INTERVIEW
EXCLUSIVE
Affaire escroquerie au TPI du Rwanda
Me Jean Degli parle : "
Cette affaire est
une kabbale montée de toute pièce contre ma
personne et dont j'entends tirer toutes les arcanes au clair"
(Forum de la Semaine N°25 du 04 Novembre 2004)
La nouvelle d'une escroquerie au préjudice du
TPIR n'est plus un secret pour les Togolais. Cette affaire
dans laquelle le nom de Me Jean Dégli fut cité
a été abondamment commentée sur les
médias publics togolais après que RFI ait
jetée le pavé dans la marre. Mais seulement
voilà : malgré les commentaires intéressés
des uns et des autres, rien ne transparaît des tenants
et des aboutissants de cette rocambolesque affaire. "
Forum de la Semaine " a pris attache avec Me Jean Dégli
qui nous éclaire sur cet imbroglio que ses détracteurs
ont saisi pour salir son nom.
Me Jean Dégli, vous etes actuellement au centre
d'une controverse dont l'actrice principale est Madame Sylvia
Olympio. Pour mieux situer nos lecteurs, pouvez-vous nous
dire comment avez-vous connu Madame Sylvia OLYMPIO ?
Madame Sylvia OLYMPIO m'a été présentée
le 18 Octobre 1996 (je maudis d'ailleurs ce jour) par son
père Maître OLYMPIO au domicile de sa grande
sur Sika, rue de Paris aux Lilas en France. Maître
OLYMPIO que je considérais alors comme mon père
était de passage à Paris et j'étais
parti l'amener à déjeuner. De la présentation
qui avait été faite, j'avais compris que sa
fille était au barreau de Paris.
Quelques jours après, j'ai vu celle-ci au Tribunal
de Commerce à paris et au tribunal de Grande instance
de Paris pour me conformer cela.
N'êtes-vous pas quand même responsable de
n'avoir pas su qu'elle n'est pas avocate ?
Cette personne, je l'ai souvent vu à des audiences.
Elle avait accepté de m'aider de façon spontanée,
je connais son père qui me l'a présenté
comme étant au Barreau de Paris. Quelques jours après
sa présentation qu'elle est venue me voir me disant
qu'elle souhaitait changer de cabinet et avoir une collaboration
dans un autre cabinet. Les renvois et autres de mon cabinet
lui ont été laissés.
Mme OLYMPIO disposait même d'une carte professionnelle
du Barreau de Paris qu'elle utilisait. En effet, au Tribunal
de Grande Instance de Paris, il y a une porte spécialement
réservée aux juges, avocats et fonctionnaires
du Tribunal. C'est par une porte professionnelle que passent
les avocats en montrant leurs cartes d'avocats. C'est ensemble
avec cette personne que je passais cette porte pour aller
au Tribunal de Paris où je l'ai rencontré
plusieurs fois avec sa robe d'avocats sous les bras. Plusieurs
de mes collaborateurs non avocats ont été
avec elle au Tribunal et ont dû avoir droit à
la même scène puisque eux devaient aller passer
par la porte publique pendant que Mme OLYMPIO utilisait
la porte professionnelle.
Dans la plupart de mes échanges de correspondances
professionnelles avec Mme OLYMPIO que nous nous traitions
en confrères. Je ne vois pas comment il pourrait
en être ainsi si j'avais pu savoir qu'elle n'était
pas avocate.
On dit que c'est vous qui l'avez présentée
au Tribunal ?
Conformément à la procédure, lorsque
vous êtes conseil principal dans un dossier, il vous
appartient de solliciter la nomination de vos collaborateurs
tels les enquêteurs, assistants et le conseil adjoint
(bien sûr avec l'approbation du Client si ce n'est
lui qui donne les noms). C'est donc à vous qu'il
reviendra de suggérer ces noms au greffe et de déposer
leurs documents pour que la demande soit étudiée.
Lorsque Mme OLYMPIO a demandé à m'aider en
tant qu'assistante en 1998 (elle n'avait pas encore 10 ans
d'expérience pour solliciter à être
mon adjoint comme avocat), c'est tout naturellement que
j'ai communiqué les documents qu'elle m'a remis au
greffe du Tribunal et elle a été nommée
assistante. Je n'ai donc fait que respecter la procédure
normale devant le Tribunal. Mais ce n'est pas moi qui l'ai
faite inscrire sur la liste des avocats.
Existe-t-il une liste des avocats ?
Oui le Tribunal tient une liste des conseils de défense
sur laquelle les avocats sont inscrits et qui sert pour
leur désignation.
Il semble que c'est vous qui l'avez faite inscrire sur
cette liste des avocats ou présentée pour
ce faire ?
C'est là l'un des gros mensonges du greffe. Je n'ai
jamais fait inscrire Mme Olympio sur une liste des avocats
et je ne peux d'ailleurs pas le faire. C'est l'intéressée
elle-même qui, par lettre en date du 18 juillet 2001,
a demandé au greffe de l'inscrire sur ladite liste
en fournissant une attestation du Barreau de Paris datée
du 9 juillet 2001. Un autre courrier en date du 13 septembre
2001 sera envoyé par elle pour relancer le greffe.
Par courrier réponse en date du 18 septembre 2001,
le greffe informe Mme OLYMPIO de son inscription sur la
liste des avocats.
(Pièce : Lettre de SO au greffe en date du 18 juillet
greffe
Attestation du Barreau de Paris du 9 juillet 2001
Courrier du Greffe en date du 18 septembre 2001 portant
inscription de OLYMPIO)
Quelle est la procédure ? Le greffe ne vérifie-t-il
pas les choses ?
Le greffe a l'obligation de vérifier dès qu'il
reçoit le dossier d'un avocat, de vérifier
que celui-ci est bel et bien un avocat au barreau auquel
il dit appartenir. En effet l'article 14 de la Directive
relative à la Désignation des avocats dit
expressément ceci : " pour permettre au Greffier
de vérifier si une personne remplit les conditions
préalables prévues à l'Article 13 i),
il est fournit une attestation de qualification professionnelle
émise soit par l'autorité professionnelle
ou par l'organe de tutelle dont relève ledit conseil,
et tout autre document nécessaire par le Greffier
"
Par ailleurs, dès qu'un avocat est désigné
pour la défense d'un accusé, à titre
principal ou comme conseil adjoint, son barreau est immédiatement
informé.
Dans le cas de Madame Olympio, il est étonnant que
rien de cela n'a été fait en ce sens.
Quelle est la procédure de désignation
d'un conseil dans un
dossier ?
Pour la désignation du Conseil principal (ce qui
a été mon cas) le client propose 3 noms en
spécifiant ses préférences et le greffe
désigne avec ses propres critères. Pour la
nomination du Conseil adjoint, le conseil principal et le
client proposent également trois noms. Le greffe
choisit parmi ces trois noms et informe le barreau de l'avocat
désigné.
Quelle a été la situation dans le cadre
de Mme Sylvia Olympio ?
J'ai fait exactement ce qu'il faut. Quand il s'est agi de
faire désigner un conseil adjoint pour le Général
Kabiligi que je défends, le client a donné
le nom de madame Olympio qui avait déjà fait
inscrire son nom sur la liste des avocats et dit être
prête pour sa nomination. J'ai moi-même donné
deux noms de confrères dont Maître Alexis Coffi
AQUEREBURU et Me Koffi D. DJOSSOU. Bien évidemment,
le client avait exprimé sa préférence
pour Mme OLYMPIO sur la base du temps que celle-ci avait
déjà passé comme assistante dans le
dossier depuis janvier 1998 et sur la ase du fait qu'elle
maîtrisait déjà la procédure
devant le TPIR. Cette position rencontrait mon approbation
et j'ai pris soin d'indiquer à toutes fins utiles
cette préférence au greffe.
Le travail de Mme OLYMPIO comme assistante vous avait-il
satisfait ?
Dans une large mesure oui puisque les tâches de l'assistance
sont de m'aider. Mais c'est surtout le client qui doit l'être
et il l'a été entièrement, raison pour
laquelle il a sollicité la désignation de
Mme OLYMPIO comme son deuxième avocat lorsque le
moment est venu d'avoir un adjoint au conseil principal.
Et Madame OLYMPIO a été désignée
?
Oui
Le Barreau de Paris a donc été informé
de cette désignation ?
Hélas non. Mme OLYMPIO a été désignée
le 15 février mais le greffe n'a pas informé
le Barreau de Paris de cette nomination et je ne comprends
pas pourquoi. Or, il est évident que si le Barreau
de Paris avait été informé conformément
à la procédure, on aurait immédiatement
eu une réaction et su qu'elle n'est pas avocate audit
barreau.
Comment avez vous su que le Barreau de Paris n'a pas
été
informé ?
Lorsque cette affaire avait commencé, le greffier
m'avait demandé en personne de lui traiter l'affaire
de façon confidentielle pour ne pas l'éclabousser
et pour que Sylvia OLYMPIO, son amie intime ne se retrouve
pas en prison. Mon intention n'était ni de salir
des gens ni de les envoyer en prison mais uniquement de
mettre fin à une situation illégale, j'ai
traité le dossier directement avec le Greffier selon
sa demande. Mais en allant en juin 2003 à Arusha,
j'ai compris qu'après m'avoir demandé de garder
ce dossier confidentiel, Monsieur DIENG et ses collaborateurs
(dont M. Roland AMOUSSOUGA en particulier) essayaient de
faire circuler des rumeurs sur ma personne en m'imputant
la responsabilité de cette affaire. J'ai donc voulu
tirer les choses au clair et ai demandé au greffe
de me fournir les preuves de l'information qui avait été
portée à la connaissance du Barreau de Paris
lorsque Mme OLYMPIO a été désignée
conseil adjoint dans le dossier de mon Client.
(Pièce : lettre envoyée au greffe)
Le greffe vous a-t-il donné ces documents ?
Le greffe n'a pas pu me fournir ces documents mais la réaction
fut le blocage de mes honoraires au motif fallacieux que
je devais fournir des minutes détaillées des
travaux que j'ai effectués. Or, c'est en fait les
minutes détaillées que nous fournissons au
greffe du Tribunal et qui servent de factures que nous déposons
au TPIR. Il s'agit du détail du travail effectué
avec les horaires. Ce qui fut extraordinaire à cette
occasion est que les factures qui étaient ainsi bloquées
étaient des factures de Février et Mars 2003
qui avaient été autorisées depuis le
mois d'avril et étaient à la section des finances
pour être payées. Les payeurs m'avaient même
contacté et demander des coordonnées pour
effectuer le virement. Pour me punir de ce que j'ai osé
demander la preuve de l'information donnée au Barreau
de Paris et donc de vouloir me défendre, ces factures
ont été ramenées à la case départ.
(Pièce : Lettre de PREIRA et Preuve de traitement
de mon dossier)
Mais vous a-t-on finalement donné quelque chose
comme preuve ?
Le greffe ne m'a jamais donné cette preuve.
Que s'est-il passé dès lors ?
C'est à partir de cet instant que le greffe a saisi
les auditeurs internes (deux namibiennes nouvellement recrutées
par les Nations Unies)
Revenons à l'histoire elle-même. Comment
cette affaire de faux de Mme OLYMPIO a-t-elle été
sue ?
En réalité, j'avais confié deux dossiers
à Mme OLYMPIO à traiter en mon absence à
Paris. Un dossier de divorce et un dossier de réfugié.
Ces dossiers furent mal traités et les clients menaçaient
de traîner mon étude en justice pour obtenir
réparation. Dans cette situation, comme c'est Mme
OLYMPIO qui avait fait le travail à ma place, j'étais
parti à l'ordre pour vérifier voir quelle
est l'état de nos couvertures d'assurance responsabilité.
C'est en fouillant les dossiers des avocats au niveau de
l'ordre de Paris que je me suis rendu compte que le nom
de Mme OLYMPIO n'y figurait pas. J'ai donc été
au service de la Direction de l'exercice professionnel du
Barreau de Paris pour essayer de savoir ce qu'il en était
exactement. Toutes les recherches ont été
faites sans trouver le nom. Le service où j'ai été
m'a alors dit que peut-être elle serait à un
des barreaux la région parisienne. De retour à
mon étude, j'ai immédiatement écrit
à Mme OLYMPIO pour qu'elle me communique toutes ses
données professionnelles.
(Pièce : la lettre LRAR que j'ai envoyée à
Sylvia le 22 avril)
Comment l'intéressée a-t-elle réagi
?
En recevant ce courrier recommandé avec accusé
de réception, Mme OLYMPIO ira voir un confrère
qui est son ancien collègue d'université à
Lomé(dont je préfère taire le nom pour
le moment), qui travaillait dans les mêmes locaux
que nous et à qui elle avait également fait
croire qu'elle est avocate. Elle demande alors à
celui-ci d'intercéder auprès de moi pour ne
pas la faire emprisonner. C'était le 26 avril 2003.
C'est donc le confrère qui m'a appelé chez
moi pour aller au cabinet où j'ai été
le rencontrer avec Mme OLYMPIO et où celle-ci a délivré
une attestation sur les faits.
(Pièce : Attestation de SO, et attestation de Michel)
En avez-vous informé le Tribunal ?
Dès que j'ai été informé des
faits, ma première réaction est de mettre
immédiatement fin à cette situation pour ne
pas engager ma responsabilité professionnelle. Bien
évidemment, Mme OLYMPIO préférait que
cela soit traité incognito. Mais je ne voulais pas
des problèmes et je ne peux couvrir des tels actes
en tant qu'avocat. La seule chose que je lui ai concédée
est de saisir elle-même Monsieur DIENG qui est son
amant et que celui-ci détermine ce qu'il va faire
de cette affaire avant l'arrivée de mon courrier
officiel.
Que s'est-il alors passé ?
J'ai rédigé un courrier à l'attention
du Greffier que je lui ai envoyé dès le lundi
28 avril. Mais avant cette démarche, Mme OLYMPIO
est allée elle-même téléphoner
à Monsieur DIENG et lui a envoyé deux courriers
qu'elle avait préparés et datés du
27 avril à son attention. Un manuscrit pour l'informer
qu'elle va lui téléphoner pour lui demander
de traiter son dossier confidentiellement et lui dire qu'elle
va l'appeler et un autre pour rapporter les faits. Suite
à cela elle est venue m'informer qu'elle avait contacté
Mr DIENG qui souhaitait que je lui envoie mes courriers
par voie confidentielle et sur son fax direct. Elle me remit
donc ce numéro direct et j'ai donc marqué
mon courrier confidentiel et l'ai envoyé à
Mr DIENG. Par conséquent, lorsque l'on dit aujourd'hui
que Mme OLYMPIO s'est dénoncée spontanément,
c'est complètement faux. Je ne sais d'ailleurs pas
comment c'est possible qu'elle puisse se dénoncer
spontanément si elle n'avait pas été
mise à nue dans sa fraude. Il s'agit là d'un
élément mis dans ce document pour faire passer
l'intéressée comme un ange conformément
au deal qui a finalement été passé
entre elle et M. DIENG par l'entremise de M. Roland Kouassi
Gero AMOUSSOUGA pour qu'ils se couvrent mutuellement. Je
parle sur base de preuves.
(Pièce : Courrier manuscrit de SO au greffier
Courrier officiel de SO au greffier
Mon courrier au Greffier du 28 avril 2003)
Le greffier vous a-t-il répondu ?
Suite à l'information, le greffier DIENG avait lui-même
paniqué et essayé de me contacter en vain
car mon téléphone était fermé.
Il m'a alors laissé un message sur mon répondeur
téléphonique et m'a envoyé un email
pour me demander de l'appeler d'urgence. Je l'ai donc appelé
dès que j'ai eu le message et il m'avait demandé
de traiter cette affaire de façon très confidentielle
pour lui pour ne pas l'éclabousser. J'ai accepté
car mon éducation chrétienne ne me permet
pas de chercher à faire du mal aux gens.
(Pièce : Email du Greffier)
Pensez vous avoir bien fait en acceptant cela ?
Je crois aujourd'hui que non. En effet, ce qui est extraordinaire
est que pendant le même moment que l'on me demandait
de tout faire pour protéger la dignité des
gens, M. DIENG et ses collaborateurs dont M. Roland AMOUSSOUGA
en principal, qui étaient en communication constante
avec Mme Olympio demandaient à celle-ci de m'incriminer.
D'abord dans le but de se couvrir par rapport à cette
affaire puisque tout le monde connaissait la relation intime
le greffier et l'intéressée, et ensuite pour
me régler des comptes puisque je suis le dénonciateur
permanent et infatigable de tous les dérapages d'un
tribunal qui s'inscrit dans la parodie de justice. J'apprendrai
plus tard que M. DIENG avait même réuni certains
des juges du Tribunal dans les moments qui ont suivi pour
leur faire croire que je n'aurais pas pu ne pas savoir cette
situation.
Si on comprend bien M. DIENG qui a pris la décision
contre vous est lui-même une partie intéressée
dans cette affaire et dont la responsabilité est
en jeu ?
C'est exactement cela. M. DIENG est à la fois juge
et partie et a une très grande responsabilité
dans ce dossier.
Y-a-t-il eu autre chose ?
Lorsque M. DIENG et ses collaborateurs, surtout M. AMOUSSOUGA
ont exploré directement le terrain avec Mme OLYMPIO
et constaté que cette procédure était
coincée du fait que Mme avait fourni des attestations,
M. AMOUSSOUGA a dès lors essayé de convaincre
le seul témoin dans cette affaire de m'incriminer
en m'inventant une histoire sur le dos et en refusant de
témoigner pour moi si je le lui demandais.
Avez-vous informé le père de Mme OLYMPIO
qui est votre confrère de tout ceci ?
Je l'ai fait car le respect que j'avais pour son père
m'obligeait à l'en informer. J'ai donc envoyé
à Me OLYMPIO père un courrier DHL dans lequel
je me suis étonné de ce qu'il ne m'ait jamais
mis en garde sur cette situation alors qu'il savait que
sa fille travaillait avec moi. Après avoir rappelé
les conditions dans lesquelles la fille a été
faire ses aveux j'ai dit ceci : " Je suis tombé
des nues car je n'ai pas pu imaginer une telle situation.
J'étais d'autant plus confiant que vous connaissez
ma relation professionnelle avec Sylvia, vous savez qu'elle
intervient à Arusha devant le Tribunal International
en tant qu'avocat et vous ne m'avez jamais informé
de cette situation, à moins que vous-même n'en
soyez pas informé. Ce qui voudrait dire que pour
vous aussi, votre fille est avocate au barreau de Paris.
J'étais d'autant plus choqué que ne connaissant
pas cette situation, lorsque des informations m'ont été
demandées sur le plan professionnel, je les avais
fournies naïvement et sans réserve en affirmant
travailler avec un consoeur qui n'en était en réalité
pas une "
Quelle a été la réaction du père
de Sylvia ?
J'ai été surpris par la réaction d'une
personne à qui je vouais beaucoup de respect. En
effet, à la suite d'un certain nombre de jours sans
réponse à mon courrier, j'ai été
obligé de lui envoyer un fax pour savoir s'il avait
reçu cette lettre. J'ai encore tous ces documents
en ma possession.
Qu'a-t-il répondu ?
Il m'a appelé suite à ce fax et m'a demandé
de le rappeler. Je l'ai alors appelé immédiatement
et il m'a proprement menacé en me demandant si je
savais qu'il a été ancien procureur et m'a
dit que sa fille a été bête de reconnaître
qu'elle a commis ce forfait. Il m'a ensuite dit que si jamais
je portais plainte contre sa fille, moi aussi je serais
poursuivi parce que les documents d'hébergement que
celle-ci avait délivrés à ma mère
pour l'inviter en en 1998 France et qui ont permis de recevoir
le visa pour celle-ci contenaient également des faux.
Suite à cela, j'ai envoyé un fax de protestation
à mon confrère.
Que s'est-il passé après l'épisode
de blocage de vos honoraires ?
Après cela, viendra l'épisode d'un autre conseil
adjoint qui m'a été nommé et qui est
un anglais du nom de Martin-Sperry. Après une semaine
dans le dossier, celui-ci est allé s'arranger avec
le procureur et les juges pour demander amener le Client
à plaider coupable. Quand le Client a refusé
en disant qu'il n'avait rien fait pour plaider coupable
et que cela faisait la quatrième fois que le Procureur
lui demandait cette procédure contre son gré,
j'ai été accusé d'être à
l'origine du refus du Client. Alors que le client sollicitait
le retrait de cette personne de son dossier, le greffe m'accusait
de n'avoir pas pu traiter cette affaire à l'amiable
avec le confrère anglais. Il lui a alors été
promis qu'on allait m'enlever et le mettre à ma place.
Décidément, vous êtes persécuté
devant ce tribunal ?
Ce n'est pas fini. Pendant que cette affaire allait, Monsieur
Amoussouga avait fait croire au greffe que je portais le
titre d'avocat au barreau de Lomé alors que étant
réfugié, j'avais perdu cette qualité.
Le greffe avait donc décidé de me renvoyer
du tribunal sur la base de cet élément. Un
courrier fut adressé au Bâtonnier du Togo pour
lui demander de confirmer l'information. Celui-ci dira le
contraire de ce que l'on attendait puisque j'étais
toujours avocat au Barreau du Togo. Devant l'acharnement
et oubliant qu'ils ont déjà demandé
cette information, le greffe va redemander une nouvelle
fois ladite information au Barreau de Lomé, ce qui
va déclencher la colère du Bâtonnier.
Dans l'impossibilité de joindre Arusha, c'est malheureusement
par le biais de mon étude que cette information parviendra
à Arusha. Dieu sait seul faire les choses.
Pourquoi vous reproche-t-on ces choses aujourd'hui avec
autant de médiatisation ?
En fait, en mars avril dernier, M. Adama DIENG dont la gestion
du TPIR a été mise en cause avec des disfonctionnements
graves a fait l'objet d'un audit des enquêteurs venus
de New York dont leur grand patron un certain NEER DILEEP.
Cette équipe aurait relevé cette affaire et
en aurait imputé la responsabilité au greffe
et à M. DIENG. A partir de cet instant, l'intéressé
et ses collaborateurs ont décidé de se couvrir
en fabriquant des preuves contre moi. Cela permettait aussi
à M. Amoussouga de faire d'une pierre deux coups.
Assurer la stabilité de son boulot en aidant son
patron et rendre un service à Lomé II où
dont il est l'homme lige, puisqu'il est l'ami personne de
M. Natchaba et fréquente le Général
Eyadèma qu'il avait voulu aider en 1999-2000 à
sortir de l'ornière en lui permettant signer un accord
avec l'ONU en vue de l'exécution des peines par les
accusés du TPIR après condamnation. Malheureusement,
je l'avais pris à partie sur cet acte et Koffi Anan
informé avait mis fin à cette procédure
car il n'est pas question pour l'ONU d'aller négocier
ou signer un accord avec un dictateur.
On parle d'un rapport des auditeurs dans la décision
du Greffier, est-ce celle-là ?
Non il ne s'agit pas de la même chose. Le greffe parle
du rapport de ses auditeurs internes qu'il a essayé
d'utiliser contre moi pour fomenter le coup et qui ont gardé
tout ce que je leur ai donné comme preuve sans rien
en faire et qui ont refusé de donner suite à
toutes mes demandes de confrontations pour pouvoir tirer
les choses au clair.
Il semble d'après la décision du Greffier
M. DIENG que ce rapport n'est sorti qu'en août ?
C'est faux, ce rapport ne date pas d'août 2004. Ce
rapport existe déjà avant le mois de juin.
En effet, en juin dernier, mes honoraires avaient été
bloqués au motif qu'il y aurait un rapport des auditeurs
internes qui aurait recommandé le blocage de mes
honoraires. Le jeu a été exactement comme
quand on avait déjà bloqué mes honoraires
en juin 2003. Le greffe est allé cherché des
factures d'honoraires qui étaient autorisées
et étaient sur le point d'être payées
pour les remettre à son niveau. J'ai alors réagi
et décidé de suspendre ma participation au
procès et les honoraires ont été débloqués.
Quand j'ai demandé alors aux auditeurs internes de
me donner leur rapport, ceux-ci m'ont fait savoir que leur
rapport avait été remis au greffier et qu'il
lui appartenait de me le communiquer. Ce qui n'a jamais
été fait. En disant donc aujourd'hui qu'ils
ont un rapport depuis le mois d'août, cela veut dire
clairement que soit monsieur DIENG et son collaborateur
mentent, soit que le greffier s'est fait délivrer
un nouveau rapport pour le substituer au premier rapport
qui ne lui était pas plus favorable ou ne contenait
pas ce qu'il peut utiliser.
La décision dit que le greffe a conservé
le rapport parce qu'il y a certaines choses qui ne vous
concernent pas et que l'on ne vous donne que le résumé
de ce qui vous concerne ?
Je ne suis malheureusement pas un illettré. Je sais
aussi sortir d'un rapport des choses qui ne sont pas indispensables.
Ce n'est ni à M. AMOUSSOUGA ni à son patron
de me dire ce qui m'intéresse dans un rapport.
Lorsqu'un avocat irlandais Macartan avait été
accusé de choses devant le tribunal il y a quelques
années, il a reçu le rapport d'audit que moi-même
j'ai eu à lire et il a réagi sur la base de
ce rapport. Personne ne lui a résumé le rapport.
Je ne comprends donc pas pourquoi le rapport qui concerne
cette affaire resterait un secret entre M. DIENG et les
auditeurs internes.
Donc vous affirmez que vous n'avez rien reçu
du rapport de ces auditeurs ?
Aussi bizarre que cela puisse paraître, j'ai demandé
ce rapport plus de 10 fois, verbalement et je ne l'ai jamais
reçu. Ni le rapport, ni les éléments
sur la base desquels Mme OLYMPIO m'aurait accusé.
On me parle d'une lettre envoyée par Mme OLYMPIO
aux auditeurs internes que je n'ai jamais eu. Or, ces auditeurs
m'on indiqué n'avoir pu établir aucun contact
avec Sylvia OLYMPIO. Et d'après les mêmes sources,
M. DIENG et ses collaborateurs ont affirmé ne pas
connaître Sylvia OLYMPIO. Alors à qui Mme OLYMPIO
a adressé sa lettre, par quel canal l'a-t-elle fait
que dite elle dans ces documents ? Je ne sais pas. Or, conformément
à l'article 14 du Pacte international Relatif aux
Droits civils et Politiques repris dans l'article 20 du
Statut du Tribunal, toute personne accusé d'un fait
doit être informé dans les meilleurs délais
de la manière la plus détaillée possible.
La conséquence est que si un document vous accuse,
vous devez en avoir connaissance dans les détails
pour vous défendre sur la base des reproches que
l'on vous fait. Monsieur AMOUSSOUGA et son patron se contentent
de me dire qu'on m'accuse dans le rapport de telle ou telle
chose sans que je ne puisse voir ledit rapport. Alors que
j'ai fourni des éléments aux auditeurs et
je ne sais même pas ce qu'ils en ont fait. De plus
M. DIENG est une partie dans cette affaire et il ne lui
appartient pas d'être à la fois juge.
Voulez vous dire que le rapport qui sert de base aux
accusations ne vous est pas connu ?
C'est exactement cela. Et je vais me tourner vers New York
pour solliciter que l'on me communique les rapports originaux
pas ceux falsifiés. Car j'ai appris que dès
qu'ils ont lancé leur accusations M. DIENG est allé
à New York pour essayer de convaincre les autorités
onusiennes de faire disparaître les rapports compromettants
pour lui ou des les changer afin de laisser des accusations
contre Jean DEGLI. C'est malheureusement comme ça
que fonctionnent certaines choses au sein de l'ONU. Dans
tous les cas, j'ai déjà écrit au chef
des auditeurs et j'attends sa réponse.
Mais pensez vous que Mme OLYMPIO vous ait accusé
de choses aussi graves ?
Cela ne m'étonnerait pas. Il faut connaître
les gens et j'ai connu Sylvia OLYMPIO un peu trop tard parce
que je la couvrais de la confiance que j'avais dans le père.
C'est un phénomène de mythomanie. Et à
partir du moment où on l'a sollicitée en lui
disant que c'est contre moi alors que c'est moi qui ai dénoncé
ses actes frauduleux, c'est sans état d'âme
qu'elle se mettrait dans ce jeu. Surtout si on lui propose
un peu d'argent en plus. M. AMOUSSOUGA qui est restée
en communication téléphonique avec Mme OLYMPIO
tout comme sa Mme Sylvie BECKY (copine de Sylvia OLYMPIO
dans le greffe) lui a rendu des visites. Je ne pense que
ce sont des visites de courtoisie. Mais c'est pour préparer
tout ceci.
On vous reproche aujourd'hui d'avoir escroqué
le TPIR ou d'avoir détourné son argent ?
Je souhaiterais à ce titre que le TPIR et moi allions
devant tous les tribunaux du monde pour ce faire car dans
cette affaire, il faudra aller au bout pour tirer tout au
clair.
D'abord qu'il me soit permis de faire cette clarification.
Le TPIR ne fonctionne pas comme un client normal avec les
avocats. En ce qui concerne les factures, quand un avocat
effectue un travail, il retrace dans sa facture ledit travail
avec le nombre total d'heures qu'il a fait ce travail. L'article
17 (A) de la directive pour la Désignation des Avocats
dit que " Lorsqu'un conseil a été commis
d'office, les frais et les dépenses nécessaires
et raisonnables occasionnés par la défense
du suspect ou de l'accusé sont à la charge
du tribunal, sous réserve des dispositions budgétaires,
et des règles et règlements financiers applicables
des Nations Unies, ainsi que des modalités fixées
par le Greffier en consultation avec le Bureau ".
Lorsque l'avocat envoie au greffe ce qu'il a fait, celui-ci
détermine ce qu'il considère comme nécessaire
et raisonnable et fixe lui-même le nombre d'heure
qu'il entend payer pour ses travaux. Je ne sais pas dans
ces conditions comment on peut escroquer le Tribunal ou
détourner ses fonds. Si quelqu'un a pu détourner
les fonds de ce tribunal dans ces conditions, cela signifierait
que cette personne a au sein du Tribunal un complice qui
a empêché que ses factures fassent l'objet
de ces vérifications et décisions du Tribunal
sur ce que l'administration considère comme nécessaire
et raisonnable. Je ne sais pas qui a été ce
complice.
Aviez-vous eu une procuration sur le compte de Mme OLYMPIO
?
Tout à fait, sauf que l'interprétation que
l'on veut en faire aujourd'hui est fallacieuse. Je ne vais
pas rentrer dans tous les détails de vie privée
de Mme Olympio.
Mais pour diverses raisons, j'avais eu une procuration sur
le compte de Mme OLYMPIO. D'abord parce que celle-ci ne
se rendait pas à Arusha souvent. En effet, seul le
conseil principal avait le droit d'aller voir le client
un certain nombre de fois. J'y étais donc au moins
une fois tous les deux ou trois mois et il me revenait de
lui ramener son paiement ou de le remettre à des
gens qui le lui ramenaient (certains de ces gens ont attesté
de cela). Ensuite pour le paiement de nos sous traitants
avec lesquels nous travaillions et qui devaient s'occuper
de diverses tâches à divers endroits. Il y
a même des avocats qui travaillent avec nous et qui
sont par exemple au Rwanda. Ce n'est pas avec l'argent de
ma mère que je les paye. Dès lors que le travail
est fait, il nous appartient de le facturer et de les payer
quand nous sommes payés par le Tribunal. Si la tâche
n'est pas approuvée par le tribunal et donc rémunérée,
alors tant pis pour moi le conseil principal qui devrais
payer ces gens sur mes propres deniers. La sous-traitance
n'est pas une faute à ce que je sache. Et des documents
ont été produits au greffe pour attester de
cela. Ce n'est donc pas de l'argent qui profite à
Jean Yaovi DEGLI comme on essaye de le faire croire à
tort.
Il semble que vous auriez fait payer 380 000 $ à
Mme OLYMPIO sur lesquels celle-ci n'a prélevé
que 80 000 US$ ?
Supposons que ce que le greffe avance soit vrai, ce qui
n'est pas le cas. Sur cette base, faisons juste quelques
petites hypothèses avec ces chiffres qui sont brandis
pour impressionner.
Il est dit dans la décision du greffe que Mme OLYMPIO
n'a touché que 80 000 de la somme qui aurait été
versée sur son compte. Or, le même greffe affirme
que Mme OLYMPIO était rémunérée
par mes soins à raison de 2000 US$ par mois. Donc
les prétendus 80 000 ne correspondent pas à
ce que Mme aurait perçu en définitive. En
effet, celle-ci a travaillé avec moi dans le dossier
de Janvier 1998 à Avril 2003, soit 63 mois entiers.
Elle aurait donc reçu la somme de 2000 US$ X 23,
soit 126 000 Dollars. Si elle a prélevé en
plus directement sur son compte la somme de 80 000 Dollars,
cela fait un montant total 206 000 Dollars. Alors quand
on me dit que j'ai escroqué le TPIR de 300 000 dollars
sur 380 000 versés, il y a quelque chose qui ne marche
pas. De plus, si je donnais 2000 US$ à Mme OLYMPIO
par mois, il y a lieu de se demander où je pouvais
trouver cet argent à lui remettre puisque moi je
n'ai pas une autre activité générant
de l'argent et je ne gère pas une banque où
j'irai chercher 2000 dollars tous les mois.
Vous avait-on signifié ce montant au TPIR ?
La toute première fois que j'ai été
informé de ce chiffre, c'est dans la lettre en date
du 15 octobre reçue le 18. Cette lettre était
écrite par M. Roland AMOUSSOUGA qui affirmait alors
agir au nom du greffier adjoint. Avant cela, j'avais eu
connaissance d'un courrier en date du 26 mai 2003 envoyé
à Mme OLYMPIO avec copie à mon attention où
on lui réclamait 223 165 US$.
Mais sur tous les montants évoqués, il y a
également lieu de noter que ce qui est payés
aux avocats et à leurs collaborateurs contient également
les indemnités journalières qu'on leur verse
pour les frais d'hôtel et de nourriture (ce sont des
perdiem). Quand on est à Arusha on les perçoit
et ils sont de 99 US$ par jour actuellement. Quand on est
en mission dans certaines villes comme GENEVE, cela peut
dépasser 250 dollars par jour. Dans la mesure où
une grande partie du temps de travail est passé devant
le Tribunal pour les audiences ou pour travailler avec le
client, il faut aussi déterminer le montant de ces
indemnités journalières dans tous les montants
évoqués.
Pensez vous faire des recours ?
Le problème du TPIR est que c'est lui qui se dit
victime et en même temps c'est devant lui qu'il faut
faire des recours. On est alors dans une situation de juge
et partie et comme j'ai été toujours la bête
noire de ces gens, en ma qualité de Secrétaire
Général de l'Association des avocats de la
Défense et de personnes ayant toujours dénoncé
les dérives et la parodie de justice devant ce Tribunal,
je ne sais pas à quoi nous allons aboutir dans ces
recours. Mais en tant que juriste, je les ferai afin d'avoir
la possibilité d'ouvrir d'autres voies de recours
ailleurs.
Propos recueillis par Dimas DZIKODO
(Forum de la Semaine N°25du 04 Novembre 2004)