Les 22 engagements du Togo, la réticence de l'opposition
et la question de la démocratie en Afrique
Plus qu'une panacée, la démocratisation mal
organisée constitue, autant que les partis uniques,
un danger pour l'Afrique. La trilogie, démocratie
= liberté, élection, développement
ressemble plutôt à une boîte de pandores
ouverte par l'occident devant ses anciennes colonies.
La démocratisation normative établie dans
les Etats africains semble une chimère face, aux
violations et modifications constitutionnelles à
répétitions, aux contestations post électorales,
aux violations de la norme, et aux détournements
du bien public, semblant saper à jamais les bases
indiispensables du développement et, rendant l'avènement
de l'Etat de droit et du développement comme un puits
sans fond que, sans doute les sociétés africaines
n'atteindront jamais.
En réalité, la seule différence entre
l'époque du parti unique et l'actuelle est l'existence
d'une opposition, cantonée dans un rôle de
faire valoir et de victime, sans moyen d'exercer son rôle
ou de s'affirmer.
Entre les conflits ethniques exacerbés, les différends
frontaliers sans raison, les conflits politiques, l'Afrique
n'arrive pas à jouer le jeu de la démocratie
ou plutot, inaugure l'ère de " démocratie
bancale ".
Une classe politique dominante, sans foi ni loi généralement
issue du parti unique (Togo, Gabon, Tunisie, Guinée,
Congo
), des " intellectuels incultes " (Togo
sous l'ère Koffigoh et Kodjo, Côte d'Ivoire
)
qui n'arrivent pas à assimiler que la démocratie
est d'abord le respect des idées et opinions de l'autre,
la libre organisation des élections et le respect
des urnes, l'accès à l'éducation et
aux soins, le libre commerce.
Ce respect des résultats des urnes qui assure l'essor
des sociétes et des nations.
La démocratie ne serait-elle pas ce grand "
Monopoly " dont la règle est le respect du jeu.
Respect du jeu dont on peut s'inspirer aux USA. En 2000,
malgré les fraudes avérées ou pas,
le candidat démocrate Gore n'a pas déclenché
une rebellion ou une guerre civile. Le président
démocrate sortant, Clinton n'a pas tripatouillé
l'organisation ni les résultats à l'avantage
de son parti. Il était pourtant le grand patron de
l'administration. Mr Gore malgré sa frustration s'est
retiré de la course et a salué son adversaire.
Et cela, c'est la démocratie.
En Afrique, au Togo, les mandats présidentiels quoique
limités, sont régulièrement et à
l'approche des échéances modifiés,
faussant dès le départ les règles du
jeu électoral. Alors que sous d'autres cieux, l'alternance
et la liberté du suffrage sont assurées pour
tous, en Afrique, les électeurs sont empêchés
d'exprimer leur suffrage, l'accès à certaines
circonscription est interdit aux candidats, les temps d'antenne
aux medias tronqués, les listes électorales
truquées et les résultats manipulés
avant même les dépouillements. A chaque consultation,
le résultat est connu d'avance car les résultats
pipés.
La méfiance de la classe politique en Afrique, n'est
que la conséquence de ces maux qui rongent les Etats
africains et qui, s'empirent avec le semblant de démocratie
qui engendre des vainqueurs tricheurs et des vaincus aigris.
Aucun développement n'est possible tant que les règles
de l'accession au pouvoir ne sont pas claires et respectées
puisque
lorsqu'on arrive au pouvoir par la force ou la fraude, l'objectif
premier n'est pas de jeter les bases d'un développement
durable mais de s'enrichir le plus vite possible avant qu'un
autre ne vous destitue.
Or, le développement de l'Afrique ne passera pas
par l'aide au développement ou la coopération
mais, par l'effort des enfants de l'Afrique et la volonté
des dirigeants africains.
La réticence de l'opposition togolaise face à
la mise en uvre des 22 engagements de Lomé
II soulève cette question dont l'opposition doit
avoir le courage de débattre.
La démocratie voulue au Togo doit-elle être
le schéma de " démocratie bancale "
ou, des " Etats de droit infirmes " qui naissent
sur le Continent ou, devons-nous faire preuve, pour une
fois, d'intelligence en reconnaissant que la démocratie
n'est pas un texte que l'on lit et applique mais, question
d'éducation et de volonté et surtout de respect
de l'autre.
Tant l'ONU que, l'Union européenne qui a suspendu
sa coopération avec le Togo pour cause de "
déficit démocratique " depuis 1993 se
doivent aussi de méditer le cas togolais pour inaugurer
de nouvelles règles du jeu démocratiques :
RESPECTER LE MANDAT CONSTITUTIONNEL, RESPECTER LE CODE ELECTORAL
ET LA LIBERTE DE PENSEE
ET QUE TOUT CONTREVENANT SOIT
BANNI. Si cette communauté des Nations intervient
au Kosovo, en Irak et en Haïti au nom de ces principes
démocratiques, pourquoi pas l'Afrique que tous prétendent
vouloir aider ?
Noviti Spéro Houmey