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Réaction de Me Boko, par le biais de son représentant, au questionnaire envoyé par Me Dégli, après plusieurs relances par ce dernier.
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Monsieur le Ministre DEGLI,
Votre confrère François Akila-Esso BOKO, Avocat au Barreau de Paris a accusé réception de vos deux correspondances datées du 10 et 12 Juillet 2007. Dans celles-ci, vous sollicitez qu'il réponde à certaines questions afin de vous permettre d'achever un «ouvrage» sur les récents développements politiques au Togo.
Tenu par des obligations professionnelles à l'extérieur de la France, il m'a demandé, en ma qualité de conseiller en charge de la communication, de donner suite à votre requête dont il est utile de rappeler la teneur.
Vous avez notamment écrit:
« Monsieur le Ministre BOKO,
Il y a deux jours je vous ai envoyé cet email après avoir essayé de vous contacter par le biais de (…) et avoir eu votre adresse email par son biais.
Aurez vous l'amabilité de me dire ce que vous pensez de ces éléments sur lesquels je pense qu'il est indispensable que votre position puisse m'éclairer puisque beaucoup de choses se disent mais je pense que votre position est celle qui puisse éclairer tout débat. Je vous remercie d'éclairer ma lanterne sur ces différents éléments.
Merci infiniment de votre prompte réponse.
Jean DEGLI
Bonjour Monsieur BOKO,
Je suis sur le point de finir un ouvrage sur la situation du Togo depuis la mort du Général Eyadèma avec quelques incursions dans le passé plus ou moins lointain de notre pays.
J'aimerais à ce titre vous poser quelques questions à François BOKO. J'ai donc reçu votre adresse email de (…) qui est un ami.
Je cherchais des éléments sur un certain nombre d'événements. J'ai eu des élements d'explication de diverses sources dont cartaines sources proches du pouvoir et certains éléments se réfèrent à vous sur lesquels je souhaiterais ne pas faire d'analyses sans avoir votre position et version des faits au préalable. Je suis sur le point de boucler mon travail et voudrais donc vous laisser la parole pour ces éléments.
Voici mes questions:
«1 ) Comment et dans quelles conditions le Colonel BOKO est-il entré au gouvernement EYADEMA?
2) Quelle a été le rôle du ministre BOKO dans la modification de la constitution de 1992 par le régime Eyadèma en 2003?
3) Quelle fut la position du Colonel BOKO lors du décès du Général EYADEMA et comment pensait-il que la succession devait se passer?
4) Quelle fut sa position sur la façon dont le pouvoir a été dévolu à Faure GNASSINGBE?
5) Dans quelles conditions et pourquoi est-il entré dans ce gouvernement en tant que Ministre de l'intérieur? Que pensait-il y faire et comment comptait-il y défendre le processus démocratique ou la démocratie tout court?
6) Le Ministre BOKO était celui qui a fait publier des communiqués lorsque pendant les manifestations de l'opposition contre le putsch, des forces de l'ordre ont tué et blessé des civils. Peut-il expliquer les contenus de ces communiqués ou déclarations et les raisons qui les justifient de même que celles qui ont justifié l'usage des armes à feu contre les populations civiles?
7) Pendant la période qui a précédé les élections et jusqu'à sa démission, c'est lui qui était en charge de l'organisation des élections et qui aurait plus d'une fois refusé de prendre en compte les demandes répétées de l'opposition de se donner un délai supplémentaire pour bien organiser les élections. Pourra-t-il expliquer pour quelles raisons et si des démarches avaient été faites par lui pour expliquer aux responsables de la CEDEAO que les élections ne pourraient pas être tenues ou alors qu'elles pouvaient l'être dans les conditions qui se présentaient au début du processus? Si ces démarches ont été faites, quels en ont été les résultats?
8) Qu'est ce qui a pu justifier sa volte face à 48 heures du scrutin et dont il n'aurait pas eu conscience dès le départ et comment est-il arrivé à être informé de cet événement exceptionnel ?
9) Le pouvoir affirme que c'est une question d'ambition personnelle qui l'a amené à prendre la position qui a été la sienne. Quelle est sa réponse à une telle insinuation?
10) Il semble qu'il avait un second agenda et notamment des agents qui devaient prendre des armes ou faire un coup s'il déposait sa démission. Est-ce vrai ou faux?
11 ) Qu'espérait-il quand il a fait sa déclaration et déposé sa démission? Et qu'a-t-il mis en oeuvre pour cette stratégie?
12) Avait-il discuté avec des responsables de l'opposition de ses découvertes et de son acte et si oui quelles ont été les positions ou la réaction de ceux-ci? »
Monsieur Le Ministre DEGLI,
En réponse à ce qui précède et ainsi que vous le constatez vous-même, les différentes questions formulées reprennent en substance les récurrentes accusations par lesquelles le pouvoir cherche à se dédouaner de la succession sanglante et monarchique mise en place après le décès du Général Eyadèma.
Maître François Akila-Esso BOKO au cours de ses différentes sorties publiques a déjà répondu à la plupart de ces accusations. Je vous joins en fichiers attachés les communications qu'il a faites et qui donneront des réponses à vos préoccupations. Nonobstant, un certain nombre de précisions à vos questions peuvent être apportées pour éclairer davantage votre lanterne. Avant cet éclairage, il convient néanmoins d'énoncer les limites de l'exercice et en particulier celle du principe de collaborer à l'édition d'un ouvrage sur la situation politique au Togo.
Maître François Akila-Esso BOKO a toujours observé une attitude de réserve et de prudence face aux différentes sollicitations venant «d'analystes» qui veulent écrire sur les récents évènements politiques au Togo.
Cette obligation de réserve s'explique par le respect qu'il porte aux charges publiques assumées. Sa conception du pouvoir d'Etat l'empêche de mettre sur la place publique les dossiers sensibles dont il a eu connaissance. Cette conception n'entame en rien la nécessité d'engager la responsabilité individuelle des hommes publics dans l'exercice de leurs prérogatives.
Mais ceci est un autre débat et, vous êtes bien placé comme juriste pour savoir que l'endroit indiqué pour éclairer tout un chacun et situer les responsabilités des uns et des autres est la voie judiciaire, seule susceptible de garantir un véritable débat contradictoire. Un ouvrage fut-il à la hussarde, telle une charte octroyée, mettant sur la place publique des accusations sans fondement ou des preuves altérées ou falsifiées pourra-t-il remplacer valablement un débat judiciaire contradictoire susceptible d'aboutir à la manifestation de la vérité? Et si le régime avait la moindre preuve crédible pour soutenir ces accusations de coup d'Etat, il y a longtemps qu'il aurait confondu l'ancien ministre de l'intérieur devant les juridictions.
Pour ces différentes raisons, François Akila-Esso BOKO a toujours opposé une fin de non recevoir lorsqu'il est sollicité pour apporter des éclairages à des initiatives comme la vôtre.
Le dernier cas en date est celui de Monsieur Kofi YAMGNANE dont d'ailleurs les fuites et les interprétations révélées par «La lettre du continent» ont donné raison à l'attitude de prudence et de réserve qu'observe Maître BOKO sur ces genres d'initiatives.
Ces réserves précisées, Monsieur le Ministre, vous trouverez ci-après les éléments de clarification à vos différentes questions.
Question 1 . Sur les circonstances de l'entrée au gouvernement de Maître BOKO
Vous avez participé au gouvernement du Général Eyadèma une bonne dizaine d'années avant que Maître BOKO, Officier supérieur de gendarmerie ne soit appelé aux affaires publiques. Qui mieux que vous est bien placé pour expliquer comment on entre dans le gouvernement du général Eyadèma surtout lorsque de surcroit on est sous les drapeaux?
Question 2 . Sur le prétendu rôle de Maître BOKO dans la modification de la Constitution
Maître BOKO est rentré au gouvernement le 02 Décembre 2002 et la Constitution a été modifiée le 30 Décembre 2002. Pour donner un caractère scientifique à l'ouvrage projeté, ne serait-il pas indiqué de se référer aux archives parlementaires une source palpable qui peut permettre aux chercheurs de savoir qui dans le pays a fait quoi en ce qui concerne les lois de modifications constitutionnelles? D'ailleurs en tant qu'ancien Ministre chargé des relations avec le parlement, vous le savez mieux que quiconque.
Questions 3, 4, 5 . Sur l'attitude de Maître BOKO dans le coup d'Etat du 05 Février et sa présence dans le gouvernement de Faure GNASSINGBE
A la suite du décès du général Eyadèma, faut-il le rappeler, il n'y a pas eu de remaniement ministériel encore moins de changement de gouvernement. De plus, les observateurs avisés du régime savent que la ligne de fracture a été perceptible dans le système à la suite de la succession monarchique, anticonstitutionnelle et très peu élégante que le Togo a connue le soir du 5 février 2005.
Question 6 . Sur les communiqués supposés ou réels élaborés par Maître BOKO et son prétendu rôle dans la répression des manifestations réclamant le retour à l'ordre constitutionnel
L'adresse à l'opinion par le biais des communiqués de presse est une pratique courante pour informer l'opinion. Elle est d'autant plus indiquée dans les contextes précaires où seule la démarche de mettre sur la place publique les événements peut freiner les ardeurs des uns et des autres et garantir la transparence dans la gestion de l'ordre public.
Cependant, il faut signaler les pratiques de falsifications dont est spécialiste le régime, à travers la plume de Charles DEBBASCH capable de produire des communiqués au nom des ministres. Par exemple, le communiqué interdisant toute manifestation publique à la suite du décès du général Eyadèma a été élaboré et publié au nom du gouvernement par Charles DEBBASCH à l'insu du Ministre de l'Intérieur qui l'apprendra sur les ondes. Heureusement, Maître BOKO réussira à convaincre à la suite des premiers dérapages qu'il est plus aisé de gérer une manifestation publique autorisée qu'une manifestation interdite, obtenant ainsi la levée de cette interdiction. Les fausses signatures scannées pour confectionner de vrais faux documents d'identité à des leaders politiques ainsi que la fameuse proposition de Charles DEBBASCH de déposer des armes au domicile de Natchaba afin de l'accuser d'un coup d'Etat sont assez illustratives de cette falsification dont le régime maîtrise fort et bien les arcanes.
Dans ces conditions Monsieur le Ministre, nous ne serons guère étonné de voir dans votre prochain «ouvrage» des documents difficiles à authentifier, produits à des fins de manipulation. Bien entendu les services de Maître BOKO n'hésiteront pas dans cette éventualité à dévoiler ces manipulations qui semblent se profiler à l'horizon eu égard aux accusations que portent les questions posées.
Ceux qui ont suivi les événements sur le terrain, journalistes, chancelleries, leaders d'opinion, partis politiques, peuvent témoigner de la rigueur de Maître BOKO lors des opérations de maintien de l'ordre durant lesquelles il a su éviter au Togo le pire. D'ailleurs à deux reprises en Février et en Mars 2005 et en mettant sa démission dans la balance, Maître BOKO a obtenu qu'une horde de milices armées ne rentre dans le quartier de Bè pour affronter des jeunes qui attendaient pour en découdre. La presse internationale notamment RFI a relayé cette information. Et lorsque Maître BOKO a constaté après une réunion d'Etat Major tenue dans la nuit du 21 Avril 2005 qu'il n'avait plus les moyens d'éviter le pire, il a démissionné non sans avoir tenu à alerter et prendre à témoin l'opinion nationale et internationale. Et tout ceci afin de dissuader ceux actuellement au pouvoir de mettre en œuvre leur plan suicidaire contre le peuple togolais.
Question 7 . Sur les contacts avec les membres de la CEDEAO
Certains acteurs du système peuvent être pris à témoin que Maître BOKO n'a jamais occulté à la CEDEAO les difficultés liées à la mise en œuvre d'un processus électoral au forceps qui sera de nature à aggraver la crise que connaît le Togo. D'ailleurs une éminente personnalité de la CENI peut témoigner qu'ensemble avec Maître BOKO, ils ont fait part de ces difficultés aux hauts responsables de la CEDEAO, un mois avant sa démission.
Monsieur le Ministre DEGLI,
En ce qui concerne les questions 8 à 12 relatives aux accusations de coup d'Etat, acceptez que votre confrère qui a posé cet acte historique en démissionnant de ses fonctions de ministre de l'Intérieur puisse s'abstenir de commenter lui-même son acte au-delà des réponses déjà apportées lors de ses différentes déclarations. Les hommes politiques rentrent dans l'histoire en posant des actes et laissent libre plume aux commentateurs, analystes, chercheurs, journalistes d'interpréter, de spéculer parfois d'altérer et de falsifier consciemment ou inconsciemment d'ailleurs la signification des actes posés. Si les faits sont têtus et inaliénables, l'homme politique doit accepter aussi la libre interprétation de ces faits.
Pour maître BOKO, l'heure du bilan n'est pas encore arrivée. Certains ouvrages participent à une stratégie d'auto-flagellation dont ont toujours souffert et souffrent encore les forces qui luttent pour un nouvel ordre politique au Togo, reposant sur le respect des principes légaux et démocratiques.
Voilà pourquoi, tout en respectant votre démarche, il n'est pas superflu de se poser la question de la finalité et de l'objectif que poursuit une telle publication. La polémique suscitée par le fameux «brûlot de Kofi YAMGNANE» rend pertinent ce questionnement. Et par souci de transparence et tenant compte de ce précédent où, on a voulu faire jouer à Maître BOKO un rôle qui n'est pas le sien, celui-ci m'a demandé de rendre public les échanges de correspondances qu'il y a eus entre nous.
En souhaitant plein succès à votre «ouvrage», je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l'expression de ma considération distinguée.
Bordeaux le 06 août 2007
Thomas DROUFFE, Conseiller en charge de la communication
Mail: frcetogotomdrouffe@yahoo.fr
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