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Pour ce qui concerne mon engagement pour le Togo, je suis
membre et président du Conseil Exécutif de BATIR
LE TOGO constitué malheureusement de personnes en exil
comme moi. Ce mouvement n'est ni une simple association, ni
un parti politique. BATIR LE TOGO est un mouvement politique
qui se réclame comme tel et qui a toutes les activités
qui peuvent caractériser un parti politique, hormis
l'ambition de concourir à la conquête du pouvoir.
2- Depuis votre exil avez-vous toujours gardé des
relations avec les leaders de l'opposition démocratique
et avec l'ex-premier ministre Koffigoh?
Dans mon ouvrage " Togo : la tragédie africaine
" je résume mon opinion sur les hommes politiques
des partis d'opposition togolais, plus précisément
ceux que nous appelons les " leaders ". Ils ne m'ont
toujours pas encore démontré le contraire de
ce que j'ai écrit en 1997. Dès que j'aurais
des raisons suffisantes de changer ma conception, je le ferai.
Avant mon ouvrage, j'avais des contacts périodiques
avec le Professeur Gnininvi.
Depuis, le Bâtonnier Agboyibor est le seul qui, ose
encore m'appeler ou me rencontrer quand il est de passage
en Europe.
Quant à Mr Koffigoh je ne vois pas l'intérêt
d'entretenir des relations avec lui, puisqu' apparemment nous
ne défendons plus les mêmes causes.
Avec les autres, les contacts, lorsqu'il y en a, se résument
à ceux de nos mouvements.
3- Aujourd'hui, tout porte à croire que le RPT
est en perte de vitesse, car affecté par les déclarations
de M. Maurice Dahuku PERE, député à l'Assemblée
nationale et de M.Gabriel Messan Agbéyomé KODJO
l'ex-premier ministre qui vient de claquer la porte. Que pensez-vous
des actes posés par ces deux hauts cadres du parti,
qui ont soutenu le président Eyadéma lorsque
son pouvoir vacillait quand, les autres barons prenaient la
poudre d'escampette?
Je pense que dans la vie, il faut savoir, à un moment
donné, dire non au mal et faire le choix du bien. Messieurs
PERE et AGBEYOME ont fait un choix qui, certes est tardif
mais, me paraît courageux et plein de sens. Il n'est
jamais tard de bien faire. Ils ont choisi en quelque sorte
la voie de la rédemption et du salut et, décidé
de tourner le dos au mal. Je les en félicite d'ailleurs
avec l'espoir que ce choix est définitif quels que
soient les problèmes que le régime ne manquera
pas de leur créer, surtout à Monsieur PERE qui
est encore au Togo et que j'apprends que le régime
veut poursuivre. Puissent-ils demeurer fermes dans leur nouvel
engagement.
Pour ce qui concerne les conséquences pour le RPT,
il faut qu'au Togo nous ayons à l'esprit que le RPT
N'A QU'UNE LOGIQUE : LE MAINTIEN D'EYADEMA AU POUVOIR. Et
ce parti a les moyens tant matériels que financiers
pour traverser les turbulences, d'où l'intérêt
et le devoir pour nous de ne pas " les " sous estimer.
Leurs seules craintes sont le verdict d'élections libres
et transparentes
4- Quelles appréciations faites-vous des révélations
de Agbéyomé KODJO sur les crimes économiques,
l'impunité des membres du clan Eyadéma et surtout
sur la Commission nationale de lutte contre le sabotage économique
mis sur pied par le Président lui-même?
BATIR LE TOGO a une position clair : pour plus de clarté
dans la gestion de l'Etat, il faut organiser un système
de contrôle indépendant et autonome. Une réelle
Cour des comptes dotée de pouvoirs étendus d'investigations
et d'injonction des organes d'Inspection indépendants,
tant pour les Affaires sociales que pour les Finances en passant
par les Douanes. Les décisions de cette Cour doivent
avoir pour conséquence, la mise en uvre de poursuites
judiciaires car, il faut un réel contrôle des
services qui gèrent les sources de recettes de l'Etat
et de ceux qui ont la charge de liquider les dépenses.
Nous ne mettons pas en doute la compétence de cette
Commission mais, que peut-elle objectivement mettre en cause
les proches du pouvoir?
Et puis vous dites " mise sur pied " par le Président.
Est-ce un gage d'indépendance et de compétence
vu la manière dont le Togo est géré et
dirigé? Ne nous laissons pas abuser par les artifices.
5- Abordons un sujet qui vous tient beaucoup à
cur : les droits de l'homme. Aujourd'hui, sur le plan
international quel rang occupe le Togo en matière du
respect des droits de l'homme et de la liberté de presse,
lorsqu'on sait que la chasse aux journalistes est toujours
ouverte dans notre pays?
La situation des droits de l'homme est plus que dramatique
au Togo avec les arrestations de journalistes, la violation
de la liberté et d'expression, le refus d'organiser
les élections et de permettre au peuple de s'exprimer,
les actes de tortures, l'insécurité politique
organisée et entretenue etc..., sans oublier les crimes
économiques qui se poursuivent allègrement.
Quel est ce pays " démocratique " dans lequel
le fait d'appartenir à un parti autre que le Rpt est
un crime ?
Il est dommage que la procédure, devant la Commission
des droits de l'Homme des Nations-Unies, visant à la
désignation d'un rapporteur permanent sur la situation
des droits de l'homme au Togo ne puisse aboutir. Tout simplement
parce qu'encore une fois, nous n'avons pas pu au niveau de
l'opposition soutenir les organisations de défense
et de protection des droits de l'homme.
Souvenez-vous qu'en plein débat sur le rapport d'Amnesty
International à l'époque, nous signions l'Accord
Cadre de Lomé sans une clause sur la situation des
droits de l'Homme dans notre pays.
6- Que pensez-vous de la parole de militaire du Général
Eyadéma de quitter le pouvoir en 2003 conformément
à la Loi fondamentale, lorsque certains observateurs
pensent que cette parole est de la poudre aux yeux et que
le pouvoir s'apprête à modifier la constitution
pour se positionner à la course au fauteuil présidentiel
en 2003?
D'abord un militaire est un citoyen comme un autre. Ensuite,
la loi suprême applicable au Togo est la Loi Fondamentale.
Dès lors, ce n'est pas la parole d'un citoyen, fut-il
Chef de l'Etat qui doit primer sur les dispositions de la
Loi Fondamentale.
Cette loi Fondamentale dispose que " nul ne peut exercer
plus de deux mandats "
Maintenant si Mr Eyadèma
veut briguer un nouveau mandat il se verra opposer l'article
150 alinéa 2 de la Loi Fondamentale. Car cette fois-ci,
nous mettrons tout en uvre pour " renverser le
régime Eyadèma ".
En tout cas s'il y en a qui veulent croire la parole de Mr
Eyadèma, c'est leur problème. Pour notre part,
il nous souvient que ce Monsieur avait promis, dans la cadre
de l'Accord cadre de Lomé, renouveler le mandat de
la CPS si celle-ci arrivait à terme avant les élections.
L'opposition n'a plus alors insérer une clause sur
la prolongation du mandat du CPS. Après nous avons
vu ce qu'il en est advenu.
7- Que dites-vous sur la modification unilatérale
du code électoral et sur les élections législatives
anticipées dont l'organisation est aux mains d'un comité
de sept magistrats en lieu et place de la Commission électorale
nationale indépendante?
Encore une fois, il faut revenir à l'ACL base de
l'organisation des échéances électorales.
N'aurait-il pas été plus simple d'une part de
prévoir une clause dans ledit accord interdisant la
modification de la Constitution ainsi que des autres textes
fondamentaux jusqu'aux élections ?
N'aurait-il pas été plus simple de prévoir
les conditions de prorogation du CPS ou étendre sa
durée jusqu'à l'organisation des élections
plutôt que de la limiter dans le temps ?
Soit on négocie ou on ne le fait pas. Ce n'est point
de l'extrémisme mais de la vigilance car, avec Mr Eyadèma,
lorsqu'on lui donne la main, il vous prend le bras avec.
Aujourd'hui, l'organisation des élections dépend
du pouvoir qui ne veut pas les organiser car sachant que si
elles devraient être transparentes, il les perdra. Et
puis, avec la dissolution de la Commission Electorale et la
nomination de personnalités soumises au pouvoir pour
organiser ce scrutin, je ne sais pas comment il pourra être
transparent. Il ne faudrait donc pas fonder quelque espoir
que ce soit sur ces élections organisées par
ce fameux comité de 7 magistrats.
8- Quelles solutions pour une alternance politique au
Togo et quelle stratégie conseillez-vous à l'opposition
démocratique?
Vous savez, je n'ai pas de leçons à donner à
l'opposition. BATIR LE TOGO publiera à l'issu de son
3ème Congrès en octobre en Allemagne un document
reprenant sa position sur la crise togolaise et la nécessité
d'une véritable alternative d'opposition au Togo.
9- Quel bilan faites-vous de l'avènement d'un Etat
de droit au Togo depuis les événements du 5
octobre 90?
Je pense que l'heure est venue pour chaque Togolais de se
déterminer et de savoir exactement où il se
classe dans la marche de notre pays vers la liberté.
Les membres du RPT ont commencé à comprendre
que tout le mal que leur parti et la dictature qu'il incarne
ont fait et continuent de faire au Togo et aux Togolais ne
peut continuer. Que chacun prenne ses responsabilités.
Pour le moment, il n'y a pas d'Etat de droit au Togo, nous
sommes dans une dictature qui se drape d'apparence démocratique.
C'est un système encore plus dure et impitoyable que
la dictature d'avant 90 car, il se sert du droit et de la
terreur pour brimer et briser les populations. C'est une "
démoncrature ", pire qu'une démocrature.
10- A quand votre retour au bercail et votre mot à
l'endroit du peuple togolais?...
Je reviendrais au Togo car c'est mon pays malgré les
multiples tentatives et menaces contre ma personne. Un togolais
revient toujours sur la " Terre de nos aïeux ".
Pour le moment, mon ambition est la libération du Togo
afin que chaque togolais retrouve sa " dignité
d'homme ". Et pour cela si je dois aller au Togo, j'irai,
advienne que pourra. Si jusqu'ici je ne l'ai pas fait c'est
pour ne pas porter d'ombrage à beaucoup de personnes
car dans la situation actuelle, je ne pourrais résider
au Togo et me taire face aux actes du pouvoir mais aussi de
l'opposition. Et, dans ces circonstances lorsque dans un pays
comme le nôtre vous avez 2 adversaires, il vaut mieux
prendre vos distances .
Tout cela parce Qu'on me prête des ambitions et, BATIR
LE TOGO est qualifié de parti. Mais on oublie que la
Constitution togolaise ne permet pas l'éligibilité
d'un candidat n'ayant pas 45 ans révolus et, je n'en
ai que 39.
11- Avez vous un mot à l'endroit de la jeunesse
qui milite sur le terrain ?
Nous avons les échos de leur lutte. Je suis régulièrement
informé des menaces et exactions dont la jeunesse togolaise
fait les frais. J'ai aussi appris de source informée
que la plupart des mouvements estudiantins agissent dans la
clandestinité, ce qui est dommage, à cause des
arrestations arbitraires, des harcèlements, la corruption
et le musellement de bons nombres de ses mouvements.
BATIR LE TOGO en plus du lobbying, adresse systématiquement
depuis cette année des appels aux organisations de
protection des droits de l'homme chaque fois qu'il est informé
d'un cas de violation. Mais au delà de mon soutien
à la jeunesse dans sa lutte pour la liberté,
je ne peux qu'exhorter la jeunesse togolaise, à résister
aux multiples tentatives de corruption, à ne pas suivre
l'exemple de leurs aînés qui pour s'assurer un
avenir professionnel ou une certaine aisance matérielle,
se corrompent ou se fourvoient quotidiennement avec les miettes
qu'on leur offre. J'ai une conviction, ce régime s'approche
tout doucement de sa fin et ces remparts vont tomber les uns
après les autres. C'est plus qu'une prédiction
et tous ensemble, nous assisterons bientôt à
la chute honteuse du régime Eyadéma.
Fait à Paris, le 31 Août 2002
Avec l'approbation de la Commission d'Information.
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