DISCOURS D'OUVERTURE DU PRESIDENT
Mesdames Messieurs les autorités et représentants
des institutions publiques allemandes, Mesdames Messieurs
les représentants des différentes organisations,
Mesdames Messieurs les membres du Conseil Exécutif
de Bâtir le Togo, Messieurs les Président et
membres du Conseil Fédéral de Bâtir
le Togo, Mesdames Messieurs les Membres de Bâtir le
Togo, Honorables invités.
Permettez moi tout d'abord de me réjouir de votre
présence nombreuse à la cérémonie
d'ouverture du 3ème Congrès de notre mouvement,
de vous en remercier et de vous souhaiter la bienvenue parmi
nous. Votre intérêt pour ce congrès
montre, au delà de l'amitié que vous témoignez
pour notre mouvement, l'intérêt que vous portez
à la cause togolaise, aux Togolais et au delà
de ceux-ci, de l'intérêt que vous portez à
l'endroit de l'Afrique et pour l'Être Humain en général.
L'Être humain, celui-là qui est au centre de
tout développement et dont le respect de la dignité
doit déterminer l'orientation de toute uvre
humaine quelle qu'elle soit.
C'est dans cette optique que ce sont bâties et développées
les grandes nations dont l'Allemagne, terre qui a accepté
d'accueillir nos assises de ce 3ème Congrès
de BLT. Et pourtant, le pays dont le présent et l'avenir
seront au centre de nos préoccupations lors de nos
travaux n'a, dans son évolution depuis bientôt
40 ans si nous partons de la date de la première
intrusion des militaires dans sa vie et 36 ans si nous débutons
notre décompte par l'installation au pouvoir du Président
Eyadèma, rien de comparable à celui de la
terre qui nous héberge aujourd'hui, même si
les premiers colonisateurs en ont été des
Allemands qui avaient alors voulu en faire une colonie modèle.
La situation de notre pays est aujourd'hui des plus dramatiques
et le Togo fait désormais partie des pays les plus
pauvres des plus pauvres. Le tableau est sombre, très
sombre.
Sur le plan économique, le Togo est dans un état
de délabrement tel que la plupart de nos citoyens
sont réduits à la pire des misères,
une misère qui va jusqu'à enlever à
la grande majorité des Togolais, le droit au repas
quotidien (je ne parle pas de 3 repas par jour mais d'un
repas journalier). Cette misère économique
se traduit sur le plan socio-éducatif, notamment
dans la vie des travailleurs et plus particulièrement
des fonctionnaires privés pendant des mois de la
juste rétribution de leurs efforts, par une scolarité
qui n'aboutit plus à aucun débouché
et une désertion scolaire de plus en plus grande
qui place notre pays à la queue du peloton des pays
les moins alphabétisés du monde.
Sur le plan médical, le peuple togolais est privé
des soins les plus élémentaires dans un pays
où l'Etat n'assure plus aucun rôle dans le
domaine de la santé publique, l'individu étant
obligé d'apporter jusqu'au coton dans un hôpital
avant de pouvoir être soigné. Face à
cette démission de l'Etat et à l'absence de
toute politique de prévention des épidémies,
la pandémie du sida s'est installée en maîtresse
dans la vie d'un peuple qui, dans l'incapacité d'avoir
d'autres loisirs, faute de moyens, se laisse détruire
à un rythme vertigineux par l'organe dont le rôle
en Afrique plus que partout ailleurs est pourtant de donner
la vie. Notre pays meurt du sexe ravageur. Dans les domaines
politique et des Droits de l'homme, la dictature n'a pas
changé ses méthodes d'un iota. Drapée
dans des règles constitutionnelles qui lui confèrent
des apparences de légitimité, règles
qu'elle bafoue allègrement ou modifie à sa
guise, elle agit exactement comme avant la période
des revendications démocratiques, c'est à
dire les années 90. Monopole des médias d'Etat,
musellement de toute opposition, interdiction de toute véritable
liberté de presse, assassinats politiques, tortures,
arrestations et détentions arbitraires. Le tout avec
l'aide et la complicité actives d'une armée
tribale constituée en garde prétorienne qui
se comporte en terrain conquis ; d'une police et d'une gendarmerie
au service d'une seule et même personne. Pendant ce
temps, le pillage bien organisé de l'Etat se poursuit
et surtout s'accentue comme à l'occasion de toute
fin de règne, délestant le pays de l'essentiel
de ses ressources dont les générations futures
auront besoin pour sa construction.
Face à une telle situation, aucune autre issue ne
semble envisageable pour le citoyen épris de sa liberté
et désireux de réussir sa vie que de fuir
son pays. C'est donc la course à l'exil ou à
l'expatriation sur la Terre de nos Aïeux qui se vide
ainsi au jour le jour de toute sa force vive.
Tous ces maux et d'autres encore, nous les avons toujours
dénoncés et nous avons proposé des
remèdes pour y pallier pendant que la dictature,
passée dans l'art du mensonge et des contre vérités,
les niait tous azimuts. Mais ce qu'il y a de nouveau et
de réconfortant aujourd'hui, c'est que des voix venues
du sein même du parti au pouvoir, le Rassemblement
du Peuple Togolais, et aussi importantes que celles de Monsieur
Dahuku PERE (ancien ministre et ancien président
de l'Assemblée Nationale) et de Monsieur Kodjo AGBEYOME
(ancien ministre et premier ministre) ont rallié
nos rangs pour donner un écho retentissant à
ce que nous avons toujours pointé du doigt en dénonçant
eux aussi, les dérives d'une embarcation dont ils
ont longtemps été eux-mêmes les compagnons
du timonier. La communauté internationale bien assise
dans son mutisme ne peut plus aujourd'hui feindre ni l'ignorance
ni même le doute. La dénonciation vient désormais
du cercle intime de la dictature.
Après diverses tergiversations et plusieurs tentatives
de dialogue, l'opposition restée sur place a enfin
compris, grâce à la mauvaise foi exemplaire
et légendaire du général Eyadèma
et de ses acolytes qui prônent une chose et son contraire
en ayant bonne conscience, que la dictature ne cèdera
jamais et que les diverses négociations engagées
et les accords signés avec elle ne sont pour les
tenants du pouvoir qu'un moyen de se servir de l'opposition
pour se maintenir au pouvoir ou se remettre en selle sur
le plan international où ils ont plus que jamais
besoin de la reprise de la coopération économique
dont la rupture les prive d'une part importante des fonds
qu'ils ont l'habitude de détourner.
Chers Compatriotes, face à ces différents
problèmes, qu'avons nous fait ? Beaucoup de discours
et de critiques ? C'est le propre des Togolais. Pour certains,
nous clamons souvent que nous avons combattu vaillamment
pendant la période des revendications démocratiques.
Oui, mais cela n'a produit aucun résultat palpable
et notre pays végète dans la même situation
sinon dans une situation pire que celle d'avant ces revendications.
Beaucoup ont dû quitter le pays. Est ce là
la solution ? Depuis notre lieu d'exil, que faisons nous
pour changer la situation de ce pays qui nous a vu naître
et qui nous a tant donné mais qui est aujourd'hui
dans le chaos ?
Le pire, c'est que pour certains d'entre nous, cette situation
dramatique de notre pays est devenue aujourd'hui une sorte
de fonds de commerce dont nous voulons consciemment ou inconsciemment
la pérennisation. Consciemment pour tous ceux qui
s'accrochent à l'espoir que plus la situation durera
et plus seront grandes leurs chances de se voir reconnaître
le droit d'asile. Inconsciemment pour tous ceux qui se sont
installés dans la facilité à l'étranger
et refusent de faire quoi que ce soit pour aider ce pays
dont ils ont utilisé à tort ou à raison
la misère pour obtenir leurs titre de séjour
à l'étranger. La fierté d'être
à l'étranger nous identifie donc à
des gens irresponsables qui ont vite fait d'oublier la terre
nourricière d'où ils viennent. Or il nous
faut avoir à l'esprit que si nous pensons aujourd'hui
être loin de la Terre de nos Aïeux, tout peut
nous y ramener un jour ou l'autre. Un décès,
une maladie, ou même un événement heureux.
La dure réalité nous y attend alors. Aider
notre pays par tout moyen à notre portée à
sortir de la misère, c'est donc répondre à
un devoir citoyen mais aussi et surtout à un devoir
d'homme qui nous élève encore un peu plus
dans la hiérarchie de l'Humain qui, s'en être
dieu, se rapproche progressivement de la divinité
dans son évolution en devenant par chacun de ses
actes positifs un peu plus Homme.
Mais pour ce faire, pour aider notre pays à sortir
de cette situation dramatique qu'est la sienne, les méthodes
doivent changer. Les divisions au sein des forces démocratiques
ne nous ont conduit nulle part. les clivages entre radicaux
et modérés, opposition vraie et opposition
non vraie (la première étant constituée
de personne qui pensent que le seul fait de quitter le Togo
suffit à faire un vrai opposant et que ceux qui sont
sur place seraient ainsi des traîtres) ne nous ont
ramenés qu'à la case départ. Les différents
rounds de négociations avec Eyadèma n'ont
été que des leurres successifs. Eyadèma
ne partira pas du pouvoir s'il n'en est pas chassé.
Les manuvres qui l'ont conduit à rompre les
derniers Accords Cadre de Lomé de juillet 99, à
dissoudre le Comité de suivi, la Commission Electorale
Nationale, à entamer la modification des dispositions
de la constitution, notamment l'article 52 et à organiser
seul des élections législatives dont les premiers
tours se tiennent ce 27 octobre montrent très bien
que cet homme dont les promesses n'engagent que ceux qui
y croient se prépare à faire un retour en
force au pouvoir avec les élections de l'année
prochaine.
Le sergent Eyadèma n'était rien d'autre qu'un
soldat anonyme démobilisé de l'armée
française et relégué dans son village
avant l'assassinat de Sylvanus OLYMPIO. Ce meurtre lui a
permis non seulement de se faire connaître mais aussi
et surtout de sauter tous les grades intermédiaires
et de devenir Lieutenant colonel et Chef d'Etat Major de
l'Armée togolaise. En chassant Nicolas GRUNITZKY
du pouvoir, il a acquis le grade de général
et règne sans partage sur les citoyens et les richesses
d'un pays depuis bientôt 36 ans. Eyadèma existe
par le pouvoir et ne peut exister en dehors de celui ci.
Il ne faut donc en aucune manière, s'attendre à
ce qu'une telle personne qui, grâce au pouvoir, est
parti de rien pour devenir maître et dieu, quitte
le pouvoir de son propre gré un jour. A moins de
lui demander de mettre fin à son existence.
Mais comment l'en déloger après tous les échecs
connus à ce jour ? Quelle voie suivre pour ne pas
continuer de maintenir une situation devenue invivable pour
notre peuple ? Voilà la question qui nous interpelle
en ce début du troisième millénaire.
C'est aux Togolais que nous sommes qu'il revient de répondre
à ces questions et il nous appartient lors de ces
assises de réfléchir à ce qui n'a pas
été bien fait par le passé pour améliorer
notre marche à l'avenir en déterminant une
nouvelle orientation pour nos actions dans ce combat qui
n'a que trop duré. A mon sens, c'est en gros à
cela que nous devons nous atteler lors de ces assises.
Mais nous ne devons pas oublier que le départ de
Eyadèma n'est nullement une fin en soit. C'est un
objectif nécessaire mais pas suffisant. L'objectif
n'est pas de chasser un homme mais de mettre fin à
la dictature qui réduit à néant tout
effort de développement de notre pays, de donner
Togo des institutions fortes et de lui construire un avenir
meilleur qui permette au citoyen togolais de s'épanouir
sur tous les plans. En clair, il s'agit pour nous de mettre
fin à la dictature et de Bâtir le Togo.
Mesdames et messieurs, Chers compatriotes, je déclare
ouvert le 3ème Congrès de Bâtir le Togo.
Vive Bâtir le Togo.
Vive le Togo.
Prêts pour la Démocratie, la lutte continue.