à la
personnalité du candidat, à son charisme et
à sa vision politique. Nous l'avions dit tantôt.
Pour une élection, il faut un leader. Et pour emprunter
l'exemple d'une démocratie confirmée, les
USA, lorsque Kerry perd les élections, c'est qu'il
n'est pas un bon leader et on doit le changer.
On objectera que le Togo n'est pas les USA. Alors pourquoi
vouloir aller aux élections avec les conditions et
les moyens des pays à démocratie confirmé?
Les élections, au demeurant précipitées
sont-elles la panacée au déficit démocratique
togolais ?
Tout laisse croire que nous allons sur ce pas, au mieux,
à une situation de cohabitation qui ne changera rien
; au pire à une compromission dangereuse avec ceux
qui sont à la recherche d'une légalité
et d'une légitimité qui leur manquent tant.
Un Mémorandum de la CDPA-Bt analyse, à suffisance,
le schéma de juin 2003, et qui risque de se reproduir
le 24 avril prochain [28]
Ainsi, face au maintien de Faure et la manifestation de
l'Armée dans la vie politique togolaise, l'opposition
aurait dû réclamer leur destitution avant toute
discussion, toute élection et toute médiation.
Curieursement, l'opposition va reprendre la position de
la CEDEAO et de l'Union Africaine qu'elle qualifie de médiateur.
Le 26 février 2005, le professeur Gnininvi déclare
qu'il espère que " la partie en face joue le
jeu de la bonne foi
La CEDEAO a fait sa médiation
et nous en sommes venus aux décisions, aux suggestions
de la CEDEAO
" [29].
Un médiateur par définition essaie de concilier
deux extrêmes.
Pour le RPT et l'Armée, l'extrême a été
le coup d'Etat. Quid de l'opposition ? Le retour à
l'ordre constitutionnel était au fait une revendication
des médiateurs.
L'opposition n'a pas saisi l'opportunité de réclamer
la mise aux arrêts avant toute discussion avec le
RPT pour l'organisation du scrutin. Il ne s'agirait là
que d'une position principielle. Aux médiateurs alors
de régler le différend. Ce premier acte est
une démonstration de l'impuissance de l'opposition.
Ensuite cette opposition proposera, pêle-mêle,
une amnistie, des accords et des élections [30].
Faure saisira l'aubaine pour imposer unilatéralement
comme date du scrutin, le 24 avril ; c'est-à dire
les 60 jours à dater de sa démission, et non
du constat de la vacance de la présidence, le 06
février, comme la Constitution le dispose. Encore
une entorse passée inaperçue
L'opposition se prépare aux élections. Elle
envoie des représentants à la CENI mais, ceux-ci
refusent de prêter serment au motif fallacieux que
la Cour constitutionnelle s'est fourvoyée. Or en
acceptant d'aller aux élections avec les putschistes,
dont cette Cour, la constestation de la légitimité
est battue en brêche.
Finalement, les représentants finiront par prêter
serment devant la Cour. 2ème épreuve à
l'avantage de Faure toujours.
Demain, le scrutin du 24 avril pourra être reporté
en toute quiétude. Ce sera alors une 3ème
épreuve de force remportée par le Clan qui
jette la retention des cartes d'électeurs aux yeux
de l'opposition, à une fin dont seul, il a secret.
Le Conseiller spécial de Faure Gnassingbé,
Mr Barqué, n'a t-il pas un jour déclaré,
aux représentants du COD II [31],
à propos des Accords de Ouaga en 1993, " vous
fonctionnez sur la base de l'enthousiasme populaire. Il
suffit qu'on vous jette un leurre, et vous vous épanchez
en déclarations et manifestations. Pendant ce temps,
nous élaborons des stratégies et nous nous
occupons de l'essentiel ".
Entre les urnes et le chaos des 100 ans en arrière
promis maintes fois par le général défunt,
la marge de manuvre reste ténue.
S'agira t-il d'une ultime bataille, ou celle-ci ne fait
que commencer ?
Bruxelles, le 05 avril 2005
Gomez Alex, journaliste-communicologue
Houmey Raymondo Noviti, juriste-journaliste
Missodey Josélito, juriste