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3ème CONGRES DE BÂTIR LE TOGO
26 et 27 Octobre 2002


DISCOURS D'OUVERTURE DU PRESIDENT

Mesdames Messieurs les autorités et représentants des institutions publiques allemandes, Mesdames Messieurs les représentants des différentes organisations, Mesdames Messieurs les membres du Conseil Exécutif de Bâtir le Togo, Messieurs les Président et membres du Conseil Fédéral de Bâtir le Togo, Mesdames Messieurs les Membres de Bâtir le Togo, Honorables invités.

Permettez moi tout d'abord de me réjouir de votre présence nombreuse à la cérémonie d'ouverture du 3ème Congrès de notre mouvement, de vous en remercier et de vous souhaiter la bienvenue parmi nous. Votre intérêt pour ce congrès montre, au delà de l'amitié que vous témoignez pour notre mouvement, l'intérêt que vous portez à la cause togolaise, aux Togolais et au delà de ceux-ci, de l'intérêt que vous portez à l'endroit de l'Afrique et pour l'Être Humain en général. L'Être humain, celui-là qui est au centre de tout développement et dont le respect de la dignité doit déterminer l'orientation de toute œuvre humaine quelle qu'elle soit.
C'est dans cette optique que ce sont bâties et développées les grandes nations dont l'Allemagne, terre qui a accepté d'accueillir nos assises de ce 3ème Congrès de BLT. Et pourtant, le pays dont le présent et l'avenir seront au centre de nos préoccupations lors de nos travaux n'a, dans son évolution depuis bientôt 40 ans si nous partons de la date de la première intrusion des militaires dans sa vie et 36 ans si nous débutons notre décompte par l'installation au pouvoir du Président Eyadèma, rien de comparable à celui de la terre qui nous héberge aujourd'hui, même si les premiers colonisateurs en ont été des Allemands qui avaient alors voulu en faire une colonie modèle.
La situation de notre pays est aujourd'hui des plus dramatiques et le Togo fait désormais partie des pays les plus pauvres des plus pauvres. Le tableau est sombre, très sombre.

Sur le plan économique, le Togo est dans un état de délabrement tel que la plupart de nos citoyens sont réduits à la pire des misères, une misère qui va jusqu'à enlever à la grande majorité des Togolais, le droit au repas quotidien (je ne parle pas de 3 repas par jour mais d'un repas journalier). Cette misère économique se traduit sur le plan socio-éducatif, notamment dans la vie des travailleurs et plus particulièrement des fonctionnaires privés pendant des mois de la juste rétribution de leurs efforts, par une scolarité qui n'aboutit plus à aucun débouché et une désertion scolaire de plus en plus grande qui place notre pays à la queue du peloton des pays les moins alphabétisés du monde.
Sur le plan médical, le peuple togolais est privé des soins les plus élémentaires dans un pays où l'Etat n'assure plus aucun rôle dans le domaine de la santé publique, l'individu étant obligé d'apporter jusqu'au coton dans un hôpital avant de pouvoir être soigné. Face à cette démission de l'Etat et à l'absence de toute politique de prévention des épidémies, la pandémie du sida s'est installée en maîtresse dans la vie d'un peuple qui, dans l'incapacité d'avoir d'autres loisirs, faute de moyens, se laisse détruire à un rythme vertigineux par l'organe dont le rôle en Afrique plus que partout ailleurs est pourtant de donner la vie. Notre pays meurt du sexe ravageur. Dans les domaines politique et des Droits de l'homme, la dictature n'a pas changé ses méthodes d'un iota. Drapée dans des règles constitutionnelles qui lui confèrent des apparences de légitimité, règles qu'elle bafoue allègrement ou modifie à sa guise, elle agit exactement comme avant la période des revendications démocratiques, c'est à dire les années 90. Monopole des médias d'Etat, musellement de toute opposition, interdiction de toute véritable liberté de presse, assassinats politiques, tortures, arrestations et détentions arbitraires. Le tout avec l'aide et la complicité actives d'une armée tribale constituée en garde prétorienne qui se comporte en terrain conquis ; d'une police et d'une gendarmerie au service d'une seule et même personne. Pendant ce temps, le pillage bien organisé de l'Etat se poursuit et surtout s'accentue comme à l'occasion de toute fin de règne, délestant le pays de l'essentiel de ses ressources dont les générations futures auront besoin pour sa construction.
Face à une telle situation, aucune autre issue ne semble envisageable pour le citoyen épris de sa liberté et désireux de réussir sa vie que de fuir son pays. C'est donc la course à l'exil ou à l'expatriation sur la Terre de nos Aïeux qui se vide ainsi au jour le jour de toute sa force vive.
Tous ces maux et d'autres encore, nous les avons toujours dénoncés et nous avons proposé des remèdes pour y pallier pendant que la dictature, passée dans l'art du mensonge et des contre vérités, les niait tous azimuts. Mais ce qu'il y a de nouveau et de réconfortant aujourd'hui, c'est que des voix venues du sein même du parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple Togolais, et aussi importantes que celles de Monsieur Dahuku PERE (ancien ministre et ancien président de l'Assemblée Nationale) et de Monsieur Kodjo AGBEYOME (ancien ministre et premier ministre) ont rallié nos rangs pour donner un écho retentissant à ce que nous avons toujours pointé du doigt en dénonçant eux aussi, les dérives d'une embarcation dont ils ont longtemps été eux-mêmes les compagnons du timonier. La communauté internationale bien assise dans son mutisme ne peut plus aujourd'hui feindre ni l'ignorance ni même le doute. La dénonciation vient désormais du cercle intime de la dictature.

Après diverses tergiversations et plusieurs tentatives de dialogue, l'opposition restée sur place a enfin compris, grâce à la mauvaise foi exemplaire et légendaire du général Eyadèma et de ses acolytes qui prônent une chose et son contraire en ayant bonne conscience, que la dictature ne cèdera jamais et que les diverses négociations engagées et les accords signés avec elle ne sont pour les tenants du pouvoir qu'un moyen de se servir de l'opposition pour se maintenir au pouvoir ou se remettre en selle sur le plan international où ils ont plus que jamais besoin de la reprise de la coopération économique dont la rupture les prive d'une part importante des fonds qu'ils ont l'habitude de détourner.

Chers Compatriotes, face à ces différents problèmes, qu'avons nous fait ? Beaucoup de discours et de critiques ? C'est le propre des Togolais. Pour certains, nous clamons souvent que nous avons combattu vaillamment pendant la période des revendications démocratiques. Oui, mais cela n'a produit aucun résultat palpable et notre pays végète dans la même situation sinon dans une situation pire que celle d'avant ces revendications. Beaucoup ont dû quitter le pays. Est ce là la solution ? Depuis notre lieu d'exil, que faisons nous pour changer la situation de ce pays qui nous a vu naître et qui nous a tant donné mais qui est aujourd'hui dans le chaos ?
Le pire, c'est que pour certains d'entre nous, cette situation dramatique de notre pays est devenue aujourd'hui une sorte de fonds de commerce dont nous voulons consciemment ou inconsciemment la pérennisation. Consciemment pour tous ceux qui s'accrochent à l'espoir que plus la situation durera et plus seront grandes leurs chances de se voir reconnaître le droit d'asile. Inconsciemment pour tous ceux qui se sont installés dans la facilité à l'étranger et refusent de faire quoi que ce soit pour aider ce pays dont ils ont utilisé à tort ou à raison la misère pour obtenir leurs titre de séjour à l'étranger. La fierté d'être à l'étranger nous identifie donc à des gens irresponsables qui ont vite fait d'oublier la terre nourricière d'où ils viennent. Or il nous faut avoir à l'esprit que si nous pensons aujourd'hui être loin de la Terre de nos Aïeux, tout peut nous y ramener un jour ou l'autre. Un décès, une maladie, ou même un événement heureux. La dure réalité nous y attend alors. Aider notre pays par tout moyen à notre portée à sortir de la misère, c'est donc répondre à un devoir citoyen mais aussi et surtout à un devoir d'homme qui nous élève encore un peu plus dans la hiérarchie de l'Humain qui, s'en être dieu, se rapproche progressivement de la divinité dans son évolution en devenant par chacun de ses actes positifs un peu plus Homme.

Mais pour ce faire, pour aider notre pays à sortir de cette situation dramatique qu'est la sienne, les méthodes doivent changer. Les divisions au sein des forces démocratiques ne nous ont conduit nulle part. les clivages entre radicaux et modérés, opposition vraie et opposition non vraie (la première étant constituée de personne qui pensent que le seul fait de quitter le Togo suffit à faire un vrai opposant et que ceux qui sont sur place seraient ainsi des traîtres) ne nous ont ramenés qu'à la case départ. Les différents rounds de négociations avec Eyadèma n'ont été que des leurres successifs. Eyadèma ne partira pas du pouvoir s'il n'en est pas chassé. Les manœuvres qui l'ont conduit à rompre les derniers Accords Cadre de Lomé de juillet 99, à dissoudre le Comité de suivi, la Commission Electorale Nationale, à entamer la modification des dispositions de la constitution, notamment l'article 52 et à organiser seul des élections législatives dont les premiers tours se tiennent ce 27 octobre montrent très bien que cet homme dont les promesses n'engagent que ceux qui y croient se prépare à faire un retour en force au pouvoir avec les élections de l'année prochaine.

Le sergent Eyadèma n'était rien d'autre qu'un soldat anonyme démobilisé de l'armée française et relégué dans son village avant l'assassinat de Sylvanus OLYMPIO. Ce meurtre lui a permis non seulement de se faire connaître mais aussi et surtout de sauter tous les grades intermédiaires et de devenir Lieutenant colonel et Chef d'Etat Major de l'Armée togolaise. En chassant Nicolas GRUNITZKY du pouvoir, il a acquis le grade de général et règne sans partage sur les citoyens et les richesses d'un pays depuis bientôt 36 ans. Eyadèma existe par le pouvoir et ne peut exister en dehors de celui ci. Il ne faut donc en aucune manière, s'attendre à ce qu'une telle personne qui, grâce au pouvoir, est parti de rien pour devenir maître et dieu, quitte le pouvoir de son propre gré un jour. A moins de lui demander de mettre fin à son existence.
Mais comment l'en déloger après tous les échecs connus à ce jour ? Quelle voie suivre pour ne pas continuer de maintenir une situation devenue invivable pour notre peuple ? Voilà la question qui nous interpelle en ce début du troisième millénaire. C'est aux Togolais que nous sommes qu'il revient de répondre à ces questions et il nous appartient lors de ces assises de réfléchir à ce qui n'a pas été bien fait par le passé pour améliorer notre marche à l'avenir en déterminant une nouvelle orientation pour nos actions dans ce combat qui n'a que trop duré. A mon sens, c'est en gros à cela que nous devons nous atteler lors de ces assises.
Mais nous ne devons pas oublier que le départ de Eyadèma n'est nullement une fin en soit. C'est un objectif nécessaire mais pas suffisant. L'objectif n'est pas de chasser un homme mais de mettre fin à la dictature qui réduit à néant tout effort de développement de notre pays, de donner Togo des institutions fortes et de lui construire un avenir meilleur qui permette au citoyen togolais de s'épanouir sur tous les plans. En clair, il s'agit pour nous de mettre fin à la dictature et de Bâtir le Togo.
Mesdames et messieurs, Chers compatriotes, je déclare ouvert le 3ème Congrès de Bâtir le Togo.

Vive Bâtir le Togo.
Vive le Togo.

Prêts pour la Démocratie, la lutte continue.

 

 

 

 

 
 
 

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