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ANALYSE
EPHEMERIDE D'UN COUP D'ETAT ANNONCE
(Article par, Noviti Raymondo Houmey, Bruxelles - 07/02/05)

Le Gal Eyadèma Gnassingbé n'a jamais caché sa volonté de se faire succéder par un de ses fils. En conséquence, toute velléité d'aspiration à sa succession, au sein même du RPT, son parti, était sévèrement sanctionnée.
En juillet 1999, il a fait croire qu'il se retirerait du pouvoir en 2003, à la fin de son mandat. Cela lui permit de susciter des pseudo-dauphins et de " débusquer ", dans les rangs de l'ex-parti unique, les membres qui aspiraient à lui succéder. Ce subterfuge lui permit ensuite de lancer une purge au sein de son parti. Dès lors, la voie était ouverte pour la prise de pouvoir par le fils.

1° Chronologie

- Juin 2002 : tentative d'arrestation de Mr Gabriel Agbéyomé Kodjo. Pour s'être déclaré partisan du retrait d'Eyadèma à la fin de son mandat en 2003, Mr Kodjo fut accusé de sédition, et de fomenter une déstabilisation du RPT et de son fondateur. Il ne dut son salut qu'à sa fuite du Togo alors qu'il en était encore le premier ministre.
- Août 2003 : le Lieutenant Ernest Gnassingbé devint impotent. Longtemps considéré comme le successeur de son père, le Commandant de la garde présidentielle tomba gravement malade suite à une sombre histoire d'envoûtement. Aujourd'hui invalide, il suit régulièrement des séances de rééducations fonctionnelles en France.
- Octobre 2003 : attentat contre Mr Barry Moussa Barqué. Tant admiré que haï par l'entourage d'Eyadèma et l'opposition, le Conseiller spécial, dont le profil en faisait le potentiel candidat du RPT en cas d'élection démocratique sous l'égide de l'Onu, fut poignardé dans son lit par son neveu… Il garde encore les séquelles de cette tentative d'assassinat.
- Janvier 2005 : mission de Mr Fambaré Natchaba en Europe. En l'absence du Président de l'Assemblée Nationale, la mort de Mr Eyadèma est annoncée le 05/02/05, l'assemblée nationale se réunit le 06/02/05 pour désigner son fils Faure Gnassingbé comme successeur.

Samedi 05/02/05
- Réunion des membres du gouvernement.
- Réunion de Mr Faure et du Chef d'Etat-major, le Général Zakari Nandja.
- En début de soirée, Mr Sama, Premier Ministre, annonce le décès de Mr Eyadèma.
- Un peu plus d'une demi-heure plus tard, le Chef d'Etat-major conduit une délégation d'officiers pour " confier " le pouvoir au fils de Mr Eyadèma, Faure Gnassimgbé.

Dimanche 06/02/05
En 3 heures à peine, les membres de l'A.N. ont (1) modifié la Constitution et l'Article 203 du Code Electoral, (2) destitué le Président de l'Assemblée Nationale et, (3) élu Mr Faure Gnassingbé comme président de la Chambre. Plus précisément :
- le 1er Vice-Président de l'Assemblée, Mr Abass Bonfo, fait voter, à main levée aux 67 députés présents sur 81, les propositions de loi portant réforme de la Constitution.
- Après une suspension de séance, Mr Faure Gnassingbé arrive au Palais des Congrès de Lomé, pour annoncer sa démission de son poste de ministre.
- Suit alors la modification de l'Article 203 du Code Electoral permettant à Faure Gnassingbé de "retrouver de plein droit ses fonctions de député".
- Constatant l'absence du territoire national du Président de l'Assemblée nationale, le 1er Vice président organise sa "censure", en violation du règlement de l'Assemblée, en le destituant.
- Mr Faure Gnassingbé, qui n'a pas de concurrent, est élu Président de la Chambre par 67 voix sur 67 inscrits.
- Mr Bonfo procède à la lecture de la décision de la Cour Constitutionnelle qui "constate la vacance de la présidence de la république par décès de son excellence Gnassingbé Eyadéma". L'intérim est alors confié au nouveau Président " élu "…

Lundi 07/02/05
- Mr Faure Gnassingbé, au Palais de la Présidence, prête serment comme nouveau président devant les 6 membres de la Cour Constitutionnelle, présidée par Mr Louis Koffi Amégah et, en présence des députés, du Gouvernement et des officiers des Forces Armées Togolaises, des ambassadeurs de Chine, de Libye, du Ghana, de la République démocratique du Congo (RDC), d'une délégation ivoirienne....Toute la famille Gnassingbé était présente sauf Mr Rock Gnassingbé, officier des Forces Armées Togolaises.


2° La Constitution, même modifiée, autorise la rébellion contre tout coup d'Etat

Il existe, dans la Constitution togolaise, une série de dispositions destinées à prévenir et, à circonscrire, le scénario qui se déroule au Togo depuis la matinée du samedi 05/02/2005.
Ces dispositions sont les Articles 65, 76, 144, ainsi que l'Article 150 qui légitime toute forme d'opposition à un coup d'Etat au Togo.


L'Article 65 (Titre IV : du Pouvoir exécutif) : " En cas de vacance de la Présidence de la République par décès, mission ou empêchement définitif, la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l'Assemblée Nationale. "
La vacance est constatée par la Cour Constitutionnelle saisie par le Gouvernement.
Le Gouvernement convoque le corps électoral dans les soixante jours de l'ouverture de la vacance pour l'élection d'un nouveau Président de la république ".

(Cet article met à néant la " décision " de l'état-major togolais du 05/02/05. Cependant, cette disposition sera modifiée le 06/02/05, comme suit : "le nouveau président de la République exerce ses fonctions jusqu'au terme du mandat de son prédécesseur").


L'Article 76 (Sous-Titre II : du Gouvernement) : " Le Gouvernement comprend: le Premier Ministre, les Ministres et, le cas échéant, les Ministres d'Etat, les Ministre délégués et les Secrétaires d'Etat. Les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire, de toute fonction de représentation professionnelle à caractère national et tout emploi privé ou public, civil ou militaire ou de toute autre activité professionnelle.
Une loi organique détermine le statut des anciens membres du Gouvernement, notamment en ce qui concerne leur rémunération et leur sécurité ".

(Le 6 février, Mr Faure Gnassingbé démissionne de son mandat ministériel.)


L'Article 144 (Titre XIII: de la Révision) : " L'initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de la République et à un cinquième (1/5) au moins des députés composant l'Assemblée Nationale. […] Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie en période d'intérim ou de vacance ou lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire.
La forme républicaine et la laïcité de l'Etat ne peuvent faire l'objet d'une révision. "

(Cet article met à néant les décisions de l'A.N. au cours de sa séance du 06/02/05, même s'il fut modifié au cours de cette même séance.)


L'Article 150 (Titre XIV : des Dispositions spéciales) : " En cas de coup d'Etat, ou de coup de force quelconque, tout membre du gouvernement ou de l'Assemblée Nationale a le droit et le devoir de faire appel à tous les moyens pour rétablir la légitimité constitutionnelle, y compris le recours aux accords de coopération militaire ou de défense existants.
Dans ces circonstances, pour tout Togolais, désobéir et s'organiser pour faire échec à l'autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs.
Tout renversement du régime constitutionnel est considéré comme un crime imprescriptible contre la Nation et sanctionné conformément aux lois de la République. "

Article non modifié


3° Les causes et conséquences du coup d'Etat au Togo

Le coup d'Etat du 05 février 2005 tire sa cause profonde de la volonté de Mr Eyadèma de perpétuer son nom, en instituant une dynastie Gnassingbé à la tête du Togo.
Ce scénario a été élaboré, peaufiné et avalisé par feu Eyadèma de son vivant… Le RPT, son parti et " l'état-major de Pya " n'en sont que les " exécuteurs testamentaires ".

Une autre cause est la frilosité, le manque de cohésion, la faiblesse, voire l'incapacité des partis politiques et des forces démocratiques togolais à avoir une action concertée et efficace contre la dictature.
Par ailleurs, comment " lutter " depuis l'étranger alors que la crainte est trop grande à l'intérieur ? Aucune organisation n'a pu, à ce jour, lutter efficacement depuis l'extérieur. Les tentatives de la Concertation Nationale de la Société Civile et de la Nouvelle dynamique populaire ont été circonscrites par les partis politiques d'opposition.

Enfin, la peur de la population et de l'opposition elle-même sont les ferments qui ont alimenté ce coup d'état.
Comment les populations peuvent-elles réagir après 38 ans de soumission ? Comment se battre à mains nues contre des fusils et des chars ? Eyadèma a bâti son régime sur la terreur et s'est maintenu au pouvoir par la terreur.
Des togolais ont perdu leur emploi ou ont été arrêtés et torturés pour avoir manifesté, ou répondu aux mots d'ordre des partis, ou encore parce qu'ils étaient détenteurs de carte de membre d'un parti de l'opposition.

Ces cas n'ont jamais fait l'objet d'un débat lors des négociations entre l'opposition et le gouvernement (en 1993, 1999, 2004) en vue d'une réhabilitation pour ceux qui ont perdu leur emploi.
Comment ces personnes, leurs proches, leurs descendances, bref les populations, peuvent-elles aujourd'hui se mobiliser, surtout lorsqu' aucun des meneurs politiques ou faiseurs d'opinion - s'il y en a, n'est organisé, ni ne peut exprimer clairement la ligne exacte à suivre : dire non et rentrer en rébellion contre les auteurs du coup d'Etat du 05/02/2005.

Mr Agboyibo déclare que l'absence de manifestation se justifie par la crainte de " répressions sanglantes " (Le Monde, 08/02/05). Si l'opposition politique a peur, quid de la population ?!

Des chefs d'Etat ou de gouvernements, des responsables d'institutions internationales ont condamné le coup d'état au Togo : citons, entre autres, Mr Alpha Omar Konaré (Commissaire de l'Union Africaine), Mr Oluségun Obasanjo (Nigéria), même l'autocrate Omar Bongo (Gabon) et le dictateur Paul Biya (Caméroun), l'administration Bush, Mr Abdou Diouf (Secrétaire Général de l'Organisation Internationale de la Francophonie), Mr Louis Michel (Commissaire européen)….

D'autres, par contre, se sont empressés de saluer le nouveau Président sous le couvert d'un hommage à la mémoire de Gnassingbé Eyadèma. Parmi eux, Mr Gbagbo de Côte d'Ivoire, le Roi Mohamed VI du Maroc, et Mr Chirac, qui, en saluant le décès de son " ami personnel ", n'avait pas anticipé les réactions du Président Obansajo et de Mr Konaré, qui seront, eux, les premiers à condamner avec fermeté le " coup d'Etat ".

La fermeté des condamnations diverses ne doit cependant pas entraîner une erreur d'appréciation des forces démocratiques togolaises et de l'opposition.
En effet, en participant demain aux obsèques d'Eyadèma, les représentants de la classe politique nationale et internationale confèreront, par leur présence, une certaine légitimité à son fils. Les institutions, le corps diplomatique s'abstiendront-ils d'assister aux obsèques de Mr Eyadèma ? Cela constituerait pourtant la conséquence logique de leur condamnation.
En outre, gardons à l'esprit qu'Eyadèma lui-même est derrière ce scénario de coup d'état au titre d'héritage posthume.

Alors comme le disait une togolaise anonyme, le 07/02/05 à Paris, " après Eyadèma, c'est toujours Eyadèma ". Aux responsables togolais de l'opposition et des forces démocratiques de lui prouver le contraire.

 

 

 

 

 
 
 

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