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Degli: Réponse au message agressif envoyé le 6
août 2007 par le porte-parole de M. Boko
Communication électronique privée en date du 7
août 2007
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Monsieur Thomas DROUFFE
Conseiller en Communication de Monsieur François BOKO
BORDEAUX-France
Objet : Questionnaire à Monsieur BOKO
Washington, le 7 Août 2007
Monsieur,
Je viens d'accuser réception de votre courrier en date du 6 courant qui m'a été transmis par courriel et dans lequel vous m'informez de ce que vous êtes le Conseiller en communication de Monsieur François BOKO qui vous aurait chargé de répondre au questionnaire que je lui ai fait parvenir depuis le 10 Juillet (et renvoyé le 12 Juillet) après avoir tenté en vain de le contacter par des amis interposés. Ce questionnaire lui avait été envoyé dans le cadre d'un ouvrage que je suis en train de finir sur le Togo avec des analyses sur les événements de 2005. J'ai également compris que le Colonel BOKO vous a demandé de me répondre ce 6 Août parce qu'il est retenu professionnellement à l'étranger.
J'ai par ailleurs pris connaissance des réponses que vous avez bien voulues me faire parvenir au nom et pour le compte du Colonel BOKO et vous en remercie. Malheureusement, je suis plus que resté sur ma faim, tant les réponses me semblent loin des attentes et notamment des éléments contenus dans les questions que j'ai posées à Maître BOKO et qui, si je ne m'abuse, sont des questions très concrètes concernant des éléments et faits précis.
En vous lisant, j'ai eu plutôt l'impression d'une polémique qu'autre chose. Mon intention n'a pas été et n'est pas de faire de la polémique. Mon désir est d'avoir des éléments concrets de réponse me permettant de finaliser des analyses sur des événements dans lesquels Monsieur BOKO a été volontairement ou malgré lui un acteur.
Je me permets une nouvelle fois de m'adresser à monsieur BOKO à travers vous puisque vous êtes son porte parole ou conseiller en communication.
Je souhaiterais donc une fois encore pouvoir disposer des réponses concrètes et des éclaircissements nécessaires afin de pouvoir finir, de façon honnête sur le plan intellectuel et le tout de manière objective, l'ouvrage que je suis sur le point de terminer.
Les polémiques ne m'intéressent pas du tout. Que Monsieur le Ministre BOKO et le pouvoir togolais s'accusent mutuellement ou pas, cela m'importe peu. Ce que je veux savoir, c'est des éclaircissements sur des faits concrets dont je n'ai pu à ce jour avoir les éléments dans toutes les interviews et déclarations que j'ai lues relativement à Monsieur BOKO. Si je peux les avoir, je m'en contenterai en le remerciant infiniment.
Je faisais des enquêtes sur l'acte héroïque de Monsieur BOKO quand ces éléments sont apparus et m'ont amené à me tourner ver Monsieur le Ministre. Je m'adresse donc à l'intéressé pour être éclairé. Je prierai le Colonel BOKO de m'épargner, s'il vous plaît, de toute polémique qui ne m'intéressent pas du tout puisque je suis aussi strict avec le pouvoir que je le suis avec l'opposition togolaise dans mes écrits et analyses dont je ne suis pas à la première expérience.
En ce qui concerne les éléments contenus dans les écrits que j'ai reçus du Conseiller en communication du Ministre BOKO, j'aimerais toutefois relever et souligner un certain nombre de choses.
D'abord, j'aimerais vous indiquer qu'en dehors du texte relatif à Monsieur YAMGNANE dont je n'ai pas véritablement compris ce dont il retourne et pourquoi il m'a été envoyé, les autres textes que vous avez joints à votre document ne s'ouvrent pas. Je souhaiterais donc que vous puissiez me les envoyer en version que je pourrai ouvrir plus facilement ou même que vous m'en fassiez du copier/coller.
Si vous pouvez également éclairer plus ma lanterne sur le document relatif à Monsieur Yamgnane, cela me serait peut-être d'une quelconque utilité.
Question 1
Dans la réponse à la question relative à l'entrée du Colonel BOKO au gouvernement EYADEMA il est prétendu que je devais en connaître les circonstances pour en avoir été membre il y a une dizaine d'années.
Je pense que vos informations sont malheureusement fausses et Monsieur BOKO sait pertinemment de quoi je parle. Le Colonel expliquera donc à son conseiller ou porte parole. Je n'ai jamais été membre de gouvernement EYADEMA. J'ai plutôt été membre du Gouvernement de Transition dirigée par le Premier Ministre KOFFIGOH. Ce dernier a été élu par la Conférence Nationale Togolaise avec toutes les attributions de Chef d'Etat pour conduire le pays à la démocratie. Le Gouvernement de transition en question était l'un des trois organes de la transition ensemble avec le Chef de l'Etat et le Parlement de transition dénommé le Haut Conseil de la République. Pour vous en donner une petite indication qui pourra permettre de faire la différence, nos conseils des ministres ne se tenaient pas avec le Chef de l'Etat qui n'avait pas de rôle de gouvernant en tant que tel dans cette transition. Par conséquent, je ne connais pas du tout les conditions dans lesquelles Eyadèma nomme ses ministres et à supposer même que je connaisse certains des cas de nomination, Monsieur BOKO n'est pas le cas que j'aurais connu. Je souhaiterais donc si possible que Monsieur BOKO ou son porte parole puisse m'éclairer sur cette situation.
Question 2
Relativement à l'éventuelle participation de Monsieur BOKO à la modification constitutionnelle de 2002, il m'a été demandé d'aller consulter les archives de l'Assemblée. Vous me permettrez de vous indiquer qu'avant qu'une loi n'arrive comme projet ou comme proposition à l'Assemblée, c'est des gens qui élaborent les idées et en préparent le premier jet avant que le texte ainsi mis en forme ne soit porté devant les députés. Il ne me souvient pas qu'une Assemblée se soit réunie et ait en séance publique, élaboré un texte de loi en dehors de la procédure de soumission de projet de loi ou de proposition de loi. Le Parlement ne travaille que sur le texte qui lui est soumis. Les archives parlementaires ne peuvent donc pas m'éclairer sur les fonctionnaires qui ont aidé le Général défunt à opérer le tripatouillage de la Constitution de 1992.
Par ailleurs que le Colonel BOKO ait été nommé ministre en Décembre 2002, n'enlève rien à ma question puisque je ne demande pas si le Colonel BOKO a participé à la préparation de la modification constitutionnelle en tant que ministre. Il avait des fonctions précises avant de devenir ministre. Je voudrais donc savoir si à un quelconque titre il a participé à cette œuvre et si oui quel fut son rôle.
Questions 3,4, 5
D'abord, ces questions ne me semblent pas avoir reçu de réponse. Mais le Colonel est libre de faire le choix qui lui plaît. S'il le souhaitait, je le prierais de répondre de façon précise à mes interrogations.
Ensuite, Monsieur BOKO affirme qu'à la suite de la mort d'Eyadema, il n'y a pas eu de remaniement ministériel et que « la ligne de fracture a été perceptible dans le système à la suite de la succession monarchique, anticonstitutionnelle et peu élégante que le Togo a connue… ». J'ai quelques interrogations à soumettre sur cette base.
L'entrée du Ministre BOKO dans le gouvernement de Faure ou son maintien dans celui-ci a-t-il été forcé ?
Compte tenu de la « succession monarchique, anticonstitutionnelle et peu élégante » (comme le qualifie le Colonel BOKO), le Ministre BOKO avait-il protesté et ensuite cherché à quitter une telle barque dont il a senti à juste titre qu'elle était dangereuse pour le pays ?
Si non, pour quelles raisons ne l'a-t-il pas fait ?
Etait-il contraint contre son gré de participer à ce gouvernement pendant le laps de temps qu'il a passé en son sein ?
Si oui par quel moyen a-t-il été obligé ?
A-t-il été question à un moment donné que le Colonel BOKO serve d'élément de substitution pour remplacer Faure GNASSINGBE dans le scénario anticonstitutionnel de succession à Eyadema au cas où la communauté internationale n'accepterait pas le fils du Général défunt ou que la solution Faure ne passerait pas ?
Question 6 :
Sur les communiqués du Ministre de l'intérieur pendant les événements, je ne sais pas si le gouvernement a procédé à des manipulations et à des falsifications de communiqués au nom du Colonel BOKO. Je serai intéressé de connaître ces manipulations et éventuellement d'avoir copies des documents que Monsieur DEBBASCH aurait falsifié contre Monsieur BOKO. Cela me permettra de confondre le pouvoir togolais sur ses agissements et plus particulièrement Monsieur DEBBASCH sur ses dérives.
Monsieur BOKO a donné par la voix de son Conseiller en communication des indications relatives aux « journalistes, chancelleries, leaders d'opinion, partis politiques » qui peuvent témoigner de certains événements. Peut-il m'indiquer de façon précise certains noms afin que je puisse faire des enquêtes auprès de ces personnes ?
Quant « aux manipulations qui semblent se profiler à l'horizon eu égard aux accusations que portent les questions posées » qui sont évoquées dans la réponse que le Colonel BOKO me fait parvenir par les soins de son Conseiller et porte parole à l'occasion, il me semble que le Colonel BOKO a peur de ce qui n'existe que dans son imagination. Je ne pense pas qu'il y ait lieu de prendre près d'un mois pour répondre à ces quelques questions très simples que je pose pour clarifier un débat politique et pour en faire finalement une tempête dans un verre d'eau. En tous cas mon ouvrage ne fait pas d'accusations et n'entend pas être porteur de manipulations. Il cherche à comprendre et à analyser objectivement les faits et en tirer les leçons. Les questions que je pose à Maître BOKO sont dans ce sens.
Maître BOKO est entré dans l'arène politique et il fait aujourd'hui partie du paysage politique togolais comme un homme politique à part entière tel que j'ai pu le lire dans certaines de ses propres déclarations. Il doit donc pouvoir répondre sans crainte ni coup férir à des interrogations issues de faits et d'événements concrets qui se rapportent à ses actes ou à une situation dans laquelle il a été pris à un moment donné. J'ai personnellement toujours eu à répondre à diverses interrogations de part ma fonction politique passée et mon rôle en matière des droits de l'homme. Je ne sais pas pourquoi toutes ces complications pour une dizaine de questions. A moins que Monsieur BOKO ne veuille pas du tout qu'on puisse questionner ses actes ou supposés actes lorsque ceux-ci ne sont pas dans le sens de l'encenser. Si tel est le cas, qu'il m'en avise.
J'applaudis l'acte positif de dénonciation d'une catastrophe nationale en cours de préparation et la démission du Ministre BOKO qui fut un acte rare dans la politique togolaise. Mais je cherche à savoir les tenants et les aboutissants d'un tel acte héroïque. Peut-être n'a-t-on pas le droit de chercher à savoir. Je suis tout ouvert pour apprendre les raisons pour lesquelles il ne faudrait pas.
Je souhaite donc que Maître BOKO me permette de faire ce travail d'analyse si tant est qu'il a des lumières à apporter. Même s'il pense que l'heure du bilan n'est pas encore arrivé, il a déjà eu à faire plusieurs interviews et déclarations dans lesquelles il se serait étalé longuement sur divers sujets comme vous l'avez vous même indiqué dans votre document. Ces quelques questions permettent de clarifier certaines zones où ses explications sont encore nécessaires parce que des points restent toujours obscures. Je ne vois pas pourquoi le Ministre BOKO ne pourrait pas répondre à mes interrogations comme s'i c'était une interview de plus. Il n'y a pas lieu de paniquer pour cela.
- Concernant la réunion d'Etat Major tenu dans la nuit du 21 Avril 2005, je serai intéressé de savoir qui a participé, ce qui a été décidé, si le Colonel BOKO y a participé et à quel titre, quelle ont été d'éventuels actes qui manifestent la mise à exécution des décisions de ladite réunion.
Question 7 :
Sur les contacts du Colonel BOKO avec la CEDEAO, il a parlé dans la réponse de Monsieur BOKO de « certains acteurs » du système qui peuvent être pris à témoin des informations que Monsieur BOKO aurait porté à la connaissance des autorités de la CEDEAO, d'une « éminente personnalité de la CENI » qui a effectué ensemble des démarches avec Monsieur BOKO auprès de ces autorités et qui peut témoigner. Pouvez vous m'indiquer l'identité de ces personnes afin que je puisse les contacter et leur poser quelques questions ?
Questions 8 à 12 :
Il me semble que Monsieur BOKO est la personne la mieux placée pour parler de l'acte qu'il a posé des objectifs qui l'ont sous tendu ainsi que de la stratégie à laquelle elle participait et si celle-ci a été prise avec le concours de l'opposition ou pas. Le fait de savoir par exemple si Monsieur BOKO avait informé l'opposition des fraudes électorales et des massacres qui se préparaient, de sa stratégie ou de sa volonté de démissionner et de diverses autres choses permet de savoir ce que la Coalition aurait pu poser elle-même comme acte dans cette situation de crise. Ce sont des choses qui m'intéressent parce que je m'occupe d'analyser et d'agencer des événements pour en tirer si possible les conclusions les meilleures. Si au lieu de polémiques j'avais des informations claires, cela m'aiderait énormément.
Dans tous les cas, si dans ses réponses Monsieur BOKO voudrait qu'une information soit gardée confidentielle dans un de ses aspects, je respecterai scrupuleusement sa position.
Enfin, en ce qui concerne les commentaires de Monsieur BOKO sur le fait pour un Togolais de vouloir publier un livre, les objectifs auxquels cela doit répondre ou le fait que ce soit de l'auto flagellation ou pas, je vous laisse vos commentaires. Je ne crois pas que pour écrire un ouvrage sur le Togo, j'ai besoin de conseils de ceux qui ont été les acteurs et de leurs conseillers ou porte parole sur l'objectif que je devrais lui assigner. J'ai déjà écrit sur mon pays et il me semble que si vous regardez un peu le monde aujourd'hui, vous constaterez largement qu'écrire sur des événements contemporains n'a rien d'extraordinaire ni d'auto flagellation. Le Togo mon pays ne fait pas exception à cette règle. Lorsque le Colonel BOKO constatera que l'heure du bilan est venue pour lui et qu'il voudra écrire, c'est librement qu'il se déterminera pour ce faire.
Moi j'ai besoin tout juste de réponses à des questions claires et précises sur des événements concrets. Pour le reste, je remercie le Colonel pour ses commentaires qui me sont parvenus par le biais de son conseiller en communication ou porte parole, mais je m'en charge moi même. Et que Maître BOKO ne s'en fasse pas du tout, l'objectif de mon ouvrage est très bien défini.
Publication de nos échanges épistolaires
Enfin, et en ce qui concerne l'intention de faire publier nos communications, je pense personnellement que ce serait une bonne chose pour plusieurs raisons. Je vous demanderai donc de rendre public toutes les correspondances in extenso et m'indiquer dès que vous les avez fait parvenir à qui que ce soit (éditeur, journaliste ou autres), l'adresse, le canal de publication et l'endroit où les publications seront disponibles afin que je puisse procéder aux vérifications nécessaires et ajouter des éléments si nécessaire .
Je vous remercie de votre attention et dans l'attente des réponses claires et autres éclaircissements demandés, vous prie d'agréer, Cher Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.
Jean Yaovi DEGLI
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