Après trente six ans de pouvoir autoritaire marqué
par des violations massives des droits de l'homme et au cours
desquelles les assassinats politiques se sont multipliés,
le Général Eyadéma vient à nouveau
d'être proclamé vainqueur de l'élection
présidentielle du 1er juin dernier à l'issue
d'un scrutin entaché par d'importantes irrégularités.
C'est sans surprise que la Commission électorale nationale
indépendante (CENI) a déclaré Gnassingbé
Eyadéma vainqueur avec 57% des suffrages.
La transparence et l'équité du scrutin avaient
pourtant été sérieusement compromises
durant les derniers mois qui ont précédé
cette échéance, comme cela a déjà
été dénoncé par nos organisations
le 5 mai 2003. Des manipulations diverses ont été
orchestrées à tous les niveaux du processus
électoral dans le but d'assurer la victoire au Général
Eyadéma.
Dès le mois de février 2003, nos organisations
ont recensé de nombreuses arrestations parmi les
membres de l'opposition. Certains, comme Marc Palanga et
Mazama Takassa, membres du parti d'opposition UFC, sont
toujours arbitrairement détenus et subissent des
actes de tortures. Durant la campagne présidentielle,
les candidats de l'opposition se sont plaints de la multiplication
des entraves visant à les empêcher de circuler
librement sur toute l'étendue du territoire et d'organiser
des réunions politiques.
La campagne dans les médias d'Etat a été
confisquée par le seul parti RPT, au pouvoir, en
violation des dispositions du Code électoral togolais
prévoyant un libre accès des candidats aux
médias publics et un temps d'intervention égal
pour tous.
Refusant de cautionner cette mascarade électorale,
l'Union Européenne et les Nations-Unies ont décidé
de ne pas envoyer d'observateurs au Togo.
L'une des conséquences directes de ce " coup
de force électoral " est la tension perceptible
au Togo depuis la proclamation des résultats par
la CENI, le 4 juin 2003, faisant craindre la persistance
voire l'accentuation des violations des droits de l'Homme.
Le jour du scrutin et après la proclamation des
résultats par la CENI, de violents affrontements
ont opposé les forces de sécurité aux
populations civiles à Lomé et dans les localités
de Tsévie, Gbatope et Djagble. L'armée a fait
usage de matraques, de gaz lacrymogènes et de balles
réelles. Trois personnes ont été tuées
tandis que de nombreux blessés graves ont été
signalés dans les hôpitaux. On dénombre
plusieurs arrestations parmi les manifestants. Les personnes
arrêtées seraient détenues dans des
commissariats de police où elles sont régulièrement
molestées et torturées.
Deux dirigeants de l'UFC, Patrick Lawson et Jean Pierre
Fabre, ont été également arrêtés
à deux reprises entre mai et juin avant d'être
relâchés.
Tous les journalistes indépendants qui ont fait état
des irrégularités qui ont entaché le
scrutin ont été rappelés à "
l'ordre ". D'autres ont été intimidés
parce qu'ils ont repris dans leur publication des sources
statistiques avancées par l'opposition et qui donneraient
perdant le Général Eyadéma. Même
les médias étrangers (RFI par exemple) se
sont vus refuser l'autorisation d'assurer la couverture
médiatique de l'événement. Les défenseurs
des droits de l'Homme et des membres de la société
civile qui ont voulu superviser le scrutin ont reçu
des menaces et font l'objet d'intimidations.
Selon nos informations, des militaires soupçonnés
d'avoir voté pour l'opposition ont été
mis aux arrêts au lendemain du scrutin. Nous sommes
particulièrement préoccupés par les
informations persistantes faisant état d'enlèvements
et de disparitions de militaires au sein des différentes
casernes. Nous craignons que les autorités ne procèdent
à une purge comme cela a été le cas
en 1993 et 1998.
En outre, des militaires fortement armés sillonnent
le pays et commettent des exactions sur les populations.
Certaines sources indiquent également la présence
de mercenaires étrangers venus renforcer les rangs
de l'armée gouvernementale.
D'importants mouvements de populations sont signalés
actuellement dans le pays et à proximité des
frontières. Plusieurs centaines de personnes ont
déjà fui le Togo pour se réfugier au
Ghana, au Bénin et au Burkina Faso.
Nous dénonçons la violation par les autorités
togolaises de l'article 25 du Pacte international relatif
aux droits civils et politiques garantissant des élections
libres et pluralistes.
Dans ce contexte, nous nous étonnons que le Président
de la République Française ait été
le tout premier à envoyer un télégramme
de félicitations au Général Eyadéma,
sans même attendre l'approbation des résultats
par la Cour Constitutionnelle togolaise.
Nous condamnons fermement toutes les formes de recours
à la violence, d'arrestations et de détentions
arbitraires, de tortures, de menaces et d'intimidation exercées
par les autorités togolaises tendant à museler
les libertés d'expression, d'opinion et de manifestation.
Nous appelons les autorités à se conformer
aux dispositions internationales relatives à la protection
des droits humains, notamment celles de la Convention contre
la torture et du Pacte international relatif aux droits
civils et politiques ratifiés par le Togo.
Nous exigeons des autorités togolaises la libération
immédiate de tous les prisonniers d'opinion, notamment
Marc Palanga, Mazama Takassa, Kabassima Togbare et Agate.
Nos associations lancent un ultime appel à la communauté
internationale et en particulier à la France, principale
partenaire du Togo, afin qu'elles prennent leur part de
responsabilités dans la recherche d'une solution
pacifique à la crise que traverse ce pays. Il est
nécessaire qu'une pression diplomatique et politique
importante soit exercée sur le Général
Eyadéma afin qu'il se conforme aux normes démocratiques,
de l'état de droit et du respect des droits de l'Homme
en général.
Le 13 juin 2003
ONG signataires :
- ACAT France (Action des chrétiens pour
l'abolition de la torture) : actions@acat.asso.fr
- Agir ensemble pour les droits de l'Homme : agir-ensemble@aedh.org
- Fédération internationale de l'ACAT (FIACAT)
: fiacat@fiacat.org
- Fédération internationale des Ligues
des droits de l'Homme (FIDH) : fidh@fidh.org
- Franciscans International : geneve@fiop.org
- Organisation mondiale contre la torture (OMCT)
: omct@omct.org
- Secours-Catholique / Caritas France : dept-afrique@secours-catholique.asso.fr
- Survie : sc.survie@wanadoo.fr